Trois jours qu'il pleut et grêle. De ma fenêtre, je vois la mer déferler tout entière vers la côte. Prodige qu'elle ne déborde jamais ! Ce ruissellement incessant, rideau liquide à travers lequel la vie ondoie comme un mirage, vous enferme dans une sorte d'irréalité. Les rumeurs du monde sont amorties par le picotage furieux des grêlons sur la vitre. Dans mon souvenir, en décembre dernier un groupe d'étudiants avait organisé un événement loufoque au centre-ville pour attirer la pluie. On parlait alors de désertification rampante, ce qui, paradoxalement, n'empêche pas les inondations comme on l'a vu en Arabie saoudite. Tout vient donc à point pour qui sait attendre, bien qu'il ne soit pas sûr, deux mois plus tard, que danses et transes aient produit tout cet effet. On va encore nous annoncer que les intempéries ont abîmé les récoltes. Je me souviens d'un album du photographe Fulvio Reuter sur le Liban, édité au début des années 70. On y était émerveillé par les couleurs des fruits et des légumes sur les étalages des maraîchers. Bien sûr, les fruits étaient véreux, de la pomme à l'abricot . Mais les vers, on le sait, ont un instinct infaillible pour détecter la meilleure pulpe, et tout alors était bio. Aujourd'hui, ces mêmes produits font peine à voir dans les frigos des supermarchés, et la lumière orange supposée leur donner bonne mine n'arrive même pas à tromper son monde. On disait naguère qu'au Liban on pouvait manquer de tout sauf de nourriture. On nous apprenait à l'école que notre climat était si fécond et notre terre si riche que tout pouvait s'y épanouir. Pensez-vous, la Békaa fut un jour le grenier de Rome. Oui, mais Rome et son empire, combien d'habitants ? Aujourd'hui, sur le seul territoire libanais, nous voilà plus de quatre millions. Le métier d'agriculteur, dévalorisé depuis des années, se perd sans états d'âme. Il faut avoir le cœur bien accroché pour en encaisser les aléas. De fournaises en déluges, le Liban fait désormais partie des cinq pays les plus menacés par l'insécurité alimentaire. Il n'y a pourtant pas photo : nous importons tout. Nous sommes donc totalement dépendants du bon vouloir de nos fournisseurs et tragiquement vulnérables à l'inéluctable hausse des prix. Que faire ? Contre qui manifester ? À qui réclamer une solution? Y a-t-il un pilote dans l'avion ? Sots que nous sommes de nous perdre en passions politiques. Nous avons acclamé notre lot de tribuns. Nous n'avons jamais eu un seul responsable.
Trois jours qu'il pleut et grêle. De ma fenêtre, je vois la mer déferler tout entière vers la côte. Prodige qu'elle ne déborde jamais ! Ce ruissellement incessant, rideau liquide à travers lequel la vie ondoie comme un mirage, vous enferme dans une sorte d'irréalité. Les rumeurs du monde sont amorties par le picotage furieux des grêlons sur la vitre. Dans mon souvenir, en décembre dernier un groupe d'étudiants avait organisé un événement loufoque au centre-ville pour attirer la pluie. On parlait alors de désertification rampante, ce qui, paradoxalement, n'empêche pas les inondations comme on l'a vu en Arabie saoudite. Tout vient donc à point pour qui sait attendre, bien qu'il ne soit pas sûr, deux mois plus tard, que danses et transes aient produit tout cet effet.On va encore nous annoncer que les intempéries ont...
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