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La mère des Révolutions

La similitude est on ne peut plus frappante, et significative. Les scènes dont sont le théâtre depuis plusieurs semaines les places publiques occupées par les masses en colère ayant enclenché les soulèvements en cours dans plusieurs pays arabes ne sont pas sans rappeler, à plus d'un égard, le printemps de Beyrouth à la place des Martyrs, la place de la Liberté, en 2005. Le parallèle ne se limite d'ailleurs pas à la forme et au « visuel » des manifestations, mais il porte aussi sur la nature intrinsèque du mouvement populaire. Il paraît de la sorte évident que la révolution du Cèdre a été bel et bien le précurseur, le « modèle » en quelque sorte, des révoltes - sans précédent dans l'histoire de la région - qui ébranlent le Moyen-Orient.
Le sixième anniversaire de cette révolution du Cèdre revêt ainsi cette année une portée et une dimension toutes particulières. Le fait qu'il soit célébré cette fois à l'ombre des « révolutions sœurs » représente, certes, un symbole dont l'importance n'échappe à personne. Mais plus important encore est le double contexte, arabe et local, qui marque ce sixième anniversaire. Un double contexte qui permet de bien mettre en exergue le caractère littéralement crucial ainsi que la nécessité impérieuse d'une mobilisation massive en vue du vaste rassemblement de dimanche prochain, 13 mars, à la place des Martyrs.
Au plan arabe, d'abord, les conditions dans lesquelles se sont déroulés les soulèvements populaires dans divers pays de la région devraient constituer un fort stimulant pour le public de la révolution du Cèdre. Certes, analyses et supputations vont bon train au sujet des circonstances qui ont été à l'origine et qui continuent d'entretenir les révoltes en cours. Mais quelles que soient les données réelles en rapport avec les tenants et les aboutissants de ces soulèvements, force est de relever que ces derniers ont revêtu un caractère non partisan, bien que foncièrement engagé, à l'instar de l'intifada de l'indépendance de mars 2005. Pour la première fois sans doute dans l'histoire du Moyen-Orient, les foules se sont appropriées les places publiques non pas à l'instigation d'un leader ou d'un parti, à la faveur d'un quelconque coup d'État militaire - comme c'était souvent le cas dans les années 50 et 60 du siècle dernier - mais sous l'effet d'une dynamique inhérente aux masses en question.
Au plan strictement libanais, et comme l'a souligné à maintes reprises Samir Frangié, aucune communauté, aucun parti ou aucun leader ne peut également revendiquer la paternité de la révolution du Cèdre, laquelle est le fruit de la mobilisation de la masse silencieuse, de ce public anonyme du 14 Mars qui est descendu dans la rue non pas pour défendre un pôle politique quelconque, mais pour mener un combat bien ciblé et faire prévaloir une cause bien précise - en 2005, celle de la lutte contre l'occupation syrienne. De la même manière, les soulèvements populaires en Tunisie, en Égypte, en Libye, au Yémen, ou à Bahreïn ne sauraient être revendiqués par une seule et unique faction. Si ces soulèvements ont réussi à aboutir à des résultats tangibles et radicaux, c'est essentiellement parce qu'ils ont été l'œuvre d'une foule anonyme, et surtout parce que cette foule a fixé clairement et sans complaisance sa cible. Elle a défini sans détour son objectif, en allant jusqu'au bout de son action, refusant les compromissions et évitant de se laisser entraîner dans des luttes marginales, susceptibles de représenter une diversion par rapport à l'objectif prioritaire.
Si le public du 14 Mars est appelé à se rendre en masse dimanche prochain à la place des Martyrs c'est précisément dans cet esprit, le but étant non pas de plébisciter un leader, un parti ou une faction, mais de reprendre l'initiative, de se réapproprier la place publique afin de redéfinir clairement la cible visée et fixer clairement et sans ambages l'objectif prioritaire recherché, loin de toute diversion (comme, par exemple, celle de s'attaquer présentement au système confessionnel alors que le problème est tout autre et qu'il est ailleurs). Cette approche a prouvé ces dernières semaines son efficacité sur les scènes arabes. Plus que jamais, la révolution du Cèdre - la « mère » des soulèvements populaires arabes - est aujourd'hui appelée à la confirmer.
C'est à ce niveau précis que se situe cette année l'importance du contexte libanais dans lequel est célébré le sixième anniversaire de l'intifada de l'indépendance. L'enjeu de la mobilisation massive en vue du vaste rassemblement du 13 mars est double. Il s'agit d'abord, bien au-delà des considérations partisanes et politiciennes, de réagir à la contre-offensive, à la contre-révolution, menée à outrance par l'axe syro-iranien afin de remettre en cause les acquis de 2005 et tenter de rétablir la tutelle de Damas sur le pays du Cèdre. Si cette contre-révolution a réussi à marquer récemment des points et à neutraliser la majorité issue des élections de 2009, c'est essentiellement en raison du poids de l'arsenal militaire du Hezbollah. À la lumière donc de cette relance de la tentation anschlussienne de la Syrie et de l'implication sans cesse croissante des armes du Hezbollah dans le jeu politique interne, la foule anonyme du 14 Mars est appelée cette année, plus que jamais, à replacer les pendules à l'heure en redéfinissant sans détour son objectif (réagir à la contre-offensive syrienne) et en fixant clairement la nouvelle cible de son combat (les armes du Hezbollah).
Sortant de plusieurs décennies de léthargie, entretenue par des régimes autocratiques et répressifs, avec pour toile de fond un affairisme sans bornes de la classe dirigeante, les masses arabes ont appris à prendre l'initiative, bousculant l'establishment politique en place en lui imposant pratiquement son agenda. Telle était, et telle devrait être à nouveau, l'essence de la révolution du Cèdre. Avec un objectif et une cible clairement définis. L'enjeu aujourd'hui est existentiel, historique. Il ne supporte pas les hésitations, les atermoiements et les positions en demi-teintes. L'approche est, certes, manichéenne. Mais en période de crise existentielle, impliquant le devenir de tout un peuple, il faut choisir son camp. Et aller jusqu'au bout de son engagement, de son action. Une action engagée sans pour autant être partisane.
Les peuples arabes ont placé le Moyen-Orient sur la voie d'une phase nouvelle de son histoire. Le public du 14 Mars, avant-gardiste de ce printemps, se doit de reprendre l'initiative pour éviter que son histoire, l'histoire du pays, remonte le temps, à contresens de l'évolution en cours dans la région. Et à cet égard, l'apport de chaque individu a son importance. Car c'est de la somme de tous les apports individuels que naît en définitive l'espoir.
La similitude est on ne peut plus frappante, et significative. Les scènes dont sont le théâtre depuis plusieurs semaines les places publiques occupées par les masses en colère ayant enclenché les soulèvements en cours dans plusieurs pays arabes ne sont pas sans rappeler, à plus d'un égard, le printemps de Beyrouth à la place des Martyrs, la place de la Liberté, en 2005. Le parallèle ne se limite d'ailleurs pas à la forme et au « visuel » des manifestations, mais il porte aussi sur la nature intrinsèque du mouvement populaire. Il paraît de la sorte évident que la révolution du Cèdre a été bel et bien le précurseur, le « modèle » en quelque sorte, des révoltes - sans précédent dans l'histoire de la région - qui ébranlent le Moyen-Orient.Le sixième anniversaire de cette révolution du Cèdre revêt ainsi...
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