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Le poids des armes

Une petite semaine de sept jours aura suffi pour résumer et illustrer de façon on ne peut plus claire le fond du problème, indéniablement existentiel, auquel les Libanais sont confrontés depuis le déclenchement par le Hezbollah - et ses parrains régionaux - de la contre-révolution du Cèdre. Cette petite semaine a suffi pour mettre en relief, une fois de plus, la dynamo, l'élément moteur auquel le parti pro-iranien a recours pour entretenir et développer sa dynamique politique, son rouleau compresseur, à savoir l'usage systématique et régulier de la violence. Une violence tantôt physique et tantôt morale ou psychologique.
Cette violence qualifiée de symbolique - parce que distillée de façon lente, pernicieuse, continue, profonde, et dont les effets répressifs se maintiennent dans le temps - s'est manifestée de la plus belle des manières ces derniers jours à la faveur de l'épisode des consultations parlementaires.
Les faits sont à cet égard particulièrement révélateurs. Lundi dernier, premier jour des consultations qui étaient initialement prévues, le Premier ministre sortant, Saad Hariri, était pratiquement assuré, compte tenu des positions affichées, du soutien de près de 70 députés pour être reconduit à la tête du gouvernement. Sous le prétexte qu'il fallait donner sa chance à une ultime médiation turco-qatarie, la Syrie et le camp du 8 Mars ont demandé au président Michel Sleiman de reporter les consultations d'une semaine entière. Il ne fallait pas être Fouché ou Machiavel pour comprendre que cette requête avait pour but de donner suffisamment de temps au Hezbollah pour « travailler » certains députés afin de modifier le pointage qui se profilait à l'horizon en vue de la désignation du nouveau Premier ministre.
La tâche sur ce plan était relativement facile. Surtout avec un Walid Joumblatt qui, depuis le funeste 7 mai 2008, n'est guidé que par un sentiment de peur primaire face au chantage milicien du Hezbollah. Ainsi, de là où il comptait accorder ses 11 voix à Saad Hariri, et alors que dans son éditorial hebdomadaire de lundi dernier il expliquait qu'il fallait respecter les spécificités libanaises et la représentation légitime des communautés dans le pourvoi aux postes de responsabilité aux plus hauts échelons de l'État, il annonçait en milieu de semaine qu'il rejoignait le camp de « la Syrie et de la résistance ». Et parallèlement, l'option Mikati était manigancée afin de placer toutes les chances du côté du candidat du 8 Mars.
Le délai d'une semaine réclamé par la Syrie et l'opposition aura ainsi permis au Hezbollah de parachever, dans un sprint final, le coup d'État blanc orchestré et préparé minutieusement par le parti chiite depuis de longs mois, voire depuis 2006, dans le but évident de neutraliser et de saboter la majorité parlementaire - et avec elle la révolution du Cèdre - de manière à paver la voie à sa mainmise sur le gouvernement et l'État. Car l'épisode des consultations parlementaires entamées hier, et qui devraient conduire, du moins en principe, à la désignation du candidat du 8 Mars, n'est nullement un exercice démocratique ordinaire. Il s'agit plutôt de l'aboutissement d'un long et lent processus enclenché et patiemment entretenu par le Hezbollah afin de mener à bien la contre-révolution du Cèdre.
L'élément moteur nécessaire pour mettre en place cette contre-révolution était précisément la violence symbolique. Il s'agissait de distiller, lentement mais sûrement, dans l'esprit des Libanais un sentiment de peur à l'égard du Hezbollah, de distiller dans leur esprit la perception de la force du Hezbollah. Bénéficiant d'un important capital de départ fondé sur un imposant arsenal militaire, il fallait pour susciter cette perception de force omnipotente se livrer de façon continue à une série d'actions ponctuelles et limitées dans le seul but d'entretenir la peur. Et dans ce cadre, tous les prétextes sont bons, toutes les mises en scène sont utiles. Une chaîne de télévision diffuse une émission satyrique évoquant le chef du parti ? Une bonne occasion de se livrer dans les rues de Beyrouth à un étalage de force pour bien montrer son potentiel de nuisance ? Les coupures de courant électrique se font un « tout petit peu plus longues » ? Une bonne occasion aussi pour rappeler que le parti peut rapidement couper la route de l'aéroport.
Parallèlement à cette violence morale et symbolique, le Hezbollah a eu recours à maintes occasions à la violence physique directe afin d'imposer son « autorité » aux autres acteurs de la scène locale. Il est nécessaire de briser le moral et le prestige de l'armée et des Forces de sécurité intérieure afin d'avoir le champ libre sur le terrain ? Rien de mieux que des agressions ponctuelles et épisodiques contre des éléments des FSI « s'aventurant » dans la banlieue sud ou qu'une attaque savamment dosée contre une unité de l'armée, suivie de pressions sur le commandement de Yarzé pour le contraindre d'adopter des mesures disciplinaires contre les officiers et les soldats qui ont « osé » riposter aux agressions des miliciens, comme ce fut le cas lors de l'affaire de Mar Mikhaël. Sans compter l'assassinat de l'officier Samer Hanna à bord de l'hélicoptère militaire qui s'était « hasardé » à survoler une position du Hezbollah...
Face à la victoire du 14 Mars aux élections législatives, il est nécessaire d'ébranler la révolution du Cèdre en provoquant la chute du maillon le plus vulnérable de cette coalition, en l'occurrence Walid Joumblatt ? Quoi de plus facile que de faire bon usage des menaces directes et de distiller un sentiment de peur primaire et permanente... Même au prix de l'enlèvement à Beyrouth et de l'assassinat de deux jeunes partisans du PSP en avril 2007 (les deux Ziyad), ou du passage à tabac, jusqu'à ce que mort s'ensuive, d'un autre partisan du PSP au terme du rassemblement du 14 février, en 2008. En sus, évidemment, de la vaste offensive milicienne du 7 mai 2008 contre le Courant du futur et le PSP à Beyrouth-Ouest et dans la Montagne...
Et pour bien bétonner cette violence symbolique, les agressions ponctuelles et répétées étaient accompagnées d'une menace permanente d'un recours à la sédition chaque fois qu'il s'agissait de faire aboutir une revendication précise ou de faire pression afin d'infléchir la position de tel ou tel responsable. Le tout couronné de propos belliqueux et de campagnes médiatiques aussi haineuses que menaçantes afin de consolider la perception de force que l'autre doit avoir du Hezbollah. Même les apparitions publiques et les discours des hauts responsables du parti devaient être accompagnés d'une savante mise en scène et de postures médiatiques soigneusement étudiées afin de pousser à l'extrême la perception de force.
C'est ce climat général de violence à multiples facettes que le Hezbollah a mis en place et entretenu au fil des jours, des semaines, et des ans, afin d'orchestrer et de préparer son coup d'État blanc. Sous le poids du spectre d'un recours aux armes, et grâce à un véritable travail de professionnels de très longue haleine, une semaine était donc entièrement suffisante pour permettre au parti pro-iranien de parachever son coup d'État blanc en amenant à cette fin, sans trop de difficultés, un Walid Joumblatt à rentrer définitivement dans les rangs, après l'avoir bien conditionné, des mois durant, en le maintenant dans un climat de terreur et de menaces permanentes. Et dans ce cadre, la seule menace d'un possible usage des armes est souvent plus efficace que l'utilisation directe de ces armes. À condition d'avoir distillé dans l'esprit des gens, et des responsables, cette violence symbolique dont l'effet se manifeste à long terme, sans discontinuité.
Et pour finaliser ce coup de force, ce qui a été appliqué à un Walid Joumblatt ne manquera sans doute pas d'être utilisé aussi, avec le même professionnalisme, pour « contrôler » Nagib Mikati. S'il parvient toutefois à former un gouvernement... Car le mouvement de révolte initié hier par la rue sunnite illustre bien le fait que le mécanisme psychologique orchestré pour mater des adversaires, réels ou potentiels, finit toujours par provoquer, tôt ou tard, une violente réaction contraire.
Une petite semaine de sept jours aura suffi pour résumer et illustrer de façon on ne peut plus claire le fond du problème, indéniablement existentiel, auquel les Libanais sont confrontés depuis le déclenchement par le Hezbollah - et ses parrains régionaux - de la contre-révolution du Cèdre. Cette petite semaine a suffi pour mettre en relief, une fois de plus, la dynamo, l'élément moteur auquel le parti pro-iranien a recours pour entretenir et développer sa dynamique politique, son rouleau compresseur, à savoir l'usage systématique et régulier de la violence. Une violence tantôt physique et tantôt morale ou psychologique. Cette violence qualifiée de symbolique - parce que distillée de façon lente, pernicieuse, continue, profonde, et dont les effets répressifs se maintiennent dans le temps - s'est manifestée de la...
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