Aujourd'hui, je n'évoquerai nullement les armes du Hezbollah, la stratégie de défense qui se perd dans les méandres de l'amnésie délibérée ; je ne m'attarderai pas sur les menaces israéliennes, sur les vociférations prometteuses de destructions généralisées, d'une apocalypse rédemptrice ; je ne tiendrai nullement compte des tirades incendiaires, des bêtises servies sur des plateaux en trompe-l'œil ; je fuirai comme la peste les esprits pervers qui distillent haine et suspicion, qui s'évertuent à greffer la détestation là où tout est convivialité, amour et solidarité.
Solidarité : voilà le mot magique qui redynamise les consciences, qui révèle la vraie nature du Libanais, celle que les guerres fratricides, les séquestrations de la volonté nationale ont tenté d'enfouir sous un amoncellement de doutes, de défiance et d'oublis. Solidarité : celle qui voit le Libanais aller à la rencontre de l'autre, le soutenir dans ses difficultés, dans sa détresse, lui apporter le réconfort dont il a besoin.
Solidarité, c'est toute une chaîne qui se met en place, qui torpille les clivages, les différences, c'est un « cœur pour Philippe », cet élan exceptionnel de générosité qui a mobilisé des dizaines de milliers de jeunes et de moins jeunes, qui a transposé sur Facebook l'angoisse des uns, l'espoir des autres, une véritable course contre la montre, un jamais-vu d'amour et de sollicitude pour permettre à Philippe de retrouver son souffle, d'arriver au plus vite à l'hôpital parisien pour une transplantation cardiaque, synonyme de vie renouvelée.
Merci à tous ceux qui ont répondu à l'appel du cœur ou qui l'ont même précédé, des plus connus aux plus anonymes, des plus nantis aux moins favorisés, ceux qui ont répercuté l'appel aux quatre coins du pays, aux quatre coins du monde via Internet. Un « cœur pour Philippe » c'est le reflet d'une humanité entière, gratuite, sans arrière-pensée, hors de toute tentative de récupération, le reflet d'une bonté infinie, celle d'hommes et de femmes qui ont forgé dans les épreuves une faculté à nulle autre pareille, celle de l'écoute de l'autre, de l'entraide, de la solidarité.
Le jour venu, le moment venu, c'est la mère de Philippe, Anne-Marie, qui contera dans les colonnes de ce journal, dans ce journal qui est le sien, le long parcours fait de larmes et d'attentes angoissées, de panique et d'espoir.
L'espoir que le cœur de Philippe puisse battre rapidement au rythme, au diapason de tous les cœurs qui se sont portés à son secours...

