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Sens unique

Les dés sont jetés, ou presque. La partie peut commencer.
Un rapide coup d'œil sur la physionomie des alliances électorales conclues entre le courant aouniste et le Hezbollah (et d'une manière générale le tandem Amal-Hezbollah), dans les différentes circonscriptions où le vote chiite pèse dans la balance, permet d'aboutir au constat suivant : le CPL assure une couverture chrétienne morale au Hezbollah à l'échelle de tout le pays, mais en contrepartie, le parti chiite n'a cédé concrètement aucune de ses positions électorales à son allié aouniste. Pourtant, les possibilités qui s'offraient sur ce plan ne manquaient pas : tel est le cas, notamment, du siège maronite de Baalbeck-Hermel, de l'un des deux sièges chiites de Baabda, ou même des régions de Jezzine et de Zahrani où le Hezb s'est abstenu manifestement d'user de son influence - prépondérante, voire écrasante, quand il le veut - pour permettre au chef du CPL de rester seul maître du jeu dans ces deux circonscriptions, plus particulièrement à Jezzine. Il en est de même, soit dit en passant, du régime syrien qui aurait pu « récompenser » le repositionnement de Michel Aoun en lui cédant, à titre d'exemple, l'un des deux sièges grec-catholique de Baalbeck-Hermel ou grec-orthodoxe de Marjeyoun.
Sans vouloir verser dans le manichéisme, force est de relever - et les faits à cet égard parlent d'eux-mêmes - que dans le camp opposé, celui du 14 Mars, le schéma est clairement et radicalement différent : aussi bien le chef du Courant du futur, Saad Hariri, que le leader du Rassemblement démocratique, Walid Joumblatt, ont abandonné au profit des partis chrétiens du 14 Mars certains sièges qui étaient revenus en 2005 à leurs alliés électoraux indépendants. Au Chouf, le président du PNL, Dory Chamoun, remplace ainsi Nabil Boustany, traditionnel allié de Walid Joumblatt ; à Baabda, le secrétaire général du PNL, Élias Abou Assi, a remplacé Abdallah Farhat (également membre du bloc parlementaire joumblattiste) ; à Aley, le député sortant joumblatto-haririen Antoine Andraos a cédé la place au candidat Kataëb Fady Habre ; et à Tripoli, le candidat pressenti joumblatto-haririen Jean Obeid a dû s'effacer devant le candidat Kataëb Samer Saadé.
À en juger ainsi par ces données concrètes, il apparaît que les rapports entre les factions chrétiennes et leurs partenaires au sein du 14 Mars sont sensiblement plus équilibrés, peut-être même un tantinet plus « libéraux », que les relations entre le CPL, d'une part, et le tandem Hezbollah-Amal et les parties prosyriennes, d'autre part. Il aurait été surprenant qu'il en fût autrement en raison, d'abord, du caractère pluriel, et donc forcément plus libéral et ouvert, de la vaste coalition du 14 Mars, et de la nature de son action et de son projet politique. Par contre, le Hezbollah est par essence un parti militaire, opaque, renfermé sur lui-même, qui fonde son action - et l'ensemble de son projet politique - sur une logique guerrière, le culte du martyre, la volonté de mener tous azimuts un combat qui s'inscrit dans une vision stratégique de la région (et du monde), dépassant largement le cadre étroit des frontières libanaises. Les calculs essentiellement supranationaux et les impératifs idéologiques du Hezbollah prennent ainsi le dessus sur les considérations purement locales et sur la nature de ses rapports avec les factions libanaises. D'où une plus grande difficulté à faire preuve de souplesse avec ses proches alliés.
Mais au-delà d'un tel problème d'ordre structurel, la tournure prise par l'alliance électorale entre le courant aouniste et le Hezbollah reflète surtout un profond déséquilibre des forces entre les deux factions. Dans ces rapports bilatéraux, le CPL ne fait aucunement le poids si l'on tient compte des différents paramètres qui dictent cette relation. Contrairement au courant aouniste, le Hezbollah bénéficie en effet d'importants moyens financiers, matériels, médiatiques, politiques et diplomatiques, combinés à un puissant service de renseignements, un imposant arsenal militaire et une vaste infrastructure sociale, médicale, pédagogique et culturelle. Le tout largement encadré et généreusement financé par la République islamique iranienne. Sans compter, faut-il le rappeler, le fameux réseau de télécommunications autonome, à l'origine de l'assaut du 7 mai 2008 contre Beyrouth-Ouest, pour ne pas parler également des activités inavouables dans certains pays, tels que l'Égypte ou le Yémen (pour ne citer que ces deux pays).
En clair, lorsque certains milieux dénoncent l'existence d'un État dans un État, en évoquant les infrastructures du Hezbollah, il n'y a certainement pas abus de langage. De sorte que la relation entre le courant aouniste et le parti chiite est en définitive une relation à sens unique. Équilibre de forces oblige... Ce rapport à sens unique aurait pu être simplement source de ricanement s'il impliquait uniquement les deux parties concernées. Mais lorsque ses effets touchent l'ensemble du pays, et plus particulièrement lorsqu'il gangrène la collectivité chrétienne, l'on ne peut s'empêcher alors de tirer la sonnette d'alarme. Car dans ce jeu inégal, le Hezbollah planifie son projet politique sur le (très) long terme, suivant une approche stratégique et professionnelle. Et à cet effet, il prend tout son temps pour tisser patiemment sa toile qui englue et infiltre pernicieusement les différentes composantes de la société libanaise. Aux électeurs d'en tirer ainsi les conclusions qui s'imposent. Loin du populisme et des enivrants slogans démagogiques ■
Les dés sont jetés, ou presque. La partie peut commencer. Un rapide coup d'œil sur la physionomie des alliances électorales conclues entre le courant aouniste et le Hezbollah (et d'une manière générale le tandem Amal-Hezbollah), dans les différentes circonscriptions où le vote chiite pèse dans la balance, permet d'aboutir au constat suivant : le CPL assure une couverture chrétienne morale au Hezbollah à l'échelle de tout le pays, mais en contrepartie, le parti chiite n'a cédé concrètement aucune de ses positions électorales à son allié aouniste. Pourtant, les possibilités qui s'offraient sur ce plan ne manquaient pas : tel est le cas, notamment, du siège maronite de Baalbeck-Hermel,...
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