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Si le Cèdre m’était conté…

Alphonse de Lamartine, qui a bien connu le Liban, serait-il encore en vie  qu'il en aurait été époustouflé : le pays du Cèdre qu'il a tant aimé, tant glorifié, a réussi l'impossible en exauçant son vœu le plus cher : suspendre le temps, le figer dans l'immobilité. Non pas pour « savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours », mais pour pérenniser les aberrations, les défauts de structure, pour « s'abîmer, se complaire dans les supplices les plus laids de nos jours ».
Une entrée en matière temporelle pour un constat de surplace affligeant : la réalité au Liban dépasse souvent la fiction et les vicissitudes du quotidien balaient  inévitablement les rêves de nuits faussement paisibles. Équilibre communautaire,   déséquilibre confessionnel, parité obligatoire, basculement démographique : les problèmes sont les mêmes, les « parrains » toujours les mêmes, les frustrations, elles, s'accumulent et la déprime, ce fameux « ihbat », se généralise, s'étend comme une tumeur invasive.
En toile de fond, des « amis » qui nous veulent du bien, qui s'incrustent dans notre intimité, qui nous étouffent par leur étreinte. Des « amis » qui nous quittent, contrits et contraints, par la grande porte, et qui s'arrangent toujours pour revenir par les fenêtres de la complaisance ou de la trahison.
Temps suspendu, temps du cheminement vers la « sublime porte » : avant-hier et aujourd'hui, c'est à la queue leu leu que s'effectuent l'amende honorable, la soumission aux réalités nouvelles. Avant-hier et aujourd'hui, même scénario, même cécité du cœur et de l'esprit. Hier n'aura-t-il donc été qu'un entracte, une lumière fugace entre deux ténèbres... ?
Que le clou soit enfoncé aujourd'hui à travers des messages sécuritaires, il n'y a là rien d'étonnant. De la Saïka à l'Armée de libération palestinienne, du Mouvement national au Hezbollah, du Fateh el-islam au FPLP-CG, les partenaires-clones ont toujours répondu présent ! Temps immuable : mêmes acteurs, mêmes visées, mêmes serviteurs dévoués. Et, pour les thuriféraires locaux, toujours le même prétexte avancé, l'argument massue : la raison d'État, celle au nom de laquelle les mémoires s'effilochent, les consciences se taisent.
Sombrer dans la déprime, dans ce fameux « ihbat » : toutes les raisons sont là, non seulement politiques ou sécuritaires, mais aussi et surtout sociales. L'essentiel, finalement, se joue à ce niveau, il touche à la vie de l'homme, à sa dignité au quotidien, au mépris dans lequel  le tiennent ceux-là mêmes qui sont supposés veiller à son bien-être.
La grogne sociale explose, les prix des denrées essentielles atteignent des sommets, le panier de la ménagère se vide à vue d'œil, les carrières dévorent ce qui reste de nature verte et le trafic routier se transforme en supplice de Tantale pour des conducteurs devenus fous. Le tableau est loin d'être exhaustif et le tout  se déroule sous le regard indifférent de fonctionnaires véreux se complaisant dans leur pause-café, sous le regard distrait de dirigeants plus occupés à caser leurs protégés dans des administrations vaches laitières qu'à prendre par les cornes un taureau qui joue la fille de l'air...
Retour, pour conclure, à l'introduction « lamartinienne » : dans un passage consacré au Liban, le poète, tout à son enthousiasme, écrivait : « Les cèdres du Liban sont les reliques des siècles et de la nature, les monuments naturels les plus célèbres de l'univers. Ils savent l'histoire de la terre, mieux que l'histoire elle-même. »
Lamartine reviendrait aujourd'hui à la vie, les cèdres lui raconteraient une tout autre histoire : celle d'un pays figé dans son passé, un pays qui a tout simplement oublié de prendre le temps en marche...
Alphonse de Lamartine, qui a bien connu le Liban, serait-il encore en vie  qu'il en aurait été époustouflé : le pays du Cèdre qu'il a tant aimé, tant glorifié, a réussi l'impossible en exauçant son vœu le plus cher : suspendre le temps, le figer dans l'immobilité. Non pas pour « savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours », mais pour pérenniser les aberrations, les défauts de structure, pour « s'abîmer, se complaire dans les supplices les plus laids de nos jours ».Une entrée en matière temporelle pour un constat de surplace affligeant : la réalité au Liban dépasse souvent la fiction et les vicissitudes du quotidien...
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