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Ailes rognées

Un cliché pour commencer : « Le Liban tel le Phénix renaît toujours de ses cendres, un éternel recommencement, un pied de nez à ses assassins, aux conspirateurs de l'ombre. » Un cliché dont les pouvoirs successifs se sont longtemps gargarisés pour couvrir leur propre faillite, leur incapacité à empêcher la mort toujours annoncée, jamais défaite faute de combattants fiables, totalement désintéressés.
Un Phénix aux ailes rognées qui ne ressuscite que pour perdre davantage de plumes, davantage d'une âme outrageusement agressée. Liban fragile, Liban instable, Liban malade de sa diversité confessionnelle, de sa pluralité culturelle, mais Liban fort de cette même diversité, de cette même pluralité, celles qui interpellent, irritent les proches voisins, qu'ils soient frères ou ennemis, qui leur donnent si mauvaise conscience.
« Le Liban peut basculer dans la guerre civile en l'espace de quelques jours et non de quelques mois » : merci pour l'avertissement, pour le constat dressé par le président syrien. Les Libanais n'ont évidemment pas besoin de son don de voyance pour être alertés, pour être prévenus sur les dangers qui les guettent.
Le passé, proche ou lointain, est ancré dans leur mémoire, celle qui déroule, au ralenti, le long métrage des interventions syriennes pour allumer et attiser les flammes de la discorde, pour les éteindre, une fois atteints les objectifs, une fois la mission accomplie : pyromane et pompier. Les Libanais ne sont pas près d'oublier.
« Rien n'est rassurant au Liban tant que les Libanais ne changent pas le système en entier » : le journaliste Seymour Hersh, en recueillant les propos de Bachar el-Assad, a-t-il pris conscience, a-t-il pris la mesure de l'énormité de cette réflexion ? Un régime du parti unique qui donne des leçons de bonne gouvernance à pratiquement la seule démocratie consensuelle de la région, celle précisément que les proches voisins, frères ou ennemis, se sont évertués à torpiller parce que dénonciatrice de leurs propres turpitudes, de leurs propres dérives !
« Oui », le Liban peut, en un éclair, basculer dans la guerre, « oui », le Liban peut replonger, en un instant, dans les affres des violences armées, des bombardements destructeurs. Juin 2006 et mai 2008 sont là pour nous le rappeler, quinze années de guerre civile sont là pour rafraîchir nos mémoires.
Les ingrédients des conflits à venir sont loin d'avoir disparu, mais ils n'existeraient pas, ne proliféreraient pas s'ils n'étaient pas manipulés, fertilisés par des mains expertes, couvertes du sang de leurs victimes, celles là mêmes qui ont convaincu Européens et Américains que le chemin de la rédemption passe par Damas, parcours obligé pour les marchandages à conclure, les accords à finaliser en toute discrétion.
Totalitarisme vs diversité, dictature v/s pluralité : de l'Iran à l'Arabie saoudite, de la Syrie à la Libye, le système de la pensée unique mène l'Occident en bateau, lui tient la dragée bien haute, l'amène à composition. Et le reste est à l'avenant, pragmatisme oblige !
Comment s'étonner, dès lors, que certaines parties libanaises qui, hier encore, accablaient le régime syrien de tous les maux en soient arrivées, aujourd'hui, à justifier ses dérives, à blanchir ses noires intentions ? Realpolitik, disent-ils, alors même qu'il y a eu mort d'hommes, mort de géniteurs, chaque jour un peu plus enfouis sous terre...
Israël au Sud, la Syrie au Nord, des voisins qui s'entendent comme larrons en foire sans avoir même à se parler, le patriarche Sfeir a raison : les Libanais doivent plus que jamais rester sur leurs gardes, les chrétiens d'entre eux plus particulièrement, ceux qui n'entendent désormais vénérer saint Maron que dans la bonne vieille ville d'Alep...
Un cliché pour commencer : « Le Liban tel le Phénix renaît toujours de ses cendres, un éternel recommencement, un pied de nez à ses assassins, aux conspirateurs de l'ombre. » Un cliché dont les pouvoirs successifs se sont longtemps gargarisés pour couvrir leur propre faillite, leur incapacité à empêcher la mort toujours annoncée, jamais défaite faute de combattants fiables, totalement désintéressés.Un Phénix aux ailes rognées qui ne ressuscite que pour perdre davantage de plumes, davantage d'une âme outrageusement agressée. Liban fragile, Liban instable, Liban malade de sa diversité confessionnelle, de sa pluralité culturelle, mais Liban fort de cette même...
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