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Culture de paix et résistance

Attaquer de façon démesurée et sans scrupule, car la meilleure défense c'est l'attaque ; diaboliser le TSL pour banaliser, en amont, le chef d'accusation... Telle est l'habile et très traditionnelle tactique suivie par le Hezbollah pour désamorcer d'entrée de jeu le choc de la possible inculpation de membres et responsables du parti chiite dans l'assassinat de Rafic Hariri, s'il faut en croire les fuites savamment transmises à certains médias étrangers.
Dans sa contre-attaque, le Hezbollah fonde son argumentation sur la théorie du « complot américano-israélien » orchestré, selon lui, par le biais du tribunal international contre « la plus noble des résistances » divines...
Indépendamment des circonstances et du bien-fondé de l'investigation sur l'attentat terroriste du 14 février 2005, la campagne menée depuis plusieurs mois sur ce plan par l'allié de Téhéran pose de plain-pied toute la problématique de l'existence même de la « résistance » islamique, en tant que bras armé du Hezbollah et véritable tête de pont de la République islamique iranienne sur les bords de la Méditerranée et aux frontières d'Israël.
Dans l'allocution qu'il a prononcée le 8 décembre lors de l'ouverture du congrès de la Pensée arabe, le président Michel Sleiman a implicitement fait allusion à cette problématique en soulignant que « l'un des défis auxquels sont confrontés les Arabes est de concilier la culture de paix avec la logique de résistance contre toute occupation, toute injustice ou tout sous-développement ». Prôner la concomitance entre la culture de paix et une logique de résistance, perçue non pas au service d'un projet précis mais comme une ligne de conduite générale, revient forcément à donner au concept de « résistance » un sens et une dimension aux antipodes de la conception que s'en fait le Hezbollah. Car du fait de sa doctrine, de son projet politique transnational et de son ancrage idéologique, militaire et... financier à la République islamique iranienne, le Hezbollah a une perception de la résistance qui est, par essence, foncièrement incompatible avec les valeurs d'une société édifiée sur une culture de paix ; une telle perception est, de surcroît, et surtout, en déphasage total avec l'approche purement libaniste d'une résistance nationale.
C'est précisément à ce niveau que repose le conflit entre le parti de Dieu et les autres factions locales, dont notamment la coalition du 14 Mars. Le Hezbollah et le 14 Mars n'accordent pas en effet la même signification au terme de résistance. Cette dernière signifie aux yeux de la majorité la lutte contre une occupation, ou, en l'absence d'occupation, une stratégie de défense qui devrait être définie dans un cadre étatique pour faire face à toute agression éventuelle. Pour le Hezbollah, par contre, le même terme a une tout autre portée, impliquant l'adhésion quasi aveugle à un projet géopolitique transnational, à une lutte globale contre Israël et les « forces de l'arrogance mondiale », dans le sillage du bras de fer entre Téhéran et la communauté internationale... Autant d'objectifs qui n'ont rien à voir avec l'approche classique et nationale du concept de résistance. Comment s'étonner, dès lors, que les deux camps antagonistes se livrent à un dialogue de sourds ? Comment s'étonner aussi que le Hezbollah soit la cible de critiques acerbes de la part du 14 Mars, mais aussi de la part de diverses instances locales, arabes et internationales ?
Si la « résistance » que l'allié de Téhéran s'emploie à défendre farouchement se limitait réellement et exclusivement à la lutte contre un danger potentiel israélien, elle devrait alors concerner l'ensemble de la population, sous la houlette de l'État. Rien ne justifierait en effet, auquel cas, qu'elle soit le monopole d'une communauté, ou pire d'un seul parti, organiquement lié à une puissance régionale dont les desseins géopolitiques n'échappent à personne. Si le Hezbollah s'obstine de cette façon à opposer une fin de non-recevoir à tout débat sur le sort de son arsenal militaire, c'est que ce dernier a en réalité une fonction tout autre que la défense du territoire face à une agression éventuelle. Pourquoi dès lors les Libanais devraient-ils sacrifier leur devenir, se départir de la « culture de paix », torpiller la vocation historique du Liban - sa raison d'être -, mettre en péril les équilibres internes, afin de s'aligner sur une option guerrière à outrance qui ne fait nullement l'objet d'un consensus interne ; une option qui ne répond qu'aux aspirations et attentes d'un seul parti, d'une seule composante de la communauté chiite qui impose manu militari son diktat et sa vision aux autres factions de sa communauté, et au peuple libanais dans son ensemble.
Pour le Hezbollah, ce qu'il qualifie de « résistance » ne constitue ainsi qu'un label, un slogan, permettant d'entretenir la mobilisation populaire ; elle représente un moyen de faire du Liban la pierre angulaire de l'édifice régional du nouvel empire perse qui s'efforce d'étendre ses tentacules de l'Irak au Liban-Sud, en passant notamment (pour se limiter au monde arabe) par l'Égypte, le Yémen, le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis et Gaza. Sauf que, comme dans le cas de la grenouille qui voulait se faire aussi grande que le bœuf, les appétits géopolitiques démesurés finissent toujours par se retourner contre ceux qui ne connaissent pas leurs limites.
Lorsque le président Michel Sleiman prône une culture de paix, il reflète à n'en point douter l'aspiration d'une très large fraction de la population. Ce que le directoire du Hezbollah feint d'ignorer sur ce plan, c'est que les Libanais, dans leur écrasante majorité, n'ont qu'un seul souhait : vivre une vie normale (dans toute l'acception du terme), s'engager sur la voie de la prospérité, tirer un trait sur les conflits stériles et sans fins. Or ce que le parti de Dieu leur propose, sous couvert de « résistance », c'est d'édifier une société guerrière, d'entraîner à nouveau le pays, après plus de trente ans de luttes fratricides et d'affrontements armés, dans une nouvelle logique de guerre sans horizons, de tensions chroniques et permanentes, dans le seul but de servir une raison d'État iranienne, alors que l'ensemble des pays arabes ont initié, eux, un solide processus de développement socio-économique et d'ouverture sur le monde, n'aspirant, pour certains, qu'à une paix des braves avec Israël.
Les dirigeants du Hezbollah ne cessent de dénoncer les campagnes menées contre leur parti au double plan local et régional. Mais ont-ils jamais fourni l'effort de réfléchir profondément sur le pourquoi de telles campagnes ?
Attaquer de façon démesurée et sans scrupule, car la meilleure défense c'est l'attaque ; diaboliser le TSL pour banaliser, en amont, le chef d'accusation... Telle est l'habile et très traditionnelle tactique suivie par le Hezbollah pour désamorcer d'entrée de jeu le choc de la possible inculpation de membres et responsables du parti chiite dans l'assassinat de Rafic Hariri, s'il faut en croire les fuites savamment transmises à certains médias étrangers.Dans sa contre-attaque, le Hezbollah fonde son argumentation sur la théorie du « complot américano-israélien » orchestré, selon lui, par le biais du tribunal international contre « la plus noble des résistances » divines...Indépendamment des circonstances et du bien-fondé de l'investigation sur l'attentat terroriste du 14 février 2005, la campagne menée depuis...
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