La finale, pronostiquent les parieurs, se jouera à guichets fermés, à moins que les spectateurs n'aient été catapultés dans des abris de fortune... à titre préventif.
Tout a commencé avec les fuites sur une possible implication d'éléments du Hezbollah dans l'affaire de l'assassinat de Rafic Hariri, cela s'est poursuivi avec les révélations sur un réseau d'espionnage au sein du département des télécoms, et s'est conclu avec les attaques délibérées contre les Casques bleus au Liban-Sud.
Et, comme par hasard, le tout s'est accompagné d'une campagne savamment orchestrée, d'abord contre les accords de coopération avec les États-Unis, ensuite contre l'accord de sécurité avec la France, lequel texte avait déjà été approuvé par l'exécutif dans toutes ses composantes.
D'arrière-pensées en chantage flagrant, d'intentions inavouables en plan prémédité, c'est toute une stratégie d'agressivité et d'autodéfense qui creuse ainsi son chemin, qui délimite les ruptures à venir.
Et, dans le prolongement de l'affaiblissement conséquent de l'État, se profile la volonté de certains, du Hezbollah en particulier, de régler leurs comptes avec des pays accusés de faire le jeu d'Israël, de soutenir un tribunal, le TSL de La Haye, pour qui ils n'ont que profond mépris, une totale aversion.
Le hasard, dit-on, fait bien les choses, mais peut-on parler de hasard quand les événements se suivent, s'imbriquent, s'entremêlent à la perfection comme dirigés par une baguette magique, comme mus par un informaticien de génie.
En faisant un lien direct entre le réseau pro-israélien démantelé au sein des télécoms et l'acte d'accusation que le TSL envisage de publier d'ici à la fin de l'année, Hassan Nasrallah a fait d'une pierre deux coups : décrédibiliser toute information compromettante pour le Hezbollah que le tribunal pourrait révéler et jeter l'opprobre sur toute partie libanaise qui soutiendrait des conclusions puisées d'une source d'ores et déjà disqualifiée par le parti intégriste.
Un procès d'intention qui ne souffre d'aucune contestation, une détermination manifeste de jeter le doute sur des institutions sécuritaires étatiques : la curée n'en est, semble-t-il, qu'à ses débuts et s'annonce violente et pernicieuse.
C'est finalement un sacré service que les Israéliens ont rendu au Hezbollah en truffant d'espions le si précieux département des télécoms. Un « service » que Hassan Nasrallah pourrait difficilement dédaigner, dût-il pour cela ouvrir la voie à une espionnite aiguë, à une chasse aux contestataires, aux « derniers des Mohicans », à tous ceux qui pourraient mettre en doute la parole divine. Celle qui a d'ores et déjà frappé le Tribunal spécial pour le Liban du sceau de l'infamie.
Plus que jamais, la balle, aujourd'hui, est dans le camp de Daniel Bellemare.
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P.S. Hier à Damas, Saad Hariri a-t-il évoqué avec le président syrien le dernier discours de Hassan Nasrallah et les menaces sous-jacentes qui en constituaient l'ossature ? L'acte d'accusation du TSL, dit-on, va cibler des éléments du Hezbollah, qu'en est-il alors des indications fournies, dans une première étape, par Detlev Mehlis et qui pointaient la Syrie du doigt ? Une nouvelle piste ne balaie pas nécessairement celle qui l'a précédée, elle pourrait même lui être complémentaire. Mais dans les deux cas de figure, la riposte risque d'être cinglante, pour ne pas dire violente... à moins d'un arrangement, d'une entente préalables qui désamorceraient la bombe sur base de sacrifices mutuels.
Dans l'intérêt supérieur du Liban et de la Syrie, bien évidemment !

