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Les points sur les « i »

La chaîne LBCI diffusait il y a quelques mois, régulièrement, un clip montrant une parodie de jugement où celui qui faisait office de juge lançait sur un ton autoritaire à l'accusé : « Ne parlez pas, nous parlons à votre place. » Mercredi dernier, le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah semblait dire aux journalistes, au 14 Mars et aux Libanais en général, au sujet de la situation en Iran et de la question de la wilayet el-faqih : « Ne prenez pas la peine de comprendre, nous comprenons à votre place. » Un bel indice de ce que pourrait être l'impact d'un pouvoir théocratique sur les libertés publiques et individuelles, comme le montre d'ailleurs la répression actuelle en Iran...
Si l'on se laissait entraîner au jeu du clip de la LBCI, l'on pourrait rétorquer au discours du leader du Hezbollah : « Au chapitre du patriarcat maronite, vous ne semblez pas comprendre ; nous comprendrons à votre place. » Mais loin de nous l'intention d'être cavaliers avec le sayyed, comme il l'a pourtant fait lui-même, fort malencontreusement, à l'égard du patriarche maronite, contribuant de la sorte à raviver des réflexes confessionnels et sectaires dont le pays se serait bien passé. Il reste qu'il serait bon pour l'occasion de rappeler certaines vérités tirées de n'importe quel petit manuel d'histoire. Nul ne saurait ainsi ignorer le rôle central joué par le patriarcat maronite dans la formation de l'entité libanaise dans sa forme actuelle. N'était un tel rôle fondateur dans la formation du Grand Liban, soit dit en passant, des rassemblements tels que ceux organisés dans la banlieue sud et des discours tels que ceux de Hassan Nasrallah n'auraient sans doute pas pu voir le jour, le cadre totalitaire du régime syrien (depuis les années 40, déjà) n'étant, à l'évidence, nullement propice à de telles manifestations.
Bien au-delà de cette donne indéniable, la place occupée par le patriarcat maronite dans la défense des fondements et de la raison d'être du pays du cèdre est reconnue non seulement par l'ensemble des communautés libanaises (notamment musulmanes), mais également par les instances arabes et internationales. Ce rôle national, garant du respect des libertés, de l'indépendance, de la souveraineté et de la vocation du Liban, remonte à 1 500 ans, comme l'a rappelé fort à propos Salah Honein. De sorte que lorsque le patriarche maronite prend position en période de crise existentielle, il ne le fait nullement parce qu'il se laisse entraîner dans les méandres de la petite politique politicienne ou parce qu'il prend position pour une faction contre une autre, mais parce que les spécificités du Liban (celles-là mêmes dont profite aujourd'hui le Hezbollah, notamment le pluralisme et les libertés publiques) sont réellement en danger. Et l'histoire contemporaine illustre à quel point Bkerké a constamment été, durant les périodes les plus difficiles traversées par l'entité libanaise, à l'avant-garde de la défense du projet libaniste. Et à cet égard, le patriarche maronite n'a certainement aucune leçon ou remarque à recevoir de personne.
Le leader du Hezbollah a par ailleurs dénoncé le passage du message préélectoral du patriarche concernant la menace qui pèse sur « l'identité arabe » du Liban. Il n'est pourtant pas difficile de comprendre que le cardinal Sfeir abordait cette question non pas sous son angle ethnique (c'est l'évidence même...), comme l'a insinué Hassan Nasrallah, mais essentiellement géopolitique. Et il n'est pas nécessaire d'être dans le secret des dieux (c'est le cas de le dire...) pour savoir que la République islamique iranienne a pour ambition de s'imposer en seul héros de la cause palestinienne et en puissance régionale prépondérante dans l'ensemble du Proche-Orient (par le biais, précisément, du Hezbollah, mais aussi du Hamas), ce qui suscite la suspicion de grands pays arabes, tels que l'Égypte, l'Arabie saoudite et la Jordanie. Face à cette offensive iranienne géopolitique (voire militaire, via le Hezbollah), qui ne peut se faire qu'au détriment des intérêts arabes, le patriarche maronite ne pouvait que tirer la sonnette d'alarme, du fait des graves implications qu'aurait pu avoir sur ce plan une éventuelle victoire électorale de l'allié de Téhéran.
Quant à la question de la wilayet el-faqih, des chercheurs et des universitaires chiites dont la compétence en la matière ne saurait être mise en doute, tels que Mohammad Hussein Chamseddine (voir L'Orient-Le Jour du 5 juin) ou Saoud el-Mawla (voir par ailleurs), l'ont déjà expliquée plus d'une fois. Ce qui est contesté à ce propos, ce n'est nullement l'aspect purement religieux de la wilayet el-faqih, mais uniquement la dimension politique globale qui lui a été attribuée par le régime des mollahs en Iran, de manière à accorder au wali el-faqih iranien, en l'occurrence le guide suprême de la révolution islamique, un pouvoir absolu et infaillible. Or cette dimension politique globale est rejetée par nombre de dignitaires religieux et intellectuels chiites aussi bien au Liban qu'en Irak et en Iran même. Et lorsque des Libanais non chiites dénoncent le volet politique de la wilayet el-faqih, c'est parce que le Hezbollah a fait acte d'allégeance totale à cette instance iranienne, en contradiction avec le fondement même du pacte national, comme l'a rappelé le patriarche en réponse aux propos de Nasrallah.
Une dernière vérité évidente qu'il serait peut-être utile de rappeler : la petite histoire de la guerre libanaise a montré que le recours à la force militaire comme instrument de chantage politique finit, tôt ou tard, par provoquer un effet boomerang qui se retourne inéluctablement contre celui qui se croit en mesure d'imposer sa logique et son diktat par le seul fait qu'il possède des armes à profusion et des fonds en abondance ■
La chaîne LBCI diffusait il y a quelques mois, régulièrement, un clip montrant une parodie de jugement où celui qui faisait office de juge lançait sur un ton autoritaire à l'accusé : « Ne parlez pas, nous parlons à votre place. » Mercredi dernier, le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah semblait dire aux journalistes, au 14 Mars et aux Libanais en général, au sujet de la situation en Iran et de la question de la wilayet el-faqih : « Ne prenez pas la peine de comprendre, nous comprenons à votre place. » Un bel indice de ce que pourrait être l'impact d'un pouvoir théocratique sur les libertés publiques et individuelles, comme le montre d'ailleurs la...
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