La guerre civile, elle est pourtant derrière nous. Tellement derrière nous que nous la sentons à nos trousses. Dans les années 50 et 60, le monde était si hanté par le nucléaire après le traumatisme d'Hiroshima qu'on n'osait plus prononcer le mot guerre, ou alors on disait « guerre froide » tant l'idée d'une guerre donnait chaud. On parlait de « crise ». On disait « la crise de Cuba » comme aujourd'hui, à Beyrouth, on dit « la crise du TSL ». La crise, c'est la gangrène sans l'amputation. On laisse pourrir, et puis on laisse mourir. Pourvu qu'il n'y ait pas de remous. C'est ainsi que la procrastination devient sous nos cieux une vertu cardinale. « Boukra, Inchallah, Baadein », ces mots d'ici, qui servent à ajourner les décisions, ne sont que formules de politesse des rois d'Orient que nous sommes, l'exactitude étant parfois la pire offense. L'exactitude est un tue l'amour, ou un tue la haine, c'est selon. Trop abrupte pour nos mœurs marchandes, elle ne laisse aucune chance à ces longues tergiversations au bout desquelles il ne reste ni vainqueur ni vaincu, mais des situations glauques dont on finit par oublier l'origine pour n'en garder que les effets.
Lors des premiers soulèvements contre le Tribunal spécial pour le Liban, l'un des arguments pour calmer le jeu était que comme tout appareil juridique qui se respecte, celui-ci mettrait longtemps à donner son verdict. Mais longtemps, c'est combien de temps ? Alors que le Liban achève sa sixième année Après Rafic Hariri, La Haye donne d'inquiétants signes de vie. Et c'est reparti comme en 2005, que je t'accuse de m'accuser et que je te juge de me juger. À nouveau le TSL réveille les vocations de bookmakers et s'invite dans notre quotidien. Comment dit-on « Boukra » en hollandais ?

