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Convergence d’intérêts

Faut-il s'en étonner ? Assurément pas... Le gouvernement israélien a récemment mené campagne contre les projets américain et européen, notamment français, de renforcement de l'équipement militaire de l'armée libanaise en montant en épingle l'accrochage de Adaïssé. D'un point de vue libanais, ou plutôt libaniste, et eu égard au contexte présent, cet affrontement, quelles qu'en soient les causes ou les circonstances, a constitué la première manifestation, en quelque sorte un baptême du feu, illustrant la volonté et la capacité des forces régulières à s'opposer efficacement à toute agression israélienne, à défendre le territoire contre toute attaque menée par l'État hébreu au Sud.
En clair, l'incident de Adaïssé s'inscrit aux antipodes de la logique du Hezbollah qui tente de justifier son obstination à rester accroché à son arsenal militaire en arguant du fait que la troupe n'est pas en mesure d'affronter l'armée israélienne aussi efficacement que la « Résistance islamique ». En ce sens, la dénonciation par Israël de la riposte à laquelle s'est livrée la troupe à Adaïssé et la campagne diplomatique et médiatique soutenue qui l'a accompagnée apportent incontestablement de l'eau au moulin du directoire du Hezbollah. Le parti chiite pro-iranien pourrait en effet exploiter aisément une telle campagne pour faire valoir son argument selon lequel la marge de manœuvre des unités légales face à Israël est réduite en raison de considérations politico-diplomatiques internationales.
Une telle convergence d'intérêts est manifeste également au niveau des tentatives déployées par Tel-Aviv afin de bloquer les engagements de livraison d'équipement militaire pris notamment par les États-Unis et la France. Là aussi, le gouvernement israélien présente un cadeau en or au Hezbollah. Car le deuxième argument avancé par le parti de Dieu afin de faire obstruction à tout projet de désarmement ou de « légalisation » de sa milice repose précisément, comme ne cessent de l'affirmer ses hauts responsables, sur la difficulté dans laquelle se trouve le gouvernement à doter la troupe d'armes performantes pour faire face à toute agression israélienne. En menant ainsi campagne contre la volonté américaine et française, entre autres, de renforcer les forces régulières libanaises, et en faisant pression sur Washington et Paris pour couper court à cette double velléité, Israël ne fait que bétonner encore davantage l'argumentation du Hezbollah et s'emploie par la même occasion à consolider la position du parti chiite en affaiblissant l'État et le pouvoir central, suivant le principe, imparable, des vases communicants.
Parler d'alliance tacite, ou objective, sur ce plan entre l'État hébreu et la tête de pont iranienne au Liban reviendrait, sans nul doute, à trop schématiser la situation. Il reste que la convergence d'intérêts est indéniable (comme elle l'est d'ailleurs, depuis près de 35 ans, entre Israël et la Syrie). Elle est illustrée par cette entreprise systématique et pernicieuse non seulement d'empêcher l'émergence d'un État souverain, mais aussi, et surtout, par cet acharnement à torpiller toute entente transcommunautaire. Une entente réelle, profonde, équilibrée, dans le sens d'un projet libaniste et véritablement souverain, et non pas celle qui se réduirait et se limiterait à un document écrit, comme celui de Mar Mikhaël entre le Hezb et le CPL, dont les effets ne dépassent pas la simple littérature politique et donc les vœux pieux et qui, en tout état de cause, a placé le courant aouniste à la traîne du parti chiite.
En termes plus explicites, Israël n'a épargné aucun effort au fil des ans pour saper l'esprit de la formule de coexistence libanaise, le fondement du vouloir vivre ensemble. Un fondement bâti sur le pluralisme et le respect de l'autre, dans la reconnaissance de toutes ses spécificités. Dans ce cadre, et puisqu'il est question de convergence d'intérêts, celle-ci ne se limite pas, semble-t-il, à la seule sphère politique. Elle s'étend aussi, sans doute, au volet idéologique et culturel. N'y a-t-il pas quelque part des points de similitude idéologique, voire un mimétisme, entre le projet sioniste fondé sur l'édification d'un État juif, souvent soumis au bon vouloir des juifs orthodoxes, et le projet de République islamique, basé sur le pouvoir politique du guide spirituel et des mollahs ? Il est fort à parier dans ce cadre que les idéologues israéliens ont sans doute perçu d'un très bon œil le déplorable impair qui a consisté à programmer sur les ondes de la chaîne du Hezbollah, al-Manar, et sur la NBN, relevant d'Amal, un feuilleton iranien donnant une vision apocryphe de la vie et de la passion du Christ qui sape les fondements mêmes de la foi et de la religion chrétiennes, comme l'a souligné sans détour Mgr Béchara el-Rahi.
Le plus grave dans cet impair est non seulement son incidence purement religieuse, mais aussi et surtout sa portée politique. Le fait que le feuilleton soit une production iranienne permet de penser qu'il s'agit d'une initiative qui, politiquement - ou, pour être plus précis, idéologiquement - n'est sans doute pas innocente. Le ministre de l'Information, Tarek Mitri, a mis le doigt sur la plaie à cet égard en soulignant, certes dans un esprit d'apaisement, que l'une des règles d'or du dialogue dans un pays pluraliste tel que le Liban est de « tenir sur l'autre un discours tel que ce dernier puisse s'y reconnaître ». Et dans ce sens, la programmation du feuilleton iranien et le début de sa diffusion sur les chaînes du Hezbollah et d'Amal ont constitué un véritable coup de Jarnac à l'esprit et aux fondements mêmes de la formule de coexistence libanaise. Cet impair est d'autant plus inquiétant que c'est la première fois peut-être dans l'histoire contemporaine du Liban, ou tout au moins de la petite histoire de la guerre libanaise, qu'une faction locale se permet de tenir sur son partenaire national un discours - qui plus est d'origine étrangère - faisant fi de ses croyances et de ses valeurs. Sur ce plan, et par un subtil retour du balancier, le Hezbollah a dans ce cas précis offert, à son tour, un cadeau en or aux idéologues israéliens. Il aura fallu toute la sagesse libanaise - celle de Tarek Mitri en tête - pour percevoir le piège et éviter le pire. Puissent les commanditaires et les responsables de cet impair en tirer la leçon, historique, qui s'impose.
Faut-il s'en étonner ? Assurément pas... Le gouvernement israélien a récemment mené campagne contre les projets américain et européen, notamment français, de renforcement de l'équipement militaire de l'armée libanaise en montant en épingle l'accrochage de Adaïssé. D'un point de vue libanais, ou plutôt libaniste, et eu égard au contexte présent, cet affrontement, quelles qu'en soient les causes ou les circonstances, a constitué la première manifestation, en quelque sorte un baptême du feu, illustrant la volonté et la capacité des forces régulières à s'opposer efficacement à toute agression israélienne, à défendre le territoire contre toute attaque...
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