En clair, les propos de Massoud Achkar signifient que celui-ci s'est allié à une faction dont il ne partage pas les options fondamentales pour combattre une partie adverse dont il partage ces mêmes options fondamentales ! Un joli tour d'équilibriste qui permet de profiter du soutien logistique, matériel et médiatique d'une faction tout en épousant le discours du camp d'en face afin de grignoter sur son électorat. De quoi laisser circonspect et perplexe l'électeur concerné. Car il y a quelque chose de faux dans cette situation. L'un des trois acteurs du scrutin du 7 juin est trompé dans un tel jeu électoral : soit l'allié officiel (en l'occurrence le CPL), soit l'électorat aouniste, ou alors les électeurs du 14 Mars. Car on ne peut pas être à la fois dans un camp et dans l'autre. En se livrant à un tel jeu, on trompe forcément l'une des deux parties.
Certes, lorsqu'un candidat contracte une alliance électorale avec une force quelconque, il n'est pas nécessaire qu'il partage avec celle-ci tous ses choix politiques. Cela est vrai - et concevable - lorsque la dissonance se rapporte à des questions marginales ou secondaires. Mais le problème se pose - et de façon grave - lorsque la divergence d'opinion porte sur un dossier aussi crucial et aussi fondamental que le sort des armes du Hezbollah. Tout le débat interne, toute la polémique qui envenime l'actualité locale, l'essence même de la crise existentielle qui secoue le pays depuis près de trois ans, le conflit profond qui oppose le 14 Mars au Hezbollah et ses alliés (dont notamment le CPL) portent précisément sur ce point précis : les armes du Hezbollah et le fait de savoir si cet arsenal devrait être intégré ou non à l'armée.
Si la position portant sur les armes du parti chiite est au cœur du conflit entre le 14 Mars et l'opposition, c'est parce que cette question sous-tend aussi, de manière automatique, le clivage interne relatif à la décision de guerre et de paix, et donc au problème de la nature des rapports entre le Hezbollah et Téhéran, en sus de l'attitude du parti chiite concernant le projet d'édification d'un État central rassembleur, jouissant de tous les attributs de la souveraineté. Sur l'ensemble de ce dossier fondamental, épouser les thèses du 14 Mars - en se prononçant pour « la limitation des armes » aux institutions légales - et être dans le même temps l'allié électoral du 8 Mars pose un grave problème de crédibilité.
Un tel jeu d'équilibriste pourrait s'expliquer par la course effrénée et irraisonnée à la conquête d'un siège parlementaire, quel que soit le prix à consentir. Cette « maladie du strapontin », reflétée par la célèbre formule d'Iznogoud « Je veux être calife à la place du calife », pourrait être concevable dans une situation normale et ordinaire. Mais lorsque le sort de tout un peuple est en jeu, lorsque la raison d'être et les spécificités d'un pays sont menacées, il n'est plus admissible de jongler avec les positions de principe portant sur des dossiers fondamentaux qui sont au centre du conflit interne. Lorsque l'on accepte de faire preuve d'incohérence dans le seul but de gagner un ticket d'entrée au Parlement, quelle garantie peut-on avoir que cette incohérence ne sera pas ensuite le prix à payer pour préserver sa place dans l'hémicycle ? Car en fin de parcours, tout candidat élu est souvent appelé à honorer certaines factures qui ont permis sa victoire. Et c'est alors qu'il devient de plus en plus difficile de manger à tous les râteliers.

