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Les constantes du patriarche

Égal à lui-même, et comme il le fait si bien, fort à propos, lorsque le pays se trouve réellement à un point d'inflexion, le patriarche maronite Nasrallah Sfeir a résumé en une petite phrase laconique les enjeux cruciaux des prochaines élections législatives. En soulignant en substance, dans son interview à l'hebdomadaire al-Massira, qu'une éventuelle victoire du 8 Mars lors du scrutin du 7 juin risquerait de déboucher sur des erreurs historiques, le cardinal Sfeir a parfaitement mis le doigt sur la plaie en cernant le véritable problème de fond qui se pose au pays à la veille de l'échéance électorale. 
Il ne serait peut-être pas superflu, pour l'occasion, de réaffirmer une lapalissade, à savoir que le patriarche maronite - véritable voix de la conscience libanaise - n'adopte jamais des positions politiciennes et ne s'arrête jamais à des considérations partisanes, par essence réductrices. Il ne monte au créneau que lorsque le sort du pays est en jeu, lorsque le devenir des Libanais est en danger, lorsque les constantes nationales, les spécificités libanaises et les équilibres qui font la raison d'être du pays du Cèdre sont menacés. Toute l'histoire du Liban est jalonnée d'exemples qui illustrent ce rôle-charnière que Bkerké a constamment joué en période de crise existentielle ; un rôle primordial reconnu d'ailleurs par les principaux acteurs politiques non seulement locaux, mais surtout arabes et internationaux. Dire, par voie de conséquence, comme l'a prétendu hier le général Michel Aoun, que le patriarche maronite est « contre l'opposition et en faveur du 14 Mars » revient à faire preuve d'une méconnaissance totale de certaines réalités historiques inhérentes à la dimension prise par le patriarcat maronite tout au long de l'histoire du Liban. 
Lorsque le cardinal Sfeir met en garde contre une victoire du 8 Mars aux prochaines élections, il ne prend pas position, d'un point de vue purement partisan, pour les factions de la majorité contre le Hezbollah, Amal ou le CPL. Cela n'est nullement, et ne saurait être, l'objet de son propos. Il se déclare opposé, par contre, à un projet politique bien déterminé, celui du Hezbollah, qui constitue une menace réelle pour la raison d'être et les spécificités du Liban, en ce sens que la décision politique du Hezbollah est organiquement et structurellement tributaire du régime iranien, et l'objectif déclaré du parti chiite est d'entraîner le Liban sur la voie de guerres (le pluriel est de mise) sans fins, sans horizons, s'inscrivant dans le cadre de la vision du monde, de certaines valeurs, définies par les dirigeants de la République islamique iranienne, et qui sont aux antipodes des constantes historiques libanaises. 
Si les deux autres composantes du 8 Mars - Amal et le CPL - ont été incluses dans la mise en garde du patriarche, c'est que dans la réalité des choses, elles ne font pas le poids face au Hezbollah. L'équation sur ce plan est quasi mathématique ; elle est semblable à la résultante de plusieurs forces en physique. Le Hezbollah est un parti qui possède comme atouts majeurs un important arsenal militaire lourd, une milice bien entraînée, de puissants services de renseignements, une aide financière iranienne évaluée à plusieurs centaines de millions de dollars par an, une infrastructure sociale, médicale et pédagogique qui n'a pas son équivalent dans le pays (grâce également au soutien de Téhéran), un appui logistique, politique et diplomatique iranien quasi illimité, sans compter un vaste réseau de cellules et d'antennes réparties dans les principales capitales du monde. 
L'ensemble de ces atouts sont placés au service d'un projet politique qui dépasse largement le cadre libanais et qui est étroitement lié aux ambitions régionales de la République islamique iranienne qui cherche à s'imposer comme principal, voire comme seul acteur sur l'échiquier du Moyen-Orient. Et pour satisfaire ces desseins du nouvel « empire perse », Téhéran est engagé dans un implacable bras de fer avec le camp arabe dit modéré, représenté par la plupart des pays membres de la Ligue. D'une certaine façon, ce n'est pas seulement l'avenir du Liban qui est aujourd'hui en jeu, et qui sera en jeu lors des prochaines élections législatives, mais aussi celui du Proche-Orient, dans son ensemble. Une victoire du Hezbollah en juin prochain aura pour conséquence immédiate de placer le Liban dans l'orbite iranienne directe et d'ancrer le pays à l'axe régional iranien, avec tout ce que cela pourrait avoir comme conséquences, d'office prévisibles. 
Face à ces enjeux géopolitiques liés aux ambitions iraniennes, et face aux moyens gigantesques mis en œuvre pour les satisfaire, des formations comme le CPL et le mouvement Amal ne sauraient en aucun cas faire le poids. Dans cette alliance du 8 Mars, la pierre angulaire, le centre de gravité, se situent incontestablement au niveau du Hezbollah, les deux autres composantes ne pouvant jouer qu'un vague rôle subsidiaire, un simple rôle d'appoint assurant uniquement une couverture à l'acteur principal. 
Rien d'étonnant, par voie de conséquence, que le patriarche mette en garde contre les graves erreurs historiques qui pourraient découler d'une victoire du 8 Mars, son attitude étant dirigée non pas contre le CPL et Amal, ni même d'ailleurs contre le Hezbollah en tant que parti local, mais plutôt contre son projet politique dépassant le cadre des frontières du Liban et faisant fi des constantes et des spécificités libanaises, perçues dans une perspective historique. Il est de ce fait totalement déplacé que le général Aoun s'en prenne à nouveau au patriarche, comme il l'a fait hier - sans épargner au passage, honteusement et comme à l'accoutumée, la presse, la cible de ses critiques étant, cette fois-ci, nos consœurs May Chidiac et Wardé. 
C'est précisément là que réside toute la différence entre le patriarche et les acteurs mus par de simples et étroites considérations politiciennes : le premier n'envisage les événements que sous leur angle historique global, alors que les seconds sont dans l'incapacité de dépasser leur ego et leurs bas calculs partisans, en tous points réducteurs.
Égal à lui-même, et comme il le fait si bien, fort à propos, lorsque le pays se trouve réellement à un point d'inflexion, le patriarche maronite Nasrallah Sfeir a résumé en une petite phrase laconique les enjeux cruciaux des prochaines élections législatives. En soulignant en substance, dans son interview à l'hebdomadaire al-Massira, qu'une éventuelle victoire du 8 Mars lors du scrutin du 7 juin risquerait de déboucher sur des erreurs historiques, le cardinal Sfeir a parfaitement mis le doigt sur la plaie en cernant le véritable problème de fond qui se pose au pays à la veille de l'échéance électorale. Il ne serait peut-être pas superflu, pour l'occasion, de réaffirmer une lapalissade,...
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