Des moments historiques, donc, en tous points comparables à la chute du mur de Berlin, il y a 20 ans. À commencer par le souvenir de cette déferlante des Allemands de l'Est vers l'Ouest, qui nous fait penser aujourd'hui à l'hémorragie ininterrompue des partisans du mouvement Amal vers le Hezbollah.
D'ailleurs, la classe politique d'ici n'avait-elle pas applaudi en son temps à la disparition de l'édifice allemand ? Le cadet Hariri, lui, est incontestablement pour la chute du mur de Berlin. De tous les murs aussi à travers le monde : politiques, sociaux, communautaires. Et il a raison. Il s'est pris tellement de murs dans la figure, le pauvre, depuis qu'il a débarqué en politique...
Berlin 2009 ! Quand on pense que les participants aux cérémonies ont fait des milliers de kilomètres pour aller voir une ruine ! Ils seraient venus à Beyrouth, ils auraient eu la chance de voir nos ruines politiques à nous. D'abord un monument historique, qui lui ne s'effondrera jamais : Istiz Nabeuh. Puis Orangina, 75 ans aux prunes, qui n'est pas le perdreau de l'année, mais avec encore toutes ses dents. Sans oublier bien sûr Omar, le Tripolichinelle du Liban-Nord, et Sissou Hoss, le sinistre au teint bistre, qui du fond de sa voie de garage s'échine encore à commenter les singeries de ses confrères de classe.
Et puis cette chute formidable des dominos en polystyrène ! Un spectacle tellement métaphorique de la course à l'hégémonie de nos chefs de tribus locaux. Tous ces blocs qui s'effondrent les uns sur les autres : Geagea qui cogne sur Aoun, Aoun qui tacle Gemayel, Gemayel qui tombe sur Hariri, Joumblatt qui se fout de tous, Nasrallah planqué sous terre, qui plastronne en fumant Dieu directement et sans filtre... Et au final tout ce joli monde qui se viande.
Alors, finalement, on en tire une leçon toute simple : il est beaucoup plus facile de réunifier 90 millions d'Allemands qu'une dizaine d'affligeants roitelets libanais ■
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