Caillasser des soldats en mission de paix dans une région transformée en poudrière, susciter la suspicion sur le rôle de la Finul, celle-là même qui fait barrage aux velléités agressives d'Israël, c'est ouvrir la voie aux dérives armées, c'est fournir des prétextes à de nouvelles provocations israéliennes.
Il est naturel, par conséquent, que la communauté internationale s'en émeuve, débatte de la question au Conseil de sécurité et exige que la résolution 1701 soit totalement respectée et que la liberté de mouvement de la Finul soit garantie. Une double obligation faite à un État libanais, pieds et poings liés, tenu, malgré tout, de veiller à l'application de décisions supposées l'aider à étendre son autorité sur l'ensemble de son territoire...
Mais de la coupe aux lèvres, que de traquenards, que d'arrière-pensées, que de forces de facto, de milices armées qui ne tirent leur puissance que de l'affaiblissement de l'État, de son assujettissement aux humiliantes réalités du terrain.
Des réalités qui, à moins d'un renversement complet de la situation, pourraient conduire aux catastrophes annoncées, aux désastres peut-être souhaités, parce que synonymes, dans certaines têtes malades, de changements radicaux, signes avant-coureurs de la déroute des « forces du mal ».
Et c'est à travers le discours de la pensée unique, celui qui enthousiasme les foules, les sécurise dans le cocon de la protection divine, que se préparent les lendemains radieux, les lendemains qui chantent, à travers un chemin fait forcément de larmes et de sang.
Là, Israël est dans son élément naturel, et la brèche ouverte au Liban, il s'y engouffre comme dans du beurre pour menacer et tempêter, arguant que le Hezbollah, après avoir pris l'État libanais en otage, reconstitué et renforcé son arsenal, s'attaque maintenant à la Finul par le biais d'habitants sudistes qui lui obéissent au doigt et à l'œil.
Israël d'un côté, le Hezbollah de l'autre : le Liban, à bout de souffle, égrène les mois d'été, les semaines de sa saison touristique comme dans un compte à rebours. Un exercice harassant, angoissant, qui se renouvelle inexorablement tous les ans, depuis ce funeste mois de juillet 2006.
L'espoir ? Dans le cas libanais c'est comme chercher une aiguille dans une meule de foin. La retrouver relèverait d'un pur miracle.
Au Liban, fort heureusement, on croit encore aux miracles ■
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P.S. On ne le sait que trop bien : un malheur n'arrive jamais seul et l'accompagnement se fait forcément sur un autre registre, tout aussi sensible, tout aussi explosif. Comme par un coup de baguette magique, voilà que la question de la présence palestinienne au Liban, civile et militaire, est extraite de sa boîte de Pandore, étalée sur la scène publique, réveillant d'anciennes appréhensions, des inquiétudes légitimes, suscitant polémiques et surenchères. Attention danger : c'est sur des charbons ardents que les « exégètes nouveaux » posent leurs pieds et de plaidoyers en accusations c'est toute la problématique des équilibres confessionnels qui est placée sur le tapis.
De quoi donc veut-on, si urgemment, détourner notre attention ?

