Rechercher
Rechercher

La leçon à tirer

Les circonstances douteuses dans lesquelles s'est déroulée l'élection présidentielle en Iran, ainsi que la répression à laquelle se sont livrés, après la contestation des résultats, les pasdarans et le pouvoir à Téhéran pour étouffer dans l'œuf la fronde populaire et museler les journalistes étrangers et locaux illustrent parfaitement les débordements auxquels peut facilement se laisser entraîner, entre autres, un régime fondé sur une idéologie théocratique. Les rares images et témoignages qui ont pu filtrer et parvenir au monde sur ce plan au cours des dernières quarante-huit heures, malgré le mur de silence que le régime iranien tente d'imposer, incitent ainsi à mûre réflexion sur ce dont est capable une théocratie pure et dure. Et l'on ne peut s'empêcher, à la lumière de ces développements, de faire une transposition symbolique au cas libanais en raison des racines communes idéologiques qui lient le Hezbollah au régime des mollahs, et plus précisément aux pasdarans, qui sont en quelque sorte les pères fondateurs du parti chiite. Le spectacle des partisans d'Ahmadinejad en mobylettes s'acharnant sur les manifestants dans les rues de Téhéran présente dans ce cadre une troublante similitude avec la même pratique à laquelle s'est fréquemment adonné le Hezbollah l'an dernier, lorsqu'il a tenté de faire chuter le cabinet Siniora et de saper les fondements de la révolution du Cèdre.
Ces débordements dont Téhéran a été le théâtre sont, certes, une affaire purement iranienne et sont le reflet de facteurs inhérents au contexte sociopolitique et culturel en Iran. Mais le Hezbollah n'hésitant pas à présenter le pouvoir iranien actuel comme un exemple de bonne et juste gouvernance - du moins pour ce qui a trait aux dossiers régionaux et internationaux -, la vigilance au plan libanais s'impose plus que jamais.
Une vigilance qui est d'autant plus de mise qu'à la suite de la victoire du 14 Mars aux élections législatives, plusieurs dirigeants du Hezbollah ont réclamé des « garanties » à la majorité, dans la perspective de la formation du nouveau gouvernement.
Les derniers développements en Iran tombent à point nommé pour poser en toute transparence et franchise ce problème de « garanties » demandées par le Hezbollah. Si celles-ci signifient uniquement des garanties portant sur le rôle et la place de la communauté chiite dans le système politique, une telle requête serait alors totalement légitime et devrait pouvoir faire l'objet d'un dialogue national, mais dans le cadre bien défini de l'ossature de l'accord de Taëf. Il serait tout aussi légitime que lesdites « garanties » portent sur l'avenir politique du Hezbollah, mais en tant que parti libaniste, pacifiste, et toujours dans le cadre des délicats équilibres internes confirmés par Taëf.
Les garanties réclamées par les alliés locaux du pouvoir iranien seraient par contre totalement inadmissibles et devraient être réfutables si elles devaient porter sur le maintien, sur la pérennité de l'arsenal militaire du Hezbollah, en dehors de tout contrôle du pouvoir central. Là aussi, le problème doit être posé en toute clarté. Si les armes du parti chiite ont pour seule fonction de faire face à toute possible agression israélienne contre le Liban (une précision qui s'impose...), rien ne devrait alors empêcher nos leaders locaux de trouver, sous la houlette du président de la République, une formule qui placerait cet arsenal sous le contrôle de l'armée, la décision de guerre ou de paix revenant alors exclusivement à l'État libanais (autre précision de mise...). Mais si, au contraire, le potentiel militaire du parti chiite a pour fonction principale (peut-être même exclusive) de riposter à une éventuelle attaque contre l'Iran ou de permettre à la République islamique iranienne d'avoir un atout stratégique supplémentaire dans son bras de fer contre l'Occident, les garanties réclamées par le Hezbollah devraient alors être irrecevables.
Affirmer que nous nous trouvons effectivement dans ce dernier cas de figure est l'évidence même. Une lapalissade... Prétendre le contraire relèverait de la plus pure naïveté politique. De ce fait, les différentes composantes du 14 Mars, et plus particulièrement le chef du Courant du futur Saad Hariri - virtuellement notre nouveau Premier ministre -, se doivent de demeurer fidèles à la confiance que les électeurs leur ont renouvelée. Les Libanais de toutes les régions qui ont voté en masse pour les listes du 14 Mars dans les différentes circonscriptions se sont prononcés par leur vote contre le maintien de l'arsenal militaire du Hezbollah, contre la persistance du mini-État du parti chiite, contre le principe de la transformation du Liban en champ de manœuvres syro-iraniennes pour servir les seuls intérêts de l'axe Téhéran-Damas face aux puissances occidentales.
La signification et la portée d'un tel vote, les ténors de la majorité ne peuvent les occulter dans les prochains pourparlers qu'ils entameront avec le directoire du Hezbollah pour définir le contour de la prochaine étape dans laquelle s'engagera le pays. Un mandat accordé par les électeurs n' est pas un blanc-seing... Vouloir calmer le jeu, tendre la main à la partie adverse, trouver un terrain d'entente avec l'autre camp afin de faciliter la tâche du nouveau gouvernement ne devraient pas impliquer une renonciation à la teneur du mandat accordé aux nouveaux élus. Parce que le général Michel Aoun a cru qu'il pouvait le faire sans que nul ne lui réclame des comptes, parce qu'il avait la conviction que tous ses électeurs de 2005 continueraient à le suivre aveuglément, quelles que soient sa ligne de conduite et sa politique déviationniste, il a pratiquement perdu la majorité du vote chrétien dans la plupart des circonscriptions du pays. Une leçon que les ténors du 14 Mars ne sauraient négliger. Surtout que les événements de Téhéran ont illustré à quel point le visage et l'identité même du Liban, sa vocation et sa raison d'être risquent de se trouver sérieusement menacés - comme l'a souligné fort à propos le patriarche maronite Nasrallah Sfeir - si les ténors du 14 Mars cèdent sur le double dossier de l'arsenal et du projet politique du Hezbollah sous le prétexte d'accorder des « garanties » à la tête de pont installée par les pasdarans dans le pays depuis le début des années 80 ■
Les circonstances douteuses dans lesquelles s'est déroulée l'élection présidentielle en Iran, ainsi que la répression à laquelle se sont livrés, après la contestation des résultats, les pasdarans et le pouvoir à Téhéran pour étouffer dans l'œuf la fronde populaire et museler les journalistes étrangers et locaux illustrent parfaitement les débordements auxquels peut facilement se laisser entraîner, entre autres, un régime fondé sur une idéologie théocratique. Les rares images et témoignages qui ont pu filtrer et parvenir au monde sur ce plan au cours des dernières quarante-huit heures, malgré le mur de silence que le régime iranien tente d'imposer, incitent ainsi...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut