Comme le temps passe ! Quelle est loin l'époque où Américains et Soviétiques mettaient admirablement tout ça en musique. Leurs espions se choisissaient un bled de crève-la-faim, de préférence pas très loin d'un puits de pétrole ou d'un champ de pavot, y installaient un militaire fouettard et le chargeaient de donner la trique aux populations déculottées. Faut dire qu'à l'époque, le concept des droits de l'homme n'était pas encore à la mode et l'on trouvait normal que les fruits de la croissance servent uniquement à engraisser le faquin en place, ses copains et ses coquins.
D'ailleurs, il suffit de regarder le barnum régional pour voir combien le marché des anciens présidents arabes a tari. Plus aucun vétéran. Râpé, fini, nada ! Sont tous morts, qui décrépi, ratatiné et racorni en prison, qui assassiné pendant qu'il plastronnait devant des niaiseux qui battaient des mains en jurant que « par leur sang et leur âme » ils seraient prêts à se faire allumer pour leur Illuminé. Mais on ne se refait pas. Les assoiffés de chef ont toujours enrichi le patrimoine arabe. Ce qui explique que les patrons encore en exercice continuent à dresser plus de potences qu'ils ne font installer de téléphones cellulaires, et entendent rester en place jusqu'à la chute finale de dentier.
Chez nous, en revanche, c'est l'alternance qui améliore l'ordinaire : une petite lampée d'optimisme, aussitôt suivie d'une brassée d'obscurantisme. L'électeur vote pour un neuneu qui lui promet la lune, celui-ci pactise aussitôt avec un fanfaron du camp opposé pour s'afficher à la une. Mais quelle importance, tant que le social, lui, est toujours aussi animé : la piétaille se serre la ceinture et la canaille étale sa panse et lui tend sa pointure.
C'est surréaliste. Un peu comme si l'on attrapait Mohammad Raad en flagrant délit d'éclat de rire... Décidément, on ne comprendra jamais rien au Liban et aux Libanais. Mais c'est tant mieux, car arrivé à ce stade, on a justement tout compris...
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