Vautrée dans des contorsions oratoires tournant autour des municipales, la classe politique n'avait d'abord pas vu le gros belon dégurgité par l'impayable Abou Moussa. Le dissident du Fateh, un vieux kroum au demeurant basique et binaire, nous annonçait, en guise d'étrennes pour la nouvelle année, qu'il entendait bien conserver sa quincaillerie militaire pour les besoins de la résistance face à Israël. Bien évidemment, aucun des journalistes témoins de cette saillie littéraire, psalmodiée à contre-courant des cantiques palestiniens, n'a éclaté de rire.
Le temps de digérer l'anaconda, ministres et députés se sont aussitôt lancés dans un verbiage gesticulateur d'où il ressort un scoop selon lequel nous sommes, paraît-il, souverains. Le sommet du cirque a été atteint quand Abou Moussa a régurgité sa boulette. Comme il est de tradition dans le monde arabe, il s'est courageusement défaussé sur les médias qui auraient, selon lui, sorti sa bafouille de son contexte. Un cliché usé jusqu'à la ficelle.
On donne à Damas deux versions de l'avoinée passée par le Tsar Assadovitch à ce sous-fifre palestinien, dont la fuite verbeuse a failli lui saloper son flirt avec les Libanais. Dans la première, il aurait dit : « Tu peux te la carrer là où je pense. » Et dans la seconde : « Je vais te la faire bouffer. » Disons que depuis, les rapports entre les deux hommes ont tourné à l'huile de ricin.
Il n'en fallait pas plus en tout cas à nos tromblons locaux pour entonner à l'unisson le disque rayé du haro à l'implantation. Le mensonge levantin érigé en intelligence politique : plus d'un demi-siècle que des Palestiniens sont incrustés chez nous, à tailler des croupières dans notre tissu social, à mijoter des alliances et des dissidences, à héberger des fanatiques très peu comestibles, à faire des cartons dans les barrages de l'armée, à se flinguer entre eux quand ils s'ennuient... 62 ans de paysage bucolique en keffieh !
Si ça, ce n'est pas une implantation, c'est en tout cas une greffe tenace...
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