Un avenir que l'on promet quand même radieux, resplendissant, mais après que tout aura été balayé, systématiquement purifié dans le brasier qu'auront allumé les justiciers de l'an nouveau, les va-t-en-guerre des étés brûlants.
Les uns veulent annihiler des États, les autres détruire tout ce qui est debout, abattre tout ce qui bouge, tous, unanimes, menacent de ne rien épargner, ni vies humaines ni infrastructures civiles, de ne laisser sur leur passage que ruines et désolation. Et dans leur furie dévastatrice, dans leurs projets les plus fous, ils réussissent à transformer la descente aux enfers en acte de bravoure, de simple survie, en hymne au martyre, au tribut du sang.
De discours haineux en appels excités « aux armes citoyens », c'est toute une histoire pathétique qui nous revient à la mémoire, celle des années d'après la « nakba », d'avant la débâcle de juin 1967, celle qui a vu le Proche-Orient basculer dans le délire, courir dans l'enthousiasme général vers le désastre annoncé, celui dont on paye encore le prix, dont on n'a pas fini de dresser l'inventaire.
Basta ! Que cessent donc les rodomontades à la Ahmad al-Saïd, les fumisteries débridées à la Ahmad Choukeyri, tous deux grands experts du saccage du cerveau arabe, il y a déjà plus de cinquante ans... Que se taisent les apprentis sorciers, les oiseaux de mauvais augure, par simple décence, par respect pour tous les morts des années funestes. Que l'on arrête de faire le jeu des Israéliens, d'entrer dans l'engrenage pernicieux qu'ils ont eux-mêmes déclenché pour se poser en victimes, en éternels persécutés.
Libre à l'Iran de vouloir se doter de l'arme nucléaire, de menacer de rayer l'État hébreu de la carte du monde, libre au peuple iranien de plébisciter une direction illuminée, fantasque, quoique de plus en plus contestée.
Libre à Israël d'installer au sommet de la pyramide des fous à lier, des hommes irresponsables, libre au peuple israélien de plébisciter une classe politique corrompue, quoique de plus en plus contestée.
Mais de grâce, évitons, nous au Liban, de jeter, sans arrêt, l'huile sur le feu, de sans cesse tenir des discours guerriers, alarmistes, de n'investir les écrans de télévision que pour annoncer des vengeances à venir, des punitions divines.
Évitons, en marge de l'État et à son corps défendant, de toujours donner l'impression que c'est le Liban qui fournit les prétextes à de nouvelles aventures criminelles israéliennes, que c'est lui qui est devenu le fer de lance de l'Iran dans son combat des « derniers temps » contre Israël.
Soyons clairs : les Libanais, tous les Libanais, chrétiens et musulmans, chiites ou maronites, druzes ou sunnites, n'en peuvent plus de guerres ou de menaces de conflits armés, de discours ronflants ou de prévisions apocalyptiques. Les Libanais, toutes communautés confondues, n'en déplaise à des chefs erratiques, veulent vivre en paix à l'ombre d'un État de droit chaque jour un peu plus malmené.
Entre-temps, hommes d'affaires, investisseurs et potentialités financières boudent de nouveau le Liban à cause d'un Hezbollah qui fait peur, se précipitent, se bousculent au portillon d'une Syrie qui rassure.
Qui veut vraiment la guerre, qui veut absolument préserver la paix ? Va-t-on vers une conflagration alors que personne n'a aujourd'hui intérêt à s'y aventurer ? Difficile de répondre à ces interrogations, mais difficile aussi d'ignorer que des illuminés sont aux commandes.
Demain, il suffira peut-être d'appuyer sur un bouton...

