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On rentre

Il aura beau faire 30°C tous les 14 septembre, cette date marquera toujours la fin de l'été. Pour beaucoup le dernier jour de plage, le dernier jour de climatisation, le jour des valises pour « rentrer à Beyrouth » et la veille (même anticipée) de la rentrée scolaire. Ce 14 septembre, dans les villages chrétiens fête de la Croix glorieuse, des feux de joie embrasent les sommets, se répandent et se répondent comme les versets d'une même prière. Les traditions se perdent, elles ne peuvent durer éternellement. Mais les enfants continuent, ici et là, à passer des matinées entières dans les champs, ramassant de la paille et du bois sec, des pommes de pin et des chardons pour que leur flambée soit la plus belle. Ce faisant, ils brûlent l'été avec ce qu'il en reste.
Bientôt des villages entiers seront désertés dans la perspective de l'hiver, aussi loin soit l'hiver. De derrière les montagnes, se donnant mystérieusement le signal, des nuées entières d'oiseaux rejoindront leurs formations dans le désordre pour partir eux aussi, allez savoir où. Rien n'aura encore changé dans l'unique rue que la jeunesse emprunte pour la parade du soir. Même embouteillage, même rutilement des tôles lavées de frais, mêmes regards en coin, mêmes joues qui rosissent sous le maquillage. Dans le temps on faisait ça à pied, on était plus romantique... Rien n'aura encore changé, sauf l'odeur des platanes. Un mélange entêtant de pourriture et de fruit confit que l'humidité croissante dépose jusque dans vos cheveux.
Au crépuscule, à la première velléité de vent, les premières feuilles ouvertes ou crispées comme des mains, les unes encore vertes, les autres réduites à leurs nervures, forment dans une trouée de lumière une danse éblouissante. Juste regarder, retenir son souffle. C'est cadeau. La nuit, attendre la dernière pleine lune. Elle éclot derrière la montagne et s'échappe comme une bulle soufflée par un dieu facétieux. Bientôt ce précieux silence où l'on viendra se réfugier en pensée dans la tension de la ville. On laisse derrière soi une terre qui se pelotonne, dernier lieu sans clameurs où le Liban peut enfin se reposer du Liban ■
Il aura beau faire 30°C tous les 14 septembre, cette date marquera toujours la fin de l'été. Pour beaucoup le dernier jour de plage, le dernier jour de climatisation, le jour des valises pour « rentrer à Beyrouth » et la veille (même anticipée) de la rentrée scolaire. Ce 14 septembre, dans les villages chrétiens fête de la Croix glorieuse, des feux de joie embrasent les sommets, se répandent et se répondent comme les versets d'une même prière. Les traditions se perdent, elles ne peuvent durer éternellement. Mais les enfants continuent, ici et là, à passer des matinées entières dans les champs, ramassant de la paille et du bois sec, des pommes de pin et des chardons pour que leur flambée soit...
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