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Opéra-bouffe arabe

« Que n'allions-nous donc pas renifler de près ces bons grincheux des cèdres... », s'est dit le mousseux Moussa, qui s'ennuyait ferme à la tête de sa Ligue vermoulue. Il est vrai que les temps sont mous : à Bagdad le salon de l'auto piégée fait quelque peu relâche et dans les territoires palestiniens, les Israéliens améliorent l'ordinaire en distribuant des dragées en caoutchouc en lieu et place des missiles à domicile. Bref, tout cela vire au barbant pour le secrétaire général, au demeurant plus secrétaire que général, qui a aussitôt décidé de venir se marrer auprès de nos vieux croûtons.
Agréable coïncidence, ces derniers, eux aussi, ont du temps à perdre depuis qu'ils ont décidé de s'occuper d'un problème planétaire : le prochain pince-fesse arabe de Tripoli. Il y a comme qui dirait une convergence d'ennui, qui pousse tout ce joli monde à refaire le Proche-Orient autour d'un bon café.
Voilà donc Ramsès à pied d'œuvre pour la tournée des popotes officielles : Michel de Sleimanie qui s'en bat la gidouille, le Barbichu qui a oublié pourquoi on était fâché avec le bouffon de Libye et le tenancier du Parlement qui aimerait bien lui faire la peau mais sera obligé d'avaler son chapeau le jour où son mentor syrien s'en ira lui serrer la paluche à l'ouverture du sommet. Sale métier !
C'est fou ce qu'une bête réunion entre pays présumés alliés peut prendre chez les Arabes des proportions dantesques. À croire que ces gens-là ne peuvent tout simplement pas avoir entre eux des amitiés normales ou des contentieux ordinaires. Quand ils sont en phase, c'est automatiquement « historique » avec des destins scotchés, pelotages enfiévrés et roulement de pelle ; et quand ils ne sont pas d'accord, ça se termine dans les injures et le pugilat. Là où ailleurs on se contenterait d'une rupture des relations, en cas de litige avec un partenaire étranger, faut que dans nos contrées, on fasse semblant de bouder pour ne pas avoir à serrer la main à un kidnappeur d'imam.
Il reste que le sommet arabe aura bien lieu à Tripoli. On s'y réunira, s'y engueulera, puis comme d'habitude on y bouffera en se postillonnant réciproquement des stratégies politiques tordues. Le tout entre parangons de la modernité, de la démocratie et de l'alternance politique : des militaires, des fils de militaires, des copains de militaires, et pour les civils, une pelletée de rois et roitelets de droit divin. Le troisième millénaire version Proche-Orient.
Nécrologie : le monde a perdu cette semaine Peter Graves, alias Jim Phelps. Il est mort d'une attaque quand on lui a annoncé sa prochaine « Mission Impossible » : réconcilier les chefs d'État arabes.
Ce billet s'autodétruira dans 15 secondes...

gabynasr@lorientlejour.com
« Que n'allions-nous donc pas renifler de près ces bons grincheux des cèdres... », s'est dit le mousseux Moussa, qui s'ennuyait ferme à la tête de sa Ligue vermoulue. Il est vrai que les temps sont mous : à Bagdad le salon de l'auto piégée fait quelque peu relâche et dans les territoires palestiniens, les Israéliens améliorent l'ordinaire en distribuant des dragées en caoutchouc en lieu et place des missiles à domicile. Bref, tout cela vire au barbant pour le secrétaire général, au demeurant plus secrétaire que général, qui a aussitôt décidé de venir se marrer auprès de nos vieux croûtons. Agréable coïncidence, ces derniers, eux aussi, ont du...
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