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Juste avant de déposer le bulletin de vote …

Dans son édition d'il y a deux semaines, l'hebdomadaire Le Courrier international titrait son dossier sur le scrutin du 7 juin « Si le Hezbollah gagnait les élections ». Aussi bien dans la titraille que dans le corps de l'article, il n'était question, au plan des retombées de cette consultation populaire, que du Hezbollah et nullement de l'opposition. Dans ces mêmes colonnes, Élie Fayad soulignait il y a quelques jours, fort à propos, qu'en cas de victoire du 8 Mars, la presse et la communauté internationales ne percevront le résultat que sous l'angle du succès remporté, le cas échéant, par le Hezbollah. Le dossier du Courrier international est tombé à point nommé pour confirmer cette analyse.
Il ne s'agit pas à cet égard de simples supputations de journalistes. Il est clair que pour le Hezbollah et pour l'axe Téhéran-Damas, l'enjeu des législatives est fondamentalement d'ordre régional. D'une manière générale, toute la situation au Liban n'est perçue par le Hezbollah et ses deux puissants parrains que sous l'angle de l'évolution de la partie de bras de fer qui se joue au Moyen-Orient. Les intérêts spécifiquement libanais, la raison d'État du Liban, les impératifs de la stabilité et des équilibres internes ne revêtent pour ces trois acteurs aucune importance, ou - au mieux -
sont relégués au troisième plan. L'imam Khamenei
n'a-t-il pas déclaré en 2006 que l'Iran voulait « défaire les États-Unis au Liban » ? Le président Ahmadinejad n'a-t-il pas affirmé, il y a quelques jours, qu'une victoire du 8 Mars permettrait de renforcer la Résistance (entendre le Hezbollah) et d'ouvrir de nouvelles possibilités d'action à l'échelle régionale ? Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah - rejoint en cela par le général Michel Aoun (alliance stratégique oblige ...) - n'a-t-il pas insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de maintenir la complémentarité entre l'arsenal de son parti et l'armée libanaise ? Le numéro deux du parti, Naïm Kassem, n'a-t-il pas déclaré il y a quarante-huit heures que le Hezbollah continuera à renforcer son arsenal militaire et à poursuivre la lutte armée, indépendamment de ce que pourraient en penser le Conseil de sécurité et la communauté internationale ? Et d'une manière plus concrète, force est de relever que la chaîne al-Manar consacre quotidiennement une bonne partie de ses émissions à la diffusion de scènes de guerre, de confrontations, d'opérations et d'entraînements militaires, d'attentats, d'explosions, de martyrs tombés au champ d'honneur ... De quoi entretenir au quotidien, et de façon continue, une culture du martyre et le culte de la mort.
Le rappel de l'ensemble de ces données s'impose, une fois de plus, afin de mettre en relief (une dernière fois) le véritable enjeu du scrutin de dimanche : le Libanais doit choisir entre le Liban guerrier, le Liban des tensions permanentes, des crises chroniques, de la lutte armée continue contre Israël et le monde occidental, au service d'intérêts de puissances régionales ; ou alors, le Liban pacifié, qui accorderait, enfin, la priorité au règlement de ses problèmes internes, à la réorganisation de la « maison libanaise », à l'essor socio-économique, à la recherche de la prospérité interne, pour assurer aux générations montantes un avenir meilleur, basé sur l'ouverture, la culture, le dialogue des civilisations, conformément à la vocation du Liban-message.
En clair, lorsque les Libanais déposeront leur bulletin dans l'urne, dimanche, ils devront d'abord, en toute conscience et sans passion, se poser la question fondamentale suivante : désirent-ils un Liban enfin pacifié, accordant la priorité à la paix civile et à la prospérité socio-économique ou préfèrent-ils, plutôt, continuer à être le seul peuple arabe à lutter militairement contre Israël et l'Occident, à faire (seuls) les frais du conflit proche-oriental, alors même que le Liban est depuis 35 ans (depuis 1973) le seul pays de confrontation et que les autres pays de la région ont soit signé la paix avec Israël, ou cherchent un moyen de le faire, ou entretiennent des relations économiques avec l'État hébreu en accordant, eux, la priorité à la prospérité socio-économique de leurs peuples ?    
Dans une déclaration à la presse, l'un des candidats chiites indépendants à Baalbeck-Hermel, Mohammad Rached Sabri Hamadé, s'élevait contre le fait que les écoles dans sa région n'accueillent que des filles et très peu de garçons car ces derniers sont, dès l'âge de 12 ans, enrôlés dans la milice du Hezbollah. Et Mohammad Rached Sabri Hamadé de souligner qu'il serait plutôt préférable d'accorder la priorité à la culture et à l'éducation. Le candidat chiite a résumé ainsi à sa façon l'enjeu du scrutin : édifier une société militariste, ou accorder, au contraire, la priorité au développement socio-économique, à la réorganisation de la « maison libanaise ».
Lorsque le Libanais s'apprêtera à déposer son bulletin de vote dimanche, il devra aussi bien réfléchir à la réalité suivante : les alliés du Hezbollah, et à leur tête les candidats du courant aouniste, ou certains candidats dits « indépendants » qui font de l'équilibrisme (notamment à Achrafieh...) en reprenant le discours du 14 Mars tout en s'alliant, pour être élus, avec le camp de l'opposition dont ils disent pourtant, publiquement, ne pas partager les grandes options nationales, ou encore certains candidats qui se présentent à titre individuel pour assouvir des ambitions personnelles (légitimes, mais en temps ordinaire ...), tous ces candidats jouent un jeu dangereux. Car pratiquement, ils contribuent à favoriser le projet du Hezbollah, alors qu'ils n'auront pas droit au chapitre, en cas de victoire de l'allié de Téhéran, lorsque les grandes décisions politiques seront prises.
Ces grandes décisions ne tiendront compte que des impératifs géopolitiques des décideurs iraniens et/ou syriens. Et si, par acquis de conscience, certains élus aounistes ou équilibristes s'aventureraient à tenter de s'opposer au rouleau compresseur du Hezbollah, les moyens de pression, auquel cas, ne manqueraient pas. A-t-on oublié le précédent de René Moawad, à titre d'exemple ? Ou encore celui des libéraux, des gauchistes, des communistes, des démocrates iraniens qui ont contribué activement au succès de la révolution islamique à Téhéran, en 1979, mais qui ont été systématiquement liquidés (souvent physiquement) après la victoire ?
Autant de réalités objectives qu'il faudra avoir présentes à l'esprit lorsque l'on déposera dans quarante-huit heures son bulletin de vote dans l'urne... 
Dans son édition d'il y a deux semaines, l'hebdomadaire Le Courrier international titrait son dossier sur le scrutin du 7 juin « Si le Hezbollah gagnait les élections ». Aussi bien dans la titraille que dans le corps de l'article, il n'était question, au plan des retombées de cette consultation populaire, que du Hezbollah et nullement de l'opposition. Dans ces mêmes colonnes, Élie Fayad soulignait il y a quelques jours, fort à propos, qu'en cas de victoire du 8 Mars, la presse et la communauté internationales ne percevront le résultat que sous l'angle du succès remporté, le cas échéant, par le Hezbollah. Le dossier du Courrier international est tombé à point nommé pour confirmer cette analyse.Il ne s'agit...
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