D’une certaine façon, c’est dans un tel cas de figure que se sont placés le secrétaire général et le directoire du Hezbollah. C’est du moins ce qui ressort de leurs discours. Dans l’une de ces dernières interventions, le leader du parti pro-iranien, Hassan Nasrallah, s’est ainsi explicitement adressé au « peuple syrien », sur un ton hautain et paternaliste, l’invitant à bien réfléchir aux retombées de son soulèvement et à prendre en considération les conséquences néfastes de sa rébellion sur le positionnement de la Syrie en tant que « seule puissance arabe faisant obstruction aux visées israéliennes et américaines » dans la région (la fameuse « moumana’ah » ). Le chef du Hezbollah a-t-il réalisé qu’il a reconnu de la sorte implicitement que l’insurrection qui secoue la Syrie est bel et bien l’œuvre du « peuple syrien » et non pas de « bandes armées subversives », comme ne cesse de le prétendre le régime syrien ?
Indépendamment du fait que le propos de Hassan Nasrallah ait dépassé intentionnellement ou non sa pensée, cette déclaration signifie en clair que le leader du parti chiite considère comme totalement secondaires et inopportunes, dans le contexte présent, les aspirations du peuple syrien à la liberté et à la démocratie. Or, c’est ce même Hezbollah qui a affiché ouvertement son appui sans réserves aux soulèvements populaires en Égypte, en Tunisie, en Libye et à Bahreïn. Lorsqu’il exhorte donc le peuple syrien à mettre une sourdine à sa soif de liberté parce que la priorité absolue doit être accordée à la préservation des atouts géopolitiques de l’axe Damas-Téhéran dans son bras de fer avec l’Occident et les pays arabes dits modérés, le Hezbollah illustre le caractère fallacieux de l’étiquette que lui et son parrain régional s’efforcent de se donner : celle d’un parti et d’un pays défenseurs des « opprimés ».
Du coup, le slogan de la « révolution des opprimés », souvent brandi comme un leitmotiv idéologique par la République islamique et son poulain libanais, devient caduc et se dévoile au grand jour comme une coquille vide. Le mythe du parti divin, au-dessus de tout soupçon, se trouve par le fait même sérieusement ébranlé, d’autant que, de surcroît, les accusations de blanchiment d’argent et de trafic de stupéfiants lancées par de nombreuses sources contre ce même parti balayent d’un trait de main le slogan de « l’argent propre » (celui du parti) dont s’est souvent enorgueilli le directoire du Hezbollah. Sans compter la notion, avancée par le parti chiite, de « milieu (social) propre » (celui du Hezbollah), impénétrable par l’ennemi et les services étrangers, par opposition au « milieu perméable » aux SR étrangers (celui des autres communautés). Une notion rendue caduque par Hassan Nasrallah lui-même lorsqu’il a fait état de la découverte d’ « espions » à la solde de la CIA parmi ses propres cadres. Rien de pire pour un parti ou un courant idéologique que d’être entraîné à adopter des positions ou à se retrouver dans une situation en totale contradiction avec la teneur de son discours politique...
Au plan strictement local, la position adoptée par l’allié de Téhéran dans l’affaire de l’acte d’accusation du Tribunal spécial pour le Liban et des mandats d’arrêt émis à l’encontre de quatre de ses cadres illustre également le degré d’arrogance et de mépris manifesté par les dirigeants du Hezbollah dans leurs rapports avec leurs alliés attitrés, d’abord, et avec les institutions étatiques, ensuite. Affirmer que nul ne parviendra jamais à mettre la main sur les suspects et continuer à lancer à la face du Premier ministre et des membres du gouvernement que le TSL n’est qu’un instrument israélo-américain revient à faire table rase de l’institution du Conseil des ministres, de la présidence de la République, de la présidence du Conseil, de l’appareil judiciaire et des services de sécurité. Et, ce qui est encore plus grave, du pluralisme libanais et des sensibilités des autres composantes du tissu social libanais.
Dans son malencontreux appel au peuple syrien, le chef du Hezbollah a demandé à ce dernier de se sacrifier, d’accepter l’oppression, de geler ses aspirations à la liberté et à une vie plus digne, sous prétexte que la priorité doit être accordée à la consolidation du front syro-iranien de la « moumana’ah ». Ou, en termes plus clairs, aux intérêts géopolitiques stratégiques du mentor iranien.
Et de la même manière, en entraînant le Liban et toute la population libanaise dans une situation de confrontation avec la communauté internationale, en faisant fi non pas tant de la position de ses adversaires locaux – en l’occurrence le 14 Mars – mais de celle de son nouvel allié (pour ne pas dire poulain) Nagib Mikati et de l’ensemble de la structure étatique, le Hezbollah demande aux Libanais d’accepter de se sacrifier, de vivre dans une société guerrière, de tirer un trait sur les valeurs humanistes qui ont fait, à travers l’histoire, la spécificité du Liban, afin de servir les intérêts stratégiques iraniens en s’alignant sur le projet guerrier du Hezbollah. Un projet sans horizon, que le parti de Dieu tente d’imposer par la force des armes aux Libanais, quitte à inventer une nouvelle notion, la « démocratie armée » – pour reprendre le terme de Issa Goraieb –, qui permet, à titre d’exemple, de recourir au chantage milicien pour neutraliser les résultats d’élections législatives et renverser sous l’effet du poids des armes la majorité parlementaire.
Sauf que le directoire du Hezbollah devrait tirer la leçon de la révolte syrienne pour réaliser que l’ère des méthodes staliniennes est à jamais révolue. Qui plus est en 2011.


M. Karamoun,Je suis d’accord en grande partie avec ce que M. Barjis Wali a écrit. Peu m’importe à quelle communauté chrétienne vous appartenez, mais stigmatiser la communauté chiite comme vous le faites à longueur de phrases, en marxiste amateur, ne font pas de vous un débatteur crédible. Des termes d’un autre âge que vous utilisez en copier/coller, empruntés à la phraséologie marxiste, et surtout l’abus de guillemets, saute aux yeux. Il n’y a pas si longtemps où l’on stigmatisait la résistance palestinienne en des termes à peine déguisés. Alors, Chiites et Palestiniens, même traitement. Ali Yazbek.
18 h 12, le 13 juillet 2011