Pour cela, il a fallu mettre en commun les 30 neurones disponibles, chauffer jusqu'à la fusion, puis agiter la bonbonnière avec force 8 sur l'échelle de Richter. Les ministres ont fini par dégorger une fatwa qu'ils se chargeront de mettre en musique dans un peu moins de pas longtemps. Mais attention, la procédure sera exceptionnelle : c'est-à-dire qu'on consultera, juste pour ne pas les vexer, les organismes de contrôle, mais qu'on s'empressera ensuite de s'essuyer les pieds sur leurs décisions. Bref, la feuille de route tourne déjà à la déroute.
Pourtant, on nous jure la main sur le portefeuille que les nouveaux cobayes qui viendront pantoufler dans les ministères ne seront pas assaisonnés sur base de la formule magique « un copain, un coquin ». Ils sauront lire, écrire, se laver et seront par-dessus tout dotés d'une moralité nickel. Sauf que, comme il se doit en ce siècle de technologie numérique avancée, chacun broutera peu ou prou auprès de sa communauté.
Pour le reste, il serait injuste de dire que nos croûtons politiques tournent en rond. Ils se sont déjà mis d'accord sur plusieurs points. Un : le calendrier des discussions. Une éphéméride classique, avec un mois de février de 28 jours, suivi du mois de mars ; jusque-là pas de gros changements. De mars, l'agenda enchaînera ensuite sur avril et ainsi de suite jusqu'à décembre. Deux : ils se sont entendus avec une belle unanimité sur le document de travail. Ainsi, on ne dira pas « un » nomination, mais « une » nomination. Trois : les ministres se sont accordés sur l'organisation d'une table ronde pour poursuivre le débat. Plutôt qu'une table en bois de cèdre massif, ils ont finalement opté après d'âpres négociations pour un fond de caisse monté sur pied et recouvert de formica. Enfin, un arrangement a été trouvé sur la répartition au niveau du conflit : Barbichu proposera toujours, les 8 Marsiens refuseront systématiquement. Par la suite, chacun ira vociférer de son côté auprès des médias.
Il n'y a que Michel de Sleimanie qui est littéralement bluffé par tant de rapidité dans la mise en place de ces accords hautement stratégiques. Comme il envisageait au départ de nourrir une dizaine de fois les ministres à sa table pour aplanir les couacs, à ce train il lui sera très difficile d'amortir son cuisinier ■
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