En moins de 48 heures, les Libanais hébétés par l'ampleur de la catastrophe ont ainsi eu droit à un florilège de démonstrations farfelues, fatras de théories absconses emmêlant dynamique aérienne et mécanique des fluides, le tout assorti d'une pincée de complot poivré.
Zappant toute dignité, enjambant l'effroi de ceux et celles directement touchés dans leur chair, les vautours ont accaparé les antennes aux heures des plus forts taux d'audience pour nous expliquer à quel point ils étaient outrés. Puis une fois épuisé leur stock d'indignations, ils se sont lancés dans des élucubrations tarabiscotées donnant à croire qu'ils étaient à califourchon sur l'appareil à la seconde même du sinistre.
« Analyste et commentateur », annonce le bandeau fiché sous la trombine de l'ahuri détenteur de la science infuse. Alors, il y a bien sûr celui qui donne en direct un cours de physique des matériaux, sur fond d'images poignantes de corps et de débris repêchés. Évidemment, il arbore une mine allongée de circonstance, ce qui ne l'empêche pas d'expliquer avec force emphase le principe de la boîte de Faraday frappée par la foudre, les méfaits du givre sur la carlingue, le danger d'un réacteur qui aurait flambé... Et pour peu qu'il soit titillé par quelque journaliste famélique avide de scoop, il donnera même la densité de l'orage et la vitesse du vent à l'heure de la tragédie. Autant de précisions capitales que même les enquêteurs ignorent mais qui, à n'en pas douter, sont certainement indispensables au réconfort des familles.
Les plus vicieux essayeront aussi de faire porter le chapeau aux aiguilleurs du ciel, à les en croire, « surchargés par les cadences infernales ». Et les moins inspirés préfèreront le raccourci-cliché des « Libanais unis dans douleur ». Si l'union nationale est à ce prix, on préfère s'en passer...
Bref, il ne reste plus qu'à attendre l'âne qui viendra nous annoncer, des étoiles dans les yeux et la bave aux commissures, que l'avion a été abattu par les Israéliens ■
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