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Comme un boomerang

Il s'agit là d'un phénomène courant et classique. Une personne ou un parti qui est à court d'arguments en vient souvent à se rabattre sur la menace et l'intimidation afin de tenter d'imposer ses vues. On pourrait étendre cette constatation à la position en flèche adoptée depuis quelques jours par le Hezbollah et ses alliés indéfectibles qui ne cessent de réclamer que les milieux politiques et les médias mettent fin à tout débat sur l'arsenal militaire du parti de Dieu, dont l'un des principaux pôles a même été jusqu'à souligner qu'il est « interdit » de parler des armes du Hezbollah. Ce qui a amené le Amid du Bloc national, Carlos Eddé, à souligner, lors de la rencontre-débat de samedi organisée par le Forum du 14 Mars, qu'au train où vont les choses au Liban, « tout sera interdit, même ce qui est permis ».
Dans la foulée de la contre-offensive généralisée menée tous azimuts par l'axe syro-iranien et ses connexions locales depuis près de cinq ans, l'une des cibles qui est présentement visée est la liberté de débattre en toute transparence et sérénité des grands dossiers conflictuels encore en suspens. Percevant clairement le danger qui pointe à l'horizon sur ce plan si la société civile et les pôles politiques démocratiques ne réagissent pas de façon opportune, le député Marwan Hamadé - qualifié par l'un des notables du Chouf de « conscience de la Montagne » - a souligné sans ambages, au cours du même forum, que la défense des libertés publiques prime, doit primer, dans le contexte présent, sur tous les autres sujets d'actualité.
Cela peut paraître paradoxal, mais si l'on se place dans une perspective à moyen ou long terme, la sauvegarde des libertés devrait constituer une priorité pour le Hezbollah lui-même. Car les événements et les bouleversements qui ont jalonné la longue guerre libanaise ont montré que toute faction - pays, parti, milice, ou pôle régional - qui a basé son influence et sa puissance, au plan interne, sur la seule logique d'un rapport de force militaro-sécuritaire ou sur le support d'un réseau de renseignements a fini par subir les coups de l'effet boomerang à la moindre évolution de la conjoncture régionale et internationale. S'il désire être immunisé contre les aléas des bouleversements régionaux, le Hezbollah, en tant que parti libanais, a ainsi tout intérêt à préserver les libertés pour espérer bénéficier, le cas échéant, de la protection qu'un système authentiquement démocratique doit assurer à toute formation politique.
À la lumière de telles considérations, le débat sur le caractère para-étatique de l'arsenal du Hezbollah ne saurait être occulté ou étouffé ou frappé d'un quelconque interdit. Cet interdit serait en totale contradiction avec la spécificité du pays du Cèdre, avec les constantes historiques de la vie politique au Liban, avec la tradition libanaise, avec la nature même de « l'homo libanicus ». D'autant que le dossier constitue plus que jamais, que certains le veuillent ou non, un sujet de profonde discorde entre Libanais et devrait donc faire l'objet d'un vaste débat, précisément parce qu'il représente un sujet conflictuel. Les dirigeants du Hezbollah ne peuvent dire une chose et son contraire : au cours de la période qui a suivi la révolution du Cèdre, ils n'ont cessé de souligner que le Liban ne saurait être gouverné que sur une base consensuelle. Ce même consensus ne saurait donc être occulté lorsqu'il s'agit de plancher sur le principal dossier qui conditionne tout le sort d'un pays et d'un peuple, à savoir la décision de guerre et de paix et le problème posé par la présence d'un arsenal militaire échappant à tout contrôle de l'autorité centrale. Si le problème le plus important qui puisse se poser dans l'histoire et l'évolution d'un pays ne fait pas l'objet d'un consensus, ou tout au moins d'un vaste débat interne, sur quoi pourrait donc porter le consensus et le débat ?
Cette question se pose avec d'autant plus d'acuité que le cas spécifique des armes du Hezbollah est loin de revêtir un aspect classique et soulève, au contraire, nombre d'interrogations engageant le devenir même du pays. Pour quelles raisons, d'abord, faudrait-il qu'un seul parti politique s'impose manu militari comme le seul et unique responsable, au niveau populaire, de la défense du territoire face à Israël ? Comment est-il concevable à cet égard que ce même parti s'octroie ce droit exclusif, et refuse d'en discuter, alors même qu'il inscrit son projet politique dans une perspective transnationale et dans la lignée d'une vision géopolitique globale correspondant aux desseins et aux ambitions d'une puissance étrangère, la République islamique iranienne, comme cela ressort explicitement de sa propre littérature politique et des discours de ses hauts responsables ? Comment le directoire du Hezbollah peut-il songer un seul instant que les forces vives du pays et la société civile pourraient accepter sans sourciller d'être entraînées, contre leur gré, dans un projet d'édification d'une société guerrière pour plonger le pays dans une situation conflictuelle permanente et chronique, sans horizon aucun, sauf celui défini par la raison d'État iranienne ?
Dans une déclaration faite hier, le député hezbollahi Nawwaf Moussaoui a déploré, sur un ton empreint d'amertume, l'absence d'une « solidarité nationale » face aux dangers israéliens. Mais comment peut-il s'étonner de cette absence d'enthousiasme national lorsque son parti ne cesse de souligner quotidiennement que la « résistance » est sa chasse gardée et que le reste des Libanais n'ont pas droit au chapitre à ce sujet ? Les propos de Moussaoui illustrent à quel point le fait de manifester la velléité de tenter d'« interdire » le débat sur l'armement du Hezbollah finit par être contre-productif car un tel comportement creuse davantage, jour après jour, le fossé entre le parti de Dieu et une grande frange des Libanais.
Marwan Hamadé, Carlos Eddé et d'autres pôles du 14 Mars ne s'y sont pas trompés en rejetant sans détours le principe même des interdits, contraires à la nature du système et des traditions politiques du pays du Cèdre.
Ceux parmi les Libanais d'un âge certain qui ont vécu ou suivi de près les événements de mai 1968 se souviennent à n'en point douter du célèbre leitmotiv adopté alors par les étudiants contestataires : « Il est interdit d'interdire. » Un slogan qui devrait constituer un sujet de méditation pour les dirigeants du parti de Dieu et leurs (nouveaux) alliés inconditionnels.
Il s'agit là d'un phénomène courant et classique. Une personne ou un parti qui est à court d'arguments en vient souvent à se rabattre sur la menace et l'intimidation afin de tenter d'imposer ses vues. On pourrait étendre cette constatation à la position en flèche adoptée depuis quelques jours par le Hezbollah et ses alliés indéfectibles qui ne cessent de réclamer que les milieux politiques et les médias mettent fin à tout débat sur l'arsenal militaire du parti de Dieu, dont l'un des principaux pôles a même été jusqu'à souligner qu'il est « interdit » de parler des armes du Hezbollah. Ce qui a amené le Amid du Bloc national, Carlos Eddé, à souligner, lors de la...
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