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Figurants de navet

Voilà donc la République dans son ensemble condamnée à tourner un minable navet. On savait les Libanais feignasses, mais visiblement c'est leur classe politique qui mérite le pompon de la flemmardise. Les dialoguistes du palais de Baabda sont vraiment impayables ! Près de quatre millions de Libanais les fixent de leurs yeux torves, espérant une improbable phosphorescence du frottement de leur cerveau - enfin, disons la partie supérieure de leur tête -, et tout ce qu'ils récoltent après des heures de palabres c'est « Inch'allah, Boukra, Maalech ». IBM version arabe, quoi !
La table, elle, est restée la même : une véritable piste d'aéroport, avec les clampins des deux Mars assis autour. Une vingtaine de potiches à l'ombre d'un drapeau frappé d'un buisson vert, dont personne ne se souvient ni pourquoi ni par quel architecte d'intérieur il a été placé en fond de salle. Seule note optimiste : les figurants ne se sont envoyé ni cendriers ni bouteilles d'eau à la figure. À quoi tient notre bonheur... Mieux encore : il paraît même qu'ils se sont dit « bonjour-comment-ça-va », certains allant même jusqu'à se peloter discrètement, question de montrer une avancée réelle sur le plan des idées.
Rappel pour les amnésiques : la conférence de dialogue était censée carburer sans relâche. Mais c'était sans compter avec nos artistes du système D. Désormais, elle se tiendra une fois par mois. Ensuite, qui sait, une fois par saison, puis aux équinoxes. Les Barons passeraient par hasard devant le Château de Sleimanie, verraient de la lumière et monteraient boire un coup. Ils feraient une analyse littéraire des invectives du trimestre, et puis, rebelote, chacun s'en ira à nouveau insulter les autres dans son coin. La persévérance est la noblesse de l'obstination.
À ce rythme, et à l'orée du quatrième millénaire, leur lointaine descendance pourra un jour se pencher enfin sur les armes barbues. Mais rien ne presse. Aujourd'hui, les héros sont fatigués. Ils sont en fait surtout très fatigants...
D'ailleurs, quand les patrons de la politique dialoguent, ils manquent de souffle. Et quand ils se séparent, ils ne manquent pas d'air... À la sortie, on a ainsi eu droit à une série de pensées puissantes et définitives, dans le genre : « Le dialogue doit se poursuivre pour consolider la sécurité et la stabilité du Liban. »
Traduction sans langue de bois : tout le monde s'en tape. Nous aussi...

gabynasr@lorientlejour.com
Voilà donc la République dans son ensemble condamnée à tourner un minable navet. On savait les Libanais feignasses, mais visiblement c'est leur classe politique qui mérite le pompon de la flemmardise. Les dialoguistes du palais de Baabda sont vraiment impayables ! Près de quatre millions de Libanais les fixent de leurs yeux torves, espérant une improbable phosphorescence du frottement de leur cerveau - enfin, disons la partie supérieure de leur tête -, et tout ce qu'ils récoltent après des heures de palabres c'est « Inch'allah, Boukra, Maalech ». IBM version arabe, quoi !La table, elle, est restée la même : une véritable piste d'aéroport, avec les clampins des deux Mars assis autour. Une vingtaine de...
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