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Entre construction et déconstruction

La visite d'information organisée la semaine dernière par le gouvernement turc à l'intention d'un groupe restreint de journalistes libanais a fourni l'occasion d'illustrer d'une manière limpide un état d'esprit, une approche particulière de la gestion de la chose publique, totalement aux antipodes d'une autre ligne de conduite - dans laquelle excellent, à titre d'exemple, le régime iranien et, a fortiori, le Hezbollah - fondée le plus souvent sur l'obstructionnisme, la terreur, la logique de la destruction, la violence, physique ou morale... En un mot, la déstabilisation, comme système préféré d'action politique.
Les membres de la délégation libanaise ont eu l'opportunité d'assister dans ce cadre, à Istanbul, à une conférence de presse tenue par un ministre d'État turc à l'adresse de la presse étrangère afin d'exposer les orientations de son gouvernement concernant divers thèmes de l'actualité locale en Turquie. Faisant preuve d'un rationalisme à l'occidentale, le ministre en question - Faruk Celik - a abordé plusieurs grands dossiers axés sur la politique socio-économique, les moyens d'assurer la prospérité et l'amélioration des conditions de vie de la population, le règlement des problèmes des minorités (kurde, alaouite, romane...), la préservation de la diversité, le renforcement des pratiques démocratiques et la sauvegarde des libertés, etc. En clair, il s'agissait d'un discours portant sur la construction de l'avenir, contrastant fortement avec le discours guerrier, belliqueux, hargneux, axé sur la destruction, la déconstruction du présent, tel qu'apparu - toujours à titre d'exemple, et pour se replacer dans un contexte lié au cas libanais - lors des meetings populaires organisés au cours de la visite du président Mahmoud Ahmadinejad à Beyrouth, en octobre dernier.
Au risque de faire preuve d'un certain manichéisme, force est de relever à cette occasion que l'essence de la crise existentielle à laquelle est confronté le pays du Cèdre depuis plusieurs années est fondée précisément sur cette différence radicale dans la conception de la chose publique. Au projet tourné vers l'avenir, axé sur la construction, sur l'édification d'un État rassembleur, sur la culture du lien, sur l'exploitation constructive du pluralisme libanais, sur une logique de paix et de prospérité, le Hezbollah (et avec lui ses fidèles alliés locaux) n'oppose, à l'instar de son parrain régional, qu'un projet belliqueux, basé sur l'édification d'une société guerrière, sur une logique de conflits ouverts, sans fins et sans horizons, sur une déstabilisation chronique et permanente... En bref, sur la destruction et l'obstructionnisme.
Un survol rapide des archives de la presse locale de ces cinq dernières années montre ainsi que depuis la révolution du Cèdre, enclenchée par l'historique élan populaire du printemps 2005, le Hezbollah s'est livré à une entreprise systématique et continue de sape, de déstabilisation tous azimuts, de déconstruction des acquis de l'intifada de l'indépendance. Depuis mars 2005, pas un mois n'est passé pratiquement sans que l'actualité locale ne soit marquée par un assassinat, une tentative d'assassinat politique, un attentat terroriste, des actes de sédition sous différents prétextes, des incidents orchestrés dans le but évident d'entretenir un climat d'instabilité chronique... Sans compter les grands coups de boutoir, tels que la fermeture des frontières par la Syrie au lendemain de la formation du premier gouvernement véritablement indépendant, issu des élections libres de 2005, le boycott du gouvernement de Fouad Siniora, fin 2005, la guerre destructrice de juillet 2006, la démission des ministres chiites en novembre 2006, l'occupation et la paralysie du centre-ville de Beyrouth à partir de décembre 2006, la tentative par le Hezbollah et ses alliés de dresser des barricades afin d'assiéger Beyrouth en janvier 2007, les échauffourées épisodiques dans les quartiers populaires de Beyrouth-Ouest, le déclenchement de la longue et meurtrière bataille de Nahr el-Bared en mai 2007, le blocage de l'élection présidentielle, l'agression contre l'armée libanaise à Mar Mikhaël en janvier 2008, l'offensive milicienne du Hezbollah contre le Courant du futur et le PSP en mai 2008, l'agression contre des partisans du PSP en février 2009, et plus récemment le torpillage des réunions du Conseil des ministres et de la conférence de dialogue... Le tout couronné de campagnes médiatiques haineuses, de menaces et de manœuvres d'intimidation les plus folles.
L'objectif de cette vaste opération de sape paraît clair et n'échappe à personne : maintenir une tension permanente et susciter de manière orchestrée et régulière des crises successives majeures, parallèlement aux assassinats politiques, aux attentats terroristes et aux guerres ravageuses, afin d'empêcher l'émergence d'un État central rassembleur qui puisse engager sérieusement le pays sur la voie de la stabilité et de la prospérité. Le Amid du Bloc national, Carlos Eddé, a parfaitement résumé la situation sur ce plan par cette formule cinglante et particulièrement perspicace : « Le 8 Mars a paralysé le pays pour rentrer au gouvernement, et il est rentré au gouvernement pour paralyser le pays » !
L'apogée de cette entreprise - ou plutôt de cette tentative - de déconstruction de la révolution du Cèdre aura été le torpillage non seulement du gouvernement d'union nationale, mais surtout de l'accord de Doha qui avait été conclu sous l'égide de l'émir du Qatar et en base duquel le Hezbollah et ses alliés fidèles s'étaient formellement engagés à... ne pas provoquer la chute du cabinet d'union et même à ne pas en paralyser l'action.
Le plus grave, précisément, dans le comportement des suppôts de l'axe syro-iranien est le non-respect des engagements pris. Rien d'étonnant ainsi, parallèlement à ce peu d'égard manifesté pour la teneur de l'accord de Doha (et la médiation de l'émir du Qatar), que le 8 Mars ait fait l'impasse sur ses engagements pris dans le cadre de la déclaration ministérielle pour ce qui a trait au Tribunal spécial pour le Liban. Le général Michel Aoun n'a-t-il pas été jusqu'à défier ouvertement la communauté internationale, voire à lui faire une véritable déclaration de guerre ?
Déstabilisation tous azimuts ; déconstruction de tout acquis fondamental qui ne serait pas conforme au « politiquement correct » syro-iranien ; non-respect des engagements pris, tant sur les plans local, régional qu'international ; menaces miliciennes, intimidations et campagnes médiatiques haineuses... C'est tout un « style » d'action politique qui a été mis en place pour tenter de contrer et neutraliser les effets de la révolution du Cèdre. Détruire et tout bloquer au lieu de construire l'avenir. C'est plus que le sort du pays, du tribunal international, ou même du gouvernement qui est aujourd'hui en jeu : c'est toute une vision du rôle et de la place de l'individu dans la société qui sépare aujourd'hui les deux camps en présence. Et en ce sens, c'est une sorte de « révolution culturelle » dont le Hezbollah - et derrière lui ses parrains régionaux - a plus que jamais besoin afin de dépasser son projet guerrier et rejoindre les rangs de ceux qui regardent vers l'avenir au lieu de s'acharner à déconstruire le présent.
La visite d'information organisée la semaine dernière par le gouvernement turc à l'intention d'un groupe restreint de journalistes libanais a fourni l'occasion d'illustrer d'une manière limpide un état d'esprit, une approche particulière de la gestion de la chose publique, totalement aux antipodes d'une autre ligne de conduite - dans laquelle excellent, à titre d'exemple, le régime iranien et, a fortiori, le Hezbollah - fondée le plus souvent sur l'obstructionnisme, la terreur, la logique de la destruction, la violence, physique ou morale... En un mot, la déstabilisation, comme système préféré d'action politique. Les membres de la délégation libanaise ont eu l'opportunité d'assister dans ce cadre, à Istanbul, à une conférence de presse tenue par un ministre d'État turc à l'adresse de la presse étrangère afin...
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