Face aux manifestants obligés de slalomer entre les balles tirées ça et là par les tenants du sous-développement durable et de l'assassinat équitable, le président syrien ne manque pourtant pas de ressources. Démarrant sur les chapeaux de roue, de crainte sans doute de voir se dérober sous sa rondelle le fauteuil dans lequel il pantoufle depuis 10 ans, il commence d'abord par balancer à ses détracteurs une sucrerie valant son pesant de pistaches d'Alep : exit la loi d'urgence, on continuera à embastiller les opposants mais avec moins de nervosité.
Le cadet de la nurserie Assad, qui a visiblement autant de bras droits que Vishnou, vient d'ailleurs d'en sortir un tout dernier de son veston : Adel Safar. Dégagé du ministère de l'Agriculture où il ronronnait gentiment, l'homme a été rapidement dépoussiéré et remis en service pour apaiser la rogne et la grogne. Une promotion inespérée pour ce Premier ministre de 58 balais qui, en moins de temps qu'il faut à un milicien du régime pour tirer sur la foule, a monté en mayonnaise une équipe de 31 vieux briscards, pratiquement les mêmes et quasiment aux mêmes postes. Changer le bocal en gardant les mêmes cornichons, c'est ça la vraie réforme ! Bref un Mikati syrien qui a réussi. Comme quoi, quand on veut, on peut. Mais parfois, quand on ne veut pas, on doit quand même.
A priori, remettre au turbin un spécialiste du crottin de vaches pour l'envoyer se frotter à la domesticité locale ne semble pas augurer d'un excès de considération de Damas à l'égard d'une population, qu'il lui suffisait d'habitude de siffler pour l'envoyer cou-couche panier.
Finalement, il n'y a que la confrérie libanaise des bacharolâtres que les discours fermes et complètement fermés du Phénix de Syrie plongent dans des transes stendhaliennes. D'ailleurs, le rouleau compresseur baassiste n'a même pas besoin de les écraser. Ils s'écrasent tout seuls sans broncher... Certains voient même dans le fiston Assad le « soleil de la nation arabe », ce cliché lumineux émanant jadis d'un Talal Arslane sans doute peu éclairé par l'EDL.
Dur, dur d'être 8 marsien depuis que le frérot syrien flageole.
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