Mais il ne s’agit là que de la partie visible de l’iceberg. Car en réalité le véritable enjeu est fondamentalement beaucoup plus politique que confessionnel. Et pour cause ... La fonction de patron de la SG a une portée hautement stratégique du fait qu’elle a pour objet de contrôler toutes les frontières du pays, le mouvement des étrangers et l’octroi des passeports, ce qui dans un pays comme le Liban (considéré de tout temps comme une passoire) constitue une mission des plus sensibles. Sans compter que le directeur de la SG a également un droit de regard sur la vie culturelle, dans toutes ses dimensions. Rien d’étonnant de ce fait que l’une des premières mesures que prenaient sans tarder tous les présidents de la République dès leur entrée en fonctions était de nommer la personnalité la plus proche d’eux, celle en qui ils avaient une confiance aveugle, à la tête de la SG. Et depuis l’indépendance, il était convenu que ce patron de la SG serait de confession chrétienne.
Cette attribution, qui constituait l’une des pièces maîtresses de la formule libanaise depuis 1943, a été remise en question par Émile Lahoud qui a désigné à ce poste un officier, chiite, connu pour ses liens privilégiés et particulièrement étroits avec le pouvoir baassiste en Syrie, en l’occurrence Jamil el-Sayyed, lequel (le hasard fait bien les choses ...) était lui aussi, avant de prendre en charge la SG, le « numéro deux » (mais en réalité le véritable patron) des SR de l’armée, à l’instar du nouveau directeur de la SG, Abbas Ibrahim. La nomination de Jamil el-Sayyed avait fortement consolidé la structure du système sécuritaire libano-syrien qui faisait pratiquement la loi dans le pays, à différents niveaux, non seulement sécuritaires, mais aussi politiques et même diplomatiques, avec comme finalité l’emprise syrienne sur l’ensemble de l’appareil étatique. Avec Jamil el-Sayyed, la fonction de directeur de la SG n’était plus ainsi au service principalement du président de la République, mais plutôt d’un projet politique aux contours douteux.
Dans le sillage du démantèlement du système sécuritaire libano-syrien et du retrait des troupes de Damas, à la faveur de la révolution du Cèdre au printemps 2005, la direction de la SG est passée sous la coupe du Hezbollah, le 14 Mars commettant l’erreur de céder le poste à l’allié de Téhéran dans l’espoir, chimérique, d’entraîner le parti chiite dans le giron de la légalité et, d’une manière plus générale, du courant libaniste. Peine perdue, car c’était méconnaître l’essence même, le fondement, et la doctrine du Hezbollah. Et c’est précisément là que le bât blesse pour ce qui se rapporte à la nomination du brigadier Abbas Ibrahim aux commandes de la SG. Le poste sécuritaire le plus sensible de la République est en effet offert, une fois de plus, sur un plateau d’argent à un parti considéré comme la tête de pont d’une puissance régionale en conflit ouvert avec la communauté internationale et la plupart des pays arabes, dont notamment les pays du Golfe.
Rien d’étonnant par voie de conséquence que le Hezbollah ait informé les parties concernées, à en croire du moins certains médias, que la nomination du brigadier Abbas Ibrahim ne saurait faire l’objet d’une quelconque discussion et qu’elle est « liée aux considérations stratégiques de la résistance »... Ce qui a fait dire au président Amine Gemayel que le Hezbollah poursuit ainsi sa vaste entreprise de mainmise sur les principaux rouages de l’État afin de parachever patiemment son coup de force rampant.
La contestation qui a précédé la nomination du brigadier Abbas Ibrahim a donc porté non pas tant sur la personne et l’appartenance communautaire de l’officier mais plutôt sur le projet politique qui sous-tend cette désignation. Sous la menace milicienne à peine latente, et sous le poids de son arsenal militaire qu’il défend bec et ongles, le Hezbollah s’emploie à contrôler les postes politiques et sécuritaires les plus névralgiques de l’État afin d’entraîner l’ensemble du pays dans des choix guerriers et dans des aventures sans horizons, liées, de surcroît, à des ambitions régionales non seulement totalement étrangères au Liban, mais ouvertement en contradiction avec sa vocation et son rôle historiques.
Ce serait sans doute une lapalissade que de relever que c’est le poids de ses armes illégales qui a permis au parti pro-iranien d’imposer son propre choix dans la désignation du nouveau directeur de la SG. Et ce ne serait pas faire preuve d’exagération que d’avancer que la ligne de conduite et les grandes décisions du gouvernement seront inéluctablement dictées par ce même rapport de force.
Ce qui est contestable dans la nomination du brigadier Abbas Ibrahim c’est qu’elle constitue une nouvelle illustration – une de plus – d’un comportement politique milicien qui fausse radicalement toute la donne et toutes les pratiques politiques dans le pays. Le projet de société guerrière que le Hezbollah tente d’imposer aux Libanais est loin d’être le fruit d’un vaste consensus national ou l’aboutissement d’une consultation électorale organisée dans les normes, de sorte que c’est l’ensemble de la population et avec elle les structures de base de l’État qui sont pris en otages. Pis encore : bien au-delà d’une simple nomination ponctuelle ou de l’identité de tel ou tel officier, ce sont, encore une fois, à travers cette désignation, deux projets politiques aux antipodes l’un de l’autre, deux cultures, deux visions divergentes de la chose publique et de la vocation, du rôle, du « message » du pays du Cèdre qui s’affrontent.
Les Libanais avaient fait leur choix entre ces deux projets lors des élections législatives de 2009. Un choix qui a été neutralisé, dévié, court-circuité et torpillé par le chantage milicien et la menace latente des armes illégales. Dans ce bras de fer, qui se poursuit contre vents et marées, il ne saurait y avoir de place à la demi-mesure, aux positions en demi-teinte. Lorsque les armes miliciennes sont brandies face à la population et face à une faction qui s’en tient malgré tout aux pratiques démocratiques, tout citoyen se doit alors de choisir son camp, sans équivoque.


Bien fait pr les chretiens aounistes ils sont vraiment des visionnaires . les voila recoltant le fruit de leur vote, surtout les chretiens du kesrouan bien representes par leur depute Mr Michel Aoun qui travaille avec acharnement pour deffendre leur terre, leur droit, et encore........
03 h 44, le 20 juillet 2011