Rechercher
Rechercher

Pris en otages

Il ne s’agit certes pas de pratiquer la politique de l’autruche. Le tapage médiatique, bien que relatif, qui a entouré la question de la désignation d’un nouveau directeur de la Sûreté générale revêt dans une certaine mesure, qu’on le veuille ou non, une dimension confessionnelle, le but recherché étant, pour divers milieux, de restituer ce poste sécuritaire à la collectivité chrétienne qui l’a traditionnellement détenu pendant de longues décennies, jusqu’au mandat d’Émile Lahoud, en 1998.
Mais il ne s’agit là que de la partie visible de l’iceberg. Car en réalité le véritable enjeu est fondamentalement beaucoup plus politique que confessionnel. Et pour cause ... La fonction de patron de la SG a une portée hautement stratégique du fait qu’elle a pour objet de contrôler toutes les frontières du pays, le mouvement des étrangers et l’octroi des passeports, ce qui dans un pays comme le Liban (considéré de tout temps comme une passoire) constitue une mission des plus sensibles. Sans compter que le directeur de la SG a également un droit de regard sur la vie culturelle, dans toutes ses dimensions. Rien d’étonnant de ce fait que l’une des premières mesures que prenaient sans tarder tous les présidents de la République dès leur entrée en fonctions était de nommer la personnalité la plus proche d’eux, celle en qui ils avaient une confiance aveugle, à la tête de la SG. Et depuis l’indépendance, il était convenu que ce patron de la SG serait de confession chrétienne.
Cette attribution, qui constituait l’une des pièces maîtresses de la formule libanaise depuis 1943, a été remise en question par Émile Lahoud qui a désigné à ce poste un officier, chiite, connu pour ses liens privilégiés et particulièrement étroits avec le pouvoir baassiste en Syrie, en l’occurrence Jamil el-Sayyed, lequel (le hasard fait bien les choses ...) était lui aussi, avant de prendre en charge la SG, le « numéro deux » (mais en réalité le véritable patron) des SR de l’armée, à l’instar du nouveau directeur de la SG, Abbas Ibrahim. La nomination de Jamil el-Sayyed avait fortement consolidé la structure du système sécuritaire libano-syrien qui faisait pratiquement la loi dans le pays, à différents niveaux, non seulement sécuritaires, mais aussi politiques et même diplomatiques, avec comme finalité l’emprise syrienne sur l’ensemble de l’appareil étatique. Avec Jamil el-Sayyed, la fonction de directeur de la SG n’était plus ainsi au service principalement du président de la République, mais plutôt d’un projet politique aux contours douteux.
Dans le sillage du démantèlement du système sécuritaire libano-syrien et du retrait des troupes de Damas, à la faveur de la révolution du Cèdre au printemps 2005, la direction de la SG est passée sous la coupe du Hezbollah, le 14 Mars commettant l’erreur de céder le poste à l’allié de Téhéran dans l’espoir, chimérique, d’entraîner le parti chiite dans le giron de la légalité et, d’une manière plus générale, du courant libaniste. Peine perdue, car c’était méconnaître l’essence même, le fondement, et la doctrine du Hezbollah. Et c’est précisément là que le bât blesse pour ce qui se rapporte à la nomination du brigadier Abbas Ibrahim aux commandes de la SG. Le poste sécuritaire le plus sensible de la République est en effet offert, une fois de plus, sur un plateau d’argent à un parti considéré comme la tête de pont d’une puissance régionale en conflit ouvert avec la communauté internationale et la plupart des pays arabes, dont notamment les pays du Golfe.
Rien d’étonnant par voie de conséquence que le Hezbollah ait informé les parties concernées, à en croire du moins certains médias, que la nomination du brigadier Abbas Ibrahim ne saurait faire l’objet d’une quelconque discussion et qu’elle est « liée aux considérations stratégiques de la résistance »... Ce qui a fait dire au président Amine Gemayel que le Hezbollah poursuit ainsi sa vaste entreprise de mainmise sur les principaux rouages de l’État afin de parachever patiemment son coup de force rampant.
La contestation qui a précédé la nomination du brigadier Abbas Ibrahim a donc porté non pas tant sur la personne et l’appartenance communautaire de l’officier mais plutôt sur le projet politique qui sous-tend cette désignation. Sous la menace milicienne à peine latente, et sous le poids de son arsenal militaire qu’il défend bec et ongles, le Hezbollah s’emploie à contrôler les postes politiques et sécuritaires les plus névralgiques de l’État afin d’entraîner l’ensemble du pays dans des choix guerriers et dans des aventures sans horizons, liées, de surcroît, à des ambitions régionales non seulement totalement étrangères au Liban, mais ouvertement en contradiction avec sa vocation et son rôle historiques.
Ce serait sans doute une lapalissade que de relever que c’est le poids de ses armes illégales qui a permis au parti pro-iranien d’imposer son propre choix dans la désignation du nouveau directeur de la SG. Et ce ne serait pas faire preuve d’exagération que d’avancer que la ligne de conduite et les grandes décisions du gouvernement seront inéluctablement dictées par ce même rapport de force.
Ce qui est contestable dans la nomination du brigadier Abbas Ibrahim c’est qu’elle constitue une nouvelle illustration – une de plus – d’un comportement politique milicien qui fausse radicalement toute la donne et toutes les pratiques politiques dans le pays. Le projet de société guerrière que le Hezbollah tente d’imposer aux Libanais est loin d’être le fruit d’un vaste consensus national ou l’aboutissement d’une consultation électorale organisée dans les normes, de sorte que c’est l’ensemble de la population et avec elle les structures de base de l’État qui sont pris en otages. Pis encore : bien au-delà d’une simple nomination ponctuelle ou de l’identité de tel ou tel officier, ce sont, encore une fois, à travers cette désignation, deux projets politiques aux antipodes l’un de l’autre, deux cultures, deux visions divergentes de la chose publique et de la vocation, du rôle, du « message » du pays du Cèdre qui s’affrontent.
Les Libanais avaient fait leur choix entre ces deux projets lors des élections législatives de 2009. Un choix qui a été neutralisé, dévié, court-circuité et torpillé par le chantage milicien et la menace latente des armes illégales. Dans ce bras de fer, qui se poursuit contre vents et marées, il ne saurait y avoir de place à la demi-mesure, aux positions en demi-teinte. Lorsque les armes miliciennes sont brandies face à la population et face à une faction qui s’en tient malgré tout aux pratiques démocratiques, tout citoyen se doit alors de choisir son camp, sans équivoque.
Il ne s’agit certes pas de pratiquer la politique de l’autruche. Le tapage médiatique, bien que relatif, qui a entouré la question de la désignation d’un nouveau directeur de la Sûreté générale revêt dans une certaine mesure, qu’on le veuille ou non, une dimension confessionnelle, le but recherché étant, pour divers milieux, de restituer ce poste sécuritaire à la collectivité chrétienne qui l’a traditionnellement détenu pendant de longues décennies, jusqu’au mandat d’Émile Lahoud, en 1998. Mais il ne s’agit là que de la partie visible de l’iceberg. Car en réalité le véritable enjeu est fondamentalement beaucoup plus politique que confessionnel. Et pour cause ... La fonction de patron de la SG a une portée hautement stratégique du fait qu’elle a pour objet de contrôler toutes les frontières du...
commentaires (12)

Bien fait pr les chretiens aounistes ils sont vraiment des visionnaires . les voila recoltant le fruit de leur vote, surtout les chretiens du kesrouan bien representes par leur depute Mr Michel Aoun qui travaille avec acharnement pour deffendre leur terre, leur droit, et encore........

atala neda

03 h 44, le 20 juillet 2011

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (12)

  • Bien fait pr les chretiens aounistes ils sont vraiment des visionnaires . les voila recoltant le fruit de leur vote, surtout les chretiens du kesrouan bien representes par leur depute Mr Michel Aoun qui travaille avec acharnement pour deffendre leur terre, leur droit, et encore........

    atala neda

    03 h 44, le 20 juillet 2011

  • Et c'est le caractère Type du vrai Fascisme ! Ce soleil éteint et ténébreux.

    MOUJABER Alphonse

    15 h 18, le 19 juillet 2011

  • Un Soleil qui rappelle la fable de la grenouille et du boeuf. En somme un faux témoin transformé en trou noir, qui a pour mission de critiquer en personne tous les internautes en vue de brouiller le caractère libéral du forum et faire prévaloir son piont de vue distordu.

    Louis HELOU

    13 h 31, le 19 juillet 2011

  • Et voici la 1ere réforme du CPL, permettre au pays tout entier d'être pris en otage par le parti milicien du hezbollah. Carlos Achkar

    carlos achkar

    07 h 08, le 19 juillet 2011

  • On a le toupet de dérober le poste aux chrétiens, comme si Taëf ne leur suffisait pas, et de venir pleurnicher comme quoi ils sont privés de tout. Regardez Berri ce qu'il fait dans l'état. Il a placé ses gens partout dans l'état, dans les consulats, les hopitaux gouvernementaux, dans les écoles et universités, dans tous les ministères et même au casino, etc et au parlement il n'y a d'autres employés que ceux placés par Berri. Contemplez l'effet de la Triade, Résistance-Armée-Peuple, comprendre uniquement résistance (l'anarchie) un monstre de la pagaille des constructions sauvages, surtout au sud-liban. Contemplez l'effet de la caisse du Sud, où aucun chrétien n'a droit à rien, aucun employé, car tous traîtres et agents. Et l'on trouve moyen de venir pleurnicher dans ce forum où ils veulent à tout prix brouiller la vérité. Aucun sens de la vertu!

    Samuel CHAOUL

    06 h 47, le 19 juillet 2011

  • Je suis bien content de lire enfin un article sur cette histoire de nomination à la SG qui mentionne un peu le mandat au contour flou de cet organisme ainsi que les larges pouvoirs arbitraires dont il dispose. Il est peut-être temps de lancer le débat de l’opportunité d’avoir une telle institution au sein d’une soi-disant démocratie. Notre nouveau gouvernement aux tendances réformistes devrait restructurer tout l’appareil sécuritaire libanais composé d’une bonne dizaine d’organes qui travaillent dans le chaos le plus total. Quel est l’intérêt d’avoir un 2eme bureau, renseignements des FSI, la Sécurité Générale, la Sécurité de l’Etat, la moukafa7a, la Sécurité de l’aéroport, les douanes… et j’en passe ! On pourrait croire qu’avec tout ce beau monde il n’y aurait plus un seul attentat, kidnapping ou autre accident de la route dans ce petit pays de 4 millions d’habitants !

    Barjis Wali

    06 h 47, le 19 juillet 2011

  • Voilà qu'il se met aux "Pseudos", le "Soleil Eteint" !

    DAOU Fouad

    04 h 11, le 19 juillet 2011

  • Vos lecteurs considèrent toujours les chiites comme des étrangers, pour ne pas dire des sauvages. Les chiites ont toujours été une composante essentielle et patriotique de ce pays. La différence avec maintenant, c'est qu'ils étaient incultes, parqués dans des villages sinistrés du Sud et de la Bekaa, sans eau ni électricité, jusqu'il n'y a pas longtemps. Les chiites comme toutes les composantes libanaises ont leur histoire. Aujourd'hui le Hezbollah (très respectable) les représente majoritairement, mais ils sont prêts avec les autres libanais pour construire un Liban uni et laic. Qu'on arrête de nous bassiner avec Harirti! Les chiites Moussa Sadr et Kamel Mroue ont été lâchement assassinés. Nous n'avions pas demandé alors la destruction du Liban si nous n'avions pas l'identité des commanditaires (sunnites à l'époque).

    Amine Marwan

    03 h 42, le 19 juillet 2011

  • On tombe pour mieux se relever mais au Liban on ne se relève jamais au contraire on glisse de plus en plus dans l’inconnu . Si le Liban avait vécu une fâcheuse expérience avec M.Jamil el-Sayyed,espérons que les choses ne vont pas se répéter avec le nouveau directeur de la SG le brigadier Abbas Ibrahim et qu’ il cessera de prendre le rêve d’ une milice pour une réalité et ainsi il en fera exception pour une fois et servira tout le Liban cette fois. Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    02 h 19, le 19 juillet 2011

  • Inutile de Faire peur aux Libanais en leur disant que cette nomination changera le visage moderne et démocratique de leur pays ! Ce poste est occupé par des personnalités Libanaises Chiites depuis que le president Emile Lahoud l'a decide sans que les PM successifs et leurs alliés chrétiens et surtout Maronites ne s'emeuvent y compris le patriarche Maronite de l'époque !! Alors pourquoi toute cette campagne aujourd'hui puisque la majorité parlementaire est d'accord entre elle sur ce sujet et surtout que le premier des Maronites est d'accord avec leur représentant politique sur cette nomination ? Regardez plutôt le verre a moitié plein et non a moitié vide et dites nous quelque chose sur les chrétiens qui reprennent leurs places dans l'état et dans l'administration et surtout les Maronites , d'où ils étaient exclus et éloignés depuis Taef ! Ce qui les rendaient marginalisés et qu'ils ne le sont plus grace au CPL et a son chef , depuis son retour . Merci monsieur .

    JABBOUR André

    01 h 47, le 19 juillet 2011

  • Pauvre LIBAN...QUE DIEU AIT PITIE DE NOUS...NOUS ESPERONS CONTRE TOUTE ESPERANCE,UN MIRACLE...NOUS CROYONS MALGRE TOUT..

    Najm yvette

    23 h 38, le 18 juillet 2011

  • Le liban glisse inelucblement vers la catastrophe. La main mise sur l,etat set maintenant complete. C.Allam

    Charles allam

    22 h 15, le 18 juillet 2011

Retour en haut