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La carte du tendre

Déjà depuis la débandade des Syriens en 2005, la fabrication des gouvernements libanais était devenue un véritable parcours du combattant, dans le catimini clandestin des chuchotis honteux entre birbes déliquescents aux allures de conspirateurs. Tout pour faire croire au Libanais du bas d'en bas qu'on mijote pour lui quelque chose d'intelligent.
Maintenant que les frérots Assad ont chez eux d'autres jeunes à fouetter, le tissage local de la liquette ministérielle relève de la pantalonnade la plus farfelue. Drame des pays immatures décolonisés trop tôt...
Il reste que la mayonnaise gouvernementale, aussi difficile à faire grimper qu'elle puisse paraître, obéit chez nous à une procédure réglée comme du papier à musique dont voici la carte du tendre : un, défilé des croûtons parlementaires devant le châtelain de Baabda qui les écoute d'un tympan distrait ; deux, apparition hilare mais contenue du Désigné qui nous joue les patriotes fidèles prêts à servir... Mais servir à quoi ? Trois, début de la valse à 36 temps au cours de laquelle l'Agrume de Rabieh fait danser l'Élu en l'abreuvant d'insultes littéraires, pendant que son gourou barbu sirote son thé au fond de son tunnel au 36e dessous.
Au centre, enfin, l'interminable guirlande des fifty-fifty, moyens-moyeux, mi-pastèque mi-melon. Ils ont les épaules larges et la veste ample. Ce qui, dans le premier cas, permet de changer de fusil et, dans le second, de retourner le tissu. Mais bon, ce n'est pas la girouette qui tourne, c'est le vent qui change de direction.
Ainsi, de journées cruciales en semaines décisives puis en mois déterminants, en attendant de passer au semestre fondamental, la population fait tapisserie face à une dette qui frôle les 55 milliards, des ministres sortants qui n'en finissent pas de sortir, une Administration pourrie, véritable mangeoire collective dans laquelle se goinfrent la classe politique et la mauvaise graisse des fonctionnaires...
Curieux pays : avant, les cinglés cherchaient à déformer la réalité en prenant du haschich. Maintenant que la réalité est déformée, les normaux qui surnagent prennent du Prozac pour tenter de la voir normalement!
Avec à la clé une grande ambition : regarder l'avenir du Liban dans un rétroviseur.

gabynasr@lorientlejour.com
Déjà depuis la débandade des Syriens en 2005, la fabrication des gouvernements libanais était devenue un véritable parcours du combattant, dans le catimini clandestin des chuchotis honteux entre birbes déliquescents aux allures de conspirateurs. Tout pour faire croire au Libanais du bas d'en bas qu'on mijote pour lui quelque chose d'intelligent. Maintenant que les frérots Assad ont chez eux d'autres jeunes à fouetter, le tissage local de la liquette ministérielle relève de la pantalonnade la plus farfelue. Drame des pays immatures décolonisés trop tôt... Il reste que la mayonnaise gouvernementale, aussi difficile à faire grimper qu'elle puisse paraître, obéit chez nous à une procédure réglée comme du papier à musique dont voici la carte du tendre : un, défilé des croûtons parlementaires devant le châtelain de...
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