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Appels d’empire

Bahreïn a organisé samedi dernier, sur fond de vive tension communautaire sunnito-chiite, des élections législatives portant sur 40 sièges parlementaires dans une Assemblée dont les prérogatives sont contrebalancées, pour ne pas dire neutralisées, par le pouvoir du roi. L'opposition chiite a consolidé sa position lors de ce scrutin en remportant 18 des 40 sièges, conservant ainsi pratiquement le même score que dans le Parlement sortant (17 sièges).
Correspondants de presse et observateurs n'ont pas manqué de relever à cette occasion, non sans inquiétude, que le principal parti d'opposition chiite a mené une campagne en tenant des meetings populaires passionnés calqués dans une large mesure (toutes proportions gardées) sur ceux du Hezbollah au Liban. Le portrait du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est d'ailleurs fièrement exhibé dans nombre de domiciles dans certains quartiers chiites de Manama.
Cette tension communautaire a été ravivée par une vague d'arrestations opérées il y a près de trois mois par les autorités bahreïnies qui ont affirmé avoir déjoué une tentative de coup d'État fomenté par des opposants chiites. Le royaume, situé à un jet de pierres de l'Arabie saoudite, soupçonne l'Iran de susciter et raviver dangereusement les passions sectaires dans le pays et, d'une manière générale, dans la région. Force est de rappeler dans un tel contexte que dans l'émirat voisin du Koweït, le chef du gouvernement koweïtien avait interdit en septembre dernier les rassemblements afin de juguler les tensions entre communautés sunnite et chiite.
Si l'on ajoute à cette délicate conjoncture les fortes interférences de Téhéran en Irak, l'alliance « stratégique » avec la Syrie, l'expulsion par les Émirats arabes unis de dizaines de cadres chiites accusés de mettre en place des réseaux illégaux de financement au profit du Hezbollah, ainsi que l'encadrement et le financement par l'Iran des Houthiyine au Yémen (aux frontières de l'Arabie saoudite), l'on comprend
alors l'importance de la lettre ouverte adressée le 13 octobre au président Mahmoud Ahmadinejad par 250 intellectuels libanais qui ont mis en garde contre l'émergence d'une « question chiite » (en référence à la « question d'Orient » ) du fait des tentatives soutenues du régime des mollahs à Téhéran de contrôler et absorber, à des fins géopolitiques, les collectivités chiites de la région, notamment dans le Golfe.
À la lumière de cet expansionnisme perse rampant dans la région du Golfe et sa périphérie (auquel on pourrait adjoindre l'affaire de la cellule du Hezbollah en Égypte et le soutien massif de l'Iran au Hamas), la politique agressive et la tentation totalitaire et hégémonique du Hezbollah au Liban prend, à l'évidence, une dimension qui dépasse de (très) loin le cadre libanais. Si bien que l'on en vient à se demander parfois si les dirigeants du parti chiite, qui ne ratent aucune occasion de s'enorgueillir d'être une tête de pont iranienne sur les bords de la Méditerranée, sont réellement totalement conscients des conséquences libanaises de leur ligne de conduite.
Certes, pour le directoire du parti de Dieu, le Liban ne représente - et c'est là l'essence du conflit avec le 14 Mars - qu'une simple pièce d'un vaste puzzle perse (ou au mieux syro-iranien) qui tente de s'étendre le plus solidement possible dans la région afin d'ébranler, de déstabiliser et, pourquoi pas, de supplanter autant que faire se peut le puzzle occidental (grâce à l'aide des Chavez et consorts, en surfant à la fois sur l'altermondialisme et la nouvelle extrême droite). Sauf que « tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse ». Aveuglé par son trop-plein de puissance militaire et financière, le Hezbollah ne semble pas prendre véritablement la mesure des retombées libanaises des campagnes médiatiques haineuses, des tentatives d'intimidation, des menaces miliciennes, des pressions irréfléchies qui caractérisent de manière systématique sa ligne de conduite face aux autres composantes du tissu social libanais. Comme en physique ou en chimie, lorsque l'on exerce une trop forte pression sans cesse croissante sur un système, il finit par nous exploser à la figure.
Par son attitude hégémonique et ses tentatives de vouloir obstinément imposer manu militari son diktat, faisant table rase de tous ceux qui ne s'alignent pas sur ses desiderata - comme si le pays lui appartenait exclusivement - le Hezbollah ravive dangereusement les passions sectaires et suscite un sentiment de ras-le-bol généralisé qui va crescendo et qui finira, tôt ou tard, par se retourner contre lui et provoquer un effet boomerang dont il fera irrémédiablement les frais. C'est dans cette optique que l'on doit percevoir les conséquences incommensurables de cette attitude « enragée » que manifeste le Hezbollah à vouloir torpiller, quel que soit le prix à payer, le Tribunal spécial pour le Liban. Ce branle-bas de combat démesuré, qui frise la panique, face au TSL ne fait qu'accroître sans cesse la suspicion quant à une implication du Hezb dans l'assassinat de Rafic Hariri et dans les autres attentats qui l'ont suivi (sans compter celui qui l'a précédé), ce qui augmente, et aggrave, d'autant le profond ressentiment et le sentiment de frustration, de ras-le-bol et de fronde grandissante ressentis à l'égard de l'allié de Téhéran. Et à cet égard, la thèse du « complot israélo-américain contre la résistance dont se fait l'instrument le TSL » tient très peu la route car si tel est effectivement le cas, le Hezbollah aurait à plus forte raison tout intérêt à jouer la carte du TSL du fait qu'il n'aurait aucune difficulté à prouver son innocence, compte tenu des très larges moyens dont bénéficie la défense, conformément au statut du tribunal.
Dans un tel contexte, l'effet boomerang dont le Hezbollah risquerait d'être la cible, sous le coup de son comportement hégémonique, sera d'autant plus dévastateur pour lui que, précisément, il insiste à lier organiquement son sort, son projet politique, à l'expansionnisme iranien, lequel constitue, de par son essence, un dangereux facteur de déstabilisation régionale. Si bien que le parti de Dieu pourrait faire les frais aussi bien de son arrogance locale que de son ancrage idéologique aux desseins sans bornes du nouvel empire perse qui constitue une sérieuse menace pour une région - les pays du Golfe - hautement stratégique... D'aucuns se lancent à ce stade dans une tortueuse gymnastique de l'esprit et s'engagent sur la voie non moins tortueuse de la politique fiction pour imaginer un scénario chimérique suivant lequel de puissantes forces occultes - Israël, à titre d'exemple - s'emploieraient à favoriser intentionnellement l'émergence d'une « question chiite », de l'Irak à la banlieue sud de Beyrouth, en passant par le Golfe, le Yémen et la Syrie, grâce aux mollahs iraniens et à leurs alliés locaux, afin de plonger cette zone stratégique dans une situation d'instabilité chronique et permanente, tout en prenant soin de maintenir tacitement ce jeu diabolique sous contrôle, dans le cadre de lignes rouges savamment convenues dans l'ombre. Auquel cas, la véritable collusion avec « le sionisme et l'impérialisme américain » se situerait paradoxalement, diversion oblige, dans le camp qui vocifère « haro sur le baudet ». Mais ce serait sans compter le paramètre profondément irrationnel, non cartésien, et donc totalement imprévisible qui dicte les réactions - fruit d'un certain messianisme millénariste eschatologique (nous sommes en Orient ...) - de nombre de mollahs iraniens et hauts responsables du Hezbollah. Si bien qu'un tel scénario diabolique porte en lui les germes potentiels d'un dérapage incontrôlé.
À l'ombre de la tourmente actuelle dans laquelle nous entraîne le parti de Dieu, seul le déroulement des événements sur le terrain permettra de dévoiler les limites du jeu et les véritables desseins des uns et des autres. Dans l'attente, le mieux que pourrait faire le Libanais lambda c'est d'être conscient des véritables enjeux auxquels est confronté le pays depuis le tournant fondateur et historique qu'a constitué la révolution du Cèdre au printemps 2005.
Bahreïn a organisé samedi dernier, sur fond de vive tension communautaire sunnito-chiite, des élections législatives portant sur 40 sièges parlementaires dans une Assemblée dont les prérogatives sont contrebalancées, pour ne pas dire neutralisées, par le pouvoir du roi. L'opposition chiite a consolidé sa position lors de ce scrutin en remportant 18 des 40 sièges, conservant ainsi pratiquement le même score que dans le Parlement sortant (17 sièges). Correspondants de presse et observateurs n'ont pas manqué de relever à cette occasion, non sans inquiétude, que le principal parti d'opposition chiite a mené une campagne en tenant des meetings populaires passionnés calqués dans une large mesure (toutes proportions...
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