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Fonds de commerce

Le Liban n'est plus ce qu'il était, ne sera plus ce qu'il aurait dû être, ce qu'il aurait pu être. Le Liban a permis aux forces de l'ombre, celles qui le pourchassaient dès sa naissance, de le clouer au pilori, de pulvériser la vocation qui aurait dû être la sienne.
Le Liban est un otage, son âme est kidnappée, son esprit squattérisé, son cœur irrigué au cyanure, un poison fait de haine, d'arrogance et d'autosatisfaction.
Le Liban paye, aujourd'hui, le prix de sa multiplicité, de sa pluralité, il paye le prix de son indulgence, de sa générosité. Le Liban est, aujourd'hui, puni pour avoir largement ouvert ses portes aux réfugiés, aux opprimés de la région, pour avoir osé se distinguer des pays environnants, pour avoir fait de sa différence le réceptacle de toutes les contradictions, de toutes les retrouvailles, de tous les divorces.
Le Liban otage ? Oui, otage des mini-États qui le rongent, des parrains mafieux qui les téléguident, des surenchères indignes qui ont fait du drame palestinien un fonds de commerce lucratif.
Et là, on arrive au point focal de la réflexion, à l'essence même de la tragédie, née une funeste année 1948 et qui s'est fourvoyée, au fil des ans, dans la politique des axes, dans la longue tradition des règlements de comptes entre pays arabes « frères ».
Des dérives arafatistes au Liban, lorsque l'OLP n'entrevoyait le retour à Jérusalem qu'à travers Jounieh « l'isolationniste », aux désastreuses divisions interpalestiniennes d'aujourd'hui, que de temps perdu, que de services rendus à Israël.
Et, en toile de fond, une menace réelle, une épée de Damoclès qui s'aiguise chaque jour un peu plus : l'implantation palestinienne au Liban, celle que l'État hébreu appelle de tous ses vœux, celle à laquelle contribue une présence armée, anarchique dans les camps, délibérée, très bien planifiée hors des camps. Une présence armée dont est naturellement victime la population civile palestinienne humiliée par ceux-là mêmes qui prétendent en être les défenseurs.
Quelle mouche a donc piqué Walid Joumblatt, qu'est-ce qu'il lui a pris de jeter en pâture, en plein hémicycle parlementaire, la question des droits civils palestiniens, de lancer des accusations gratuites prêtant à ses anciens alliés, nouveaux adversaires, des intentions inavouables ? Réminiscences du défunt Mouvement national des années 70, des fumeuses sorties contre la « droite chrétienne isolationniste » ?
Nul doute que la question des droits civils mérite d'être posée et que des mesures doivent être prises pour remédier à une détresse sociale dont pâtissent également des centaines de milliers de Libanais dans les régions déshéritées.
Mais pourquoi ce timing suspect, pourquoi cette soudaine amnésie sur le rôle ambigu de la Syrie, sur la responsabilité collective des pays arabes et des organisations internationales dans la gestion d'un dossier qui ne peut déboucher, en l'état actuel de l'hypocrisie générale, qu'à l'implantation décriée ?
Pourquoi cette démagogie à relents confessionnels qui a déjà eu pour résultat la distribution de tracts antichrétiens dans la périphérie de Aïn el-Héloué à Saïda et la publication de communiqués appelant au maintien des armes palestiniennes au Liban ? Sans oublier le projet d'attentat éventé à Zahlé quelques heures avant la visite pastorale du patriarche Sfeir.
Veut-on donc ramener le pays du Cèdre 35 ans en arrière ou détourner l'attention d'événements à venir, qui seraient préjudiciables à plus d'une partie ? Le Hezbollah, lui, laisse faire, tente de tirer son épingle du jeu (tant qu'on ne parle pas de ses armes...) et les Israéliens rient tranquillement sous cape.
Bien joué, Monsieur Joumblatt...
Le Liban n'est plus ce qu'il était, ne sera plus ce qu'il aurait dû être, ce qu'il aurait pu être. Le Liban a permis aux forces de l'ombre, celles qui le pourchassaient dès sa naissance, de le clouer au pilori, de pulvériser la vocation qui aurait dû être la sienne.Le Liban est un otage, son âme est kidnappée, son esprit squattérisé, son cœur irrigué au cyanure, un poison fait de haine, d'arrogance et d'autosatisfaction.Le Liban paye, aujourd'hui, le prix de sa multiplicité, de sa pluralité, il paye le prix de son indulgence, de sa générosité. Le Liban est, aujourd'hui, puni pour avoir largement ouvert ses portes aux réfugiés, aux opprimés de la région, pour avoir osé se...
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