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C'est un 14 Mars revigoré qui devrait sortir de l'important rassemblement de ce 14 février 2010. Important, ce rassemblement l'a été à plus d'un titre et à bien des égards.
La coalition indépendantiste a d'abord apporté, une fois de plus, la preuve de sa tenace capacité de mobilisation en dépit d'une cascade de déconvenues : défection de Walid Joumblatt ; guerre psychologique menée à outrance depuis le 7 juin par les alliés de Damas, notamment contre le secrétariat général du mouvement, pour entretenir l'illusion que le 14 Mars n'existe plus, ou qu'il a été réduit à sa plus simple expression ; grogne du parti Kataëb et du Renouveau démocratique ; et, surtout, les concessions consenties, et mal accueillies, du fait de la nouvelle donne régionale. Et pourtant, ce public du 14 Mars, partisans et indépendants, a bel et bien fait le déplacement, contre vents et marées, des quatre coins du pays jusqu'à la place de la Liberté. La manifestation de dimanche dernier a ainsi confirmé l'existence d'une opinion publique propre au 14 Mars. Une opinion publique souveraine, comme l'a souligné fort à propos Michel Hajji Georgiou (L'Orient-Le Jour du 15 février), en ce sens que non seulement un très grand nombre d'indépendants, de membres de la société civile, étaient présents au rassemblement, mais les partisans eux-mêmes (ou du moins une grande partie d'entre eux) étaient là pour exprimer leur attachement ferme, certes à leur leader, mais aussi à des objectifs, à un projet politique, bien précis. Deux faits particulièrement significatifs viennent accréditer cette constatation : la présence de partisans du PSP, drapeaux du parti et portraits de Kamal Joumblatt en tête, malgré l'attitude de leur chef ; et les vastes sifflements de réprobation qui ont surgi de la foule lorsque Saad Hariri a évoqué sa visite à Damas.
Ces deux faits apportent la preuve que le 14 Mars représente beaucoup plus qu'une simple coalition de chefs de file et de partis, comme s'égosillent à le prétendre aussi bien Walid Joumblatt que les alliés indéfectibles de la Syrie.
La réaction au passage du discours du Premier ministre relatif à l'ouverture sur le régime syrien est plus que compréhensible du fait que les neuf heures d'entretiens de Saad Hariri avec le président Bachar el-Assad n'ont encore abouti à aucun résultat concret. Pis encore : Damas a multiplié ces derniers temps les signaux négatifs qui montrent que son comportement vis-à-vis du Liban n'a pas évolué d'un pouce. Ainsi, en un court laps de temps, des commissions rogatoires syriennes ont été délivrées contre les plus proches collaborateurs du leader du Courant du futur dès qu'il a été question de la visite à Damas ; Abou Moussa (une pure émanation syrienne) a subitement mis fin à près de 25 ans d'éclipse politique pour venir souligner solennellement au Liban qu'il ne saurait être question que les organisations palestiniennes (alliées de la Syrie) mettent fin à leur présence armée en dehors des camps ; les miliciens de ces organisations palestiniennes prosyriennes postées dans la Békaa se sont tout aussi subitement souvenus de la nécessité de se livrer à des manœuvres militaires non loin de la frontière avec la Syrie quelques jours après la déclaration d'Abou Moussa ; le président Assad s'est livré dans son interview au New Yorker à une critique acerbe du système politique au Liban, estimant qu'il devait être modifié pour éviter les risques d'une « relance de la guerre civile » ; et, enfin, le régime de Damas s'est soudain découvert des élans de maronitisme en organisant une célébration de la Saint-Maron à Brad, sur fond de tapage médiatique, à l'intention de ses plus proches alliés maronites locaux, dans une manœuvre visant de toute évidence Bkerké et les chrétiens du 14 Mars.

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Au comportement et à la réaction du public 14 marsiste, dimanche, est venue se superposer une autre donne, complémentaire à la première et non moins significative : la teneur des discours prononcés par les quatre pôles qui ont pris la parole, place des Martyrs. Une lecture attentive de ces quatre allocutions met en évidence la complémentarité savamment dosée entre les intervenants, dans ce qui a paru comme une répartition des rôles, chacun des orateurs abordant un angle particulier du projet politique du 14 Mars. Au final, les quatre allocutions considérées dans leur globalité constituent l'ensemble des principes, constantes et objectifs qui dictent la ligne de conduite du 14 Mars depuis l'intifada de l'indépendance, au printemps 2005. Le président Amine Gemayel a ainsi axé son intervention sur le contentieux libano-syrien ; le Premier ministre Saad Hariri a mis l'accent sur l'option « Liban d'abord » et le rejet de toute compromission au sujet du Tribunal spécial ; le chef du bloc parlementaire du Courant du futur, Fouad Siniora, a affirmé le caractère sacré de la parité islamo-chrétienne, indépendamment du paramètre démographique, en conformité avec Taëf ; et le leader des Forces libanaises, Samir Geagea, a réaffirmé fermement la position du 14 Mars concernant l'arsenal militaire du Hezbollah et la nécessaire prééminence du pouvoir central concernant la décision de guerre et de paix.
Mais parallèlement à ces grands thèmes qui constituent depuis cinq ans l'ossature de la révolution du Cèdre, deux petites phrases tirées des discours de Fouad Siniora et de Samir Geagea illustrent superbement toute la portée nationale et la dimension historique du mouvement du 14 Mars. Quoi de plus significatif et de plus symbolique, en effet, que le chef de la plus grande formation sunnite du pays, ancien nationaliste arabe, de surcroît, appelle solennellement les pays arabes à « respecter notre spécificité, notre indépendance, notre souveraineté et notre décision libre ». Et quelques minutes plus tard, et comme pour apporter un complément à cet appel, le leader des Forces libanaises soulignait sans ambages - une première pour le chef de file d'une formation politique chrétienne de ce poids - que le salut du Liban passe par « le positionnement de plus en plus croissant sur le grand regroupement arabe ». Deux petites phrases qui mettent en relief la longue maturation qui s'est lentement développée, d'une manière presque concomitante, depuis plus de trois décennies à deux niveaux : celui de l'inconscient collectif sunnite qui s'est progressivement « libanisé » sous le poids des désillusions nées de la faillite du nationalisme arabe et de l'implacable tutelle syrienne ; et celui, d'autre part, de l'inconscient collectif chrétien, notamment maronite, qui s'est engagé timidement, mais sûrement, sur la voie de l'option d'un Liban arabisant, mais démocratique.
Ce sont ces deux mouvements, cette convergence centripète de la composante musulmane vers plus de « libanisme » et de la composante chrétienne vers plus d'« arabité », qui sont en quelque sorte à la base de l'esprit 14 marsiste. Et c'est l'attachement à cet esprit, avec tout ce qu'il entraîne comme implications au plan des principes et des constantes politiques, que le public du 14 Mars et que les quatre orateurs ont tenu à réaffirmer à l'occasion du rassemblement du 14 février 2010. La commémoration de dimanche dernier a ainsi illustré la solidité et l'ancrage solide du projet du 14 Mars. Plus que jamais, l'opinion publique souveraine du 14 Mars et les factions politiques de la coalition indépendantiste se doivent de faire preuve d'innovation pour relever le défi et ne pas laisser passer l'occasion historique de concrétiser dans la réalité la vocation du Liban-message.
C'est un 14 Mars revigoré qui devrait sortir de l'important rassemblement de ce 14 février 2010. Important, ce rassemblement l'a été à plus d'un titre et à bien des égards.La coalition indépendantiste a d'abord apporté, une fois de plus, la preuve de sa tenace capacité de mobilisation en dépit d'une cascade de déconvenues : défection de Walid Joumblatt ; guerre psychologique menée à outrance depuis le 7 juin par les alliés de Damas, notamment contre le secrétariat général du mouvement, pour entretenir l'illusion que le 14 Mars n'existe plus, ou qu'il a été réduit à sa plus simple expression ; grogne du parti Kataëb et du Renouveau démocratique ;...
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