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Vert

Quand on s'envole vers l'Orient à partir de Beyrouth, il est fascinant de constater que passé l'Anti-Liban, on ne trouve plus, à perte de vue, que le désert. Même pas ce désert blond et mouvant où le sable en s'écoulant fait murmurer les dunes. Mais une étendue plate, tantôt grisâtre et caillouteuse, tantôt couleur de rouille, traversée de longs canaux, ou est-ce des routes ? Triste désert qui semble abandonné de l'esprit.
Gâté pourri de la nature, le Liban culmine, insolemment vert, désespérément ignorant du privilège qui lui a été donné. Tour à tour piliers de temple ou coques de trirème (et ce ne sont pas figures de style), ses forêts ont aussi servi à construire les rails de l'éphémère chemin de fer que le mandat a tracé dans la région. Il suffisait de couper les troncs et de les envoyer rouler dans la vallée. Là se trouvait toujours un fleuve pour les acheminer en droite ligne à destination. Au déboisement utilitaire qui ronge la montagne libanaise depuis le fond des temps répond aujourd'hui, cynique, le déboisement immobilier. Sève contre béton. Le combat est inégal.
De feu et d'eau, septembre est néfaste à ce petit pays qui compte, comme l'indique une nouvelle campagne de sensibilisation, 13 arbres pour un Libanais. Ne serons-nous un jour que 13 Libanais pour un seul arbre ? Tout porte à le croire. En attendant, alors que la terre fumait encore comme une bête pantelante, l'été zénithal ayant fini de l'assoiffer, un déluge s'est abattu sur la précarité des pierres. Il en a glissé, roulé, trébuché, ricoché de partout. Les routes semées d'éboulis témoignent encore de cette débâcle marneuse.
Voilà deux jours que le paysage est saisi d'une vigueur nouvelle. Septembre s'achève dans un vert lumineux au milieu des gravats. L'horizon est d'une pureté inégalée, la mer sans un pli. Nos déserts sont ailleurs ■
Quand on s'envole vers l'Orient à partir de Beyrouth, il est fascinant de constater que passé l'Anti-Liban, on ne trouve plus, à perte de vue, que le désert. Même pas ce désert blond et mouvant où le sable en s'écoulant fait murmurer les dunes. Mais une étendue plate, tantôt grisâtre et caillouteuse, tantôt couleur de rouille, traversée de longs canaux, ou est-ce des routes ? Triste désert qui semble abandonné de l'esprit. Gâté pourri de la nature, le Liban culmine, insolemment vert, désespérément ignorant du privilège qui lui a été donné. Tour à tour piliers de temple ou coques de trirème (et ce ne sont pas figures de style), ses forêts ont aussi servi...
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