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Alternative manichéenne

L'Égypte, Gaza, le Yémen, l'Irak, la Jordanie... et tout récemment l'Azerbaïdjan. Ce qui était pour certains une évidence mais que d'autres se refusaient à admettre émerge de plus en plus au grand jour. Le territoire libanais est trop exigu pour le Hezbollah. Le projet politique du parti chiite, ses ambitions, ses aspirations dépassent largement le cadre étroit des frontières du pays du Cèdre.
On est bien loin, très loin même, de l'objectif d'une Résistance se fixant pour mission la libération du territoire national de l'occupation d'une armée étrangère. On est bien loin de l'esprit du document d'entente avec le courant aouniste dont l'ambition, dont le prétexte invoqué pour justifier son repositionnement sur l'échiquier local, était de « libaniser » le Hezbollah, de l'amener à limiter son action au seul contexte libanais. Les faits sont là, indéniables, indubitables ; ils parlent d'eux-mêmes. Ils illustrent à quel point pour la tête de pont iranienne seuls comptent les grands enjeux géopolitiques à l'échelle de l'ensemble de la région. Voire du monde... Même si le prix à payer est de maintenir le Liban dans une situation de guerre sans horizons, de tensions sans fins, de conflits chroniques et permanents.
Les faits montrent bel et bien à quel point les impératifs de la stabilité et des équilibres internes, de la prospérité tant attendue, comptent en définitive très peu pour l'allié de Téhéran face aux grands enjeux régionaux. Le lourd contentieux entre les autorités égyptiennes et le Hezbollah, les appels explicites de Hassan Nasrallah à une révolte populaire en Égypte, la mise en place par le parti chiite d'un réseau subversif en territoire égyptien sont l'expression la plus fragrante des préoccupations fondamentalement supranationales du parti de Dieu, lequel ne cache pas d'ailleurs sa détermination à soutenir concrètement le Hamas à Gaza. Déjà au début des années 2000, les autorités jordaniennes avaient démantelé, dans la plus grande discrétion, un réseau hezbollahi qui planifiait l'acheminement d'une aide militaire aux Palestiniens à partir du territoire jordanien. Et l'arrestation récente en Azerbaïdjan de deux cadres du Hezbollah accusés d'avoir préparé un attentat anti-israélien à Bakou, sous la supervision des gardiens de la révolution islamique iranienne, illustrent de manière effarante la dimension internationale, internationaliste, de l'action du parti chiite.
Mais les préoccupations géopolitiques du Hezbollah dépassent aussi largement le cadre de la lutte contre Israël. Est-il besoin de rappeler à cet égard que le président yéménite a récemment accusé ouvertement le Hezbollah d'entraîner et d'encadrer les « houthiyine », une branche chiite qui a opéré un rapprochement avec Téhéran et qui mène une rébellion contre le pouvoir central ? Et a-t-on oublié qu'un cadre supérieur du Hezbollah a été arrêté en Irak pour avoir contribué à l'entraînement d'une milice chiite ?
Lors de l'une de ses dernières interventions, Hassan Nasrallah a souligné sans ambages que son parti était en mesure de gouverner un pays bien plus grand que le Liban. Une façon comme une autre d'insinuer sans doute que le projet du Hezbollah a une dimension bien plus large que l'étriqué pays du Cèdre. Une dimension qui s'inscrit dans le prolongement direct du bras de fer que l'axe irano-syrien a engagé avec le monde occidental.
À la lumière de l'ensemble de ces données régionales, force est de se rendre à l'évidence : l'option Hezbollah est celle des guerres sans fin et sans horizons, pour servir des desseins géostratégiques et idéologiques supranationaux qui tiennent très peu compte de la raison d'État du Liban ou des aspirations à la paix et à la stabilité d'une large majorité de Libanais. Comme le soulignait fort à propos, hier, Samy Gemayel lors d'un meeting électoral à Sin el-Fil, le Libanais a suffisamment enduré ces trente dernières années du fait des multiples guerres, conflits, conflagrations et combats fratricides qui ont jalonné les différentes étapes de la crise interne. Il est donc grand temps qu'il puisse bénéficier désormais d'une vie normale et paisible, qu'il puisse jouir d'une prospérité bien méritée, qu'il puisse planifier sereinement l'avenir des générations montantes. En un mot, qu'il puisse profiter d'un climat de paix... Une paix d'autant plus méritée que depuis 1973, le Liban est le seul pays de confrontation de la région alors même que la Ligue arabe l'avait classé à la fin des années 60 dans la catégorie des pays de soutien, appelés à seconder, dans le cadre des moyens disponibles, les pays de confrontation. Or, depuis, ces pays dits de confrontation ont soit signé la paix avec Israël, ou ne savent plus quoi faire pour s'engager sur cette voie, comme c'est le cas de la Syrie.
Cette pacification largement méritée, eu égard aux innombrables sacrifices consentis, le Hezbollah s'obstine à la refuser au Liban et insiste à entraîner le pays dans des aventures internationalistes et guerrières sans fins dont le Libanais n'a cure. De sorte que dans le contexte présent, il faut plus que jamais appeler les choses par leur nom, sans détours, sans complaisance : voter le 7 juin pour les alliés du Hezbollah, pour les candidats sur les listes de l'opposition (quels qu'ils soient) revient à choisir délibérément que le pays soit pris en otage dans un cycle infernal et interminable de conflits, de guerres, de tensions chroniques... Le président Ahmadinejad n'a-t-il pas souligné qu'une victoire du 8 Mars déboucherait sur une nouvelle donne dans la région en renforçant sensiblement le front de la résistance ? Il suffit à ce propos de suivre les émissions de la chaîne al-Manar pour se faire une idée claire de ce que représente au quotidien ce projet de « société résistante » prôné par le Hezbollah et ses alliés : il n'y a de la place sur cette chaîne que pour les combats, les opérations militaires, les martyrs, le sacrifice, les explosions, les attentats, l'entraînement à la manipulation des armes, l'effusion de sang, le deuil, les veuves et les orphelins...
L'alternative peut paraître manichéenne, mais elle n'en demeure pas moins conforme à la réalité : le 7 juin, l'électeur devra choisir entre ce projet de société guerrière, ou le projet de pacification et de stabilisation tous azimuts du Liban, dans le sillage de la révolution du Cèdre.
L'Égypte, Gaza, le Yémen, l'Irak, la Jordanie... et tout récemment l'Azerbaïdjan. Ce qui était pour certains une évidence mais que d'autres se refusaient à admettre émerge de plus en plus au grand jour. Le territoire libanais est trop exigu pour le Hezbollah. Le projet politique du parti chiite, ses ambitions, ses aspirations dépassent largement le cadre étroit des frontières du pays du Cèdre. On est bien loin, très loin même, de l'objectif d'une Résistance se fixant pour mission la libération du territoire national de l'occupation d'une armée étrangère. On est bien loin de l'esprit du document d'entente avec le courant aouniste dont l'ambition, dont le prétexte invoqué pour justifier son...
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