Tout est calculs politiques, tout est manœuvres politiciennes. Et monsieur Nabih Berry, depuis sa fameuse séquestration d'un hémicycle rendu impuissant, a prouvé, au fil des ans, qu'il s'est toujours arrangé pour ne pas perdre le nord. Le voisinage septentrional, très attentionné, a d'ailleurs, en toute logique, veillé à ce qu'il ne se détourne jamais du droit chemin.
Étrange, bizarre, bien inopportune, cette lubie qui a fait monter Nabih Berry sur ses grands chevaux, sur un cheval prédestiné nommé Rossinante, avec en ligne de mire des moulins à vent...
Mais trêve d'ironie : pour être finalement anecdotique, parce que inapplicable, irréalisable dans l'état actuel des rapports intercommunautaires, la bombinette sur l'abolition du confessionnalisme politique n'en a pas moins eu un effet désastreux. Pour la simple raison qu'elle a ravivé les appréhensions strictement religieuses, relancé les discours confessionnels et ressuscité chez les chrétiens la hantise d'un retour à la fameuse antienne de la démocratie du nombre.
Une gifle infligée à la formule plurielle, fondement même de la nation libanaise, un coup de poignard asséné à la règle paritaire défendue bec et ongles par les chrétiens il y a de longues décennies alors même qu'ils étaient majoritaires dans ce pays de toutes les croyances, ce « Liban message » si souvent loué pour son unicité, si souvent meurtri, crucifié, à cause de cette même unicité.
Une tentation jamais vraiment remisée, toujours à l'affût de la première occasion propice pour se manifester, pour envenimer le climat politique, pour détourner l'attention des questions embarrassantes, dérangeantes, la focaliser sur un dossier à multiples tiroirs, à multiples polémiques.
Et voilà que la « manœuvre géniale » de Nabih Berry a rouvert la boîte de Pandore, en a exhumé les dithyrambes sur le système fédéral, les envolées sur les cantons confessionnels : régions fermées, zones d'autosécurité, prétextes inévitables à de contre-zones d'autosécurité, l'armement du Hezbollah prétexte à de contre-armements. Dérives déjà expérimentées, profondément incrustées dans notre mémoire des années noires.
Les graines de la discorde n'ont jamais vraiment disparu et l'indétrônable chef du Législatif a eu la lumineuse idée de les faire germer !
Mais, fort heureusement, tout n'est pas totalement noir et à quelque chose malheur est bon : voilà que les leaders chrétiens, jusque-là à couteaux tirés, cruellement divisés, englués dans leurs 8 et 14 marsisme, se retrouvent très « catholiquement » réunifiés pour dire non à Berry. À vouloir impérativement mettre la charrue devant les bœufs, ce dernier a, ainsi, ravivé la fibre confessionnelle qu'il prétendait vouloir combattre.
Du calme, donc, monsieur Berry, et revenons aux questions essentielles d'actualité immédiate, de première préoccupation pour les citoyens : l'amélioration des conditions de vie, la sécurité interne, la sécurité aux frontières, les armes du Hezbollah, celles des milices palestiniennes.
L'urgence, la vraie, est là, n'en déplaise aux mentors, proches ou lointains, de l'homme aux deux casquettes : chef du mouvement Amal mais aussi chef d'un Législatif qui ne sait pas dire « non » ■

