L'histoire, dit-on, est un éternel recommencement, un long fleuve peu tranquille. S'y noient immanquablement les innocents, les incorrigibles, ceux qui n'ont jamais voulu comprendre ni voulu admettre qu'ils ont été, qu'ils sont toujours menés en bateau.
Ainsi se perpétuent les pouvoirs, ainsi s'éternisent les cultes de la personnalité. Ne restent des promesses, des engagements pris, que ce qui en a été écrit ou enregistré et filmé. La preuve implacable du mensonge, du bobard répercuté à l'échelle nationale. Mais par les temps qui courent, plus personne ne veut lire, plus personne ne veut entendre ou voir.
Hier, tous les chemins menaient à Rome, aujourd'hui, ils conduisent à Damas, parcours inévitable pour tous ceux qui ont reçu la « révélation », dont les yeux se sont dessillés.
Fraternité oblige, puisqu'on ne veut plus parler de parité ou de relations d'égal à égal. Intérêt supérieur de la nation oblige aussi puisque le monde entier n'a plus pour la Syrie que les yeux de Chimène pour Rodrigue.
Amère est la pilule, difficile est la réadaptation aux réalités politiques. Certains ont franchi le pas sans trop d'états d'âme, presque contrits, d'autres s'y sont engagés contraints, le cœur bien gros.
Et le passé, ce passé lourd, accablant, cette chape de plomb que les Libanais ne sont pas près d'oublier ? Et les soupçons, les accusations, les tueries, les massacres, les terrifiants mystères nullement élucidés ?
Des traces qui se perdent, des suspects qui se volatilisent, de nouvelles pistes qui se révèlent, d'autres qui se perdent... et une nébuleuse islamiste qui revient au premier plan, qui arrange tout le monde.
Et la vérité, cette vérité tant attendue, où se situe-t-elle, où en est le Tribunal international dans sa traque des criminels, dans sa recherche de l'exécutant comme du commanditaire ? Réadaptation aux réalités politiques, pragmatisme imposé par les circonstances internationales, réajustement eu égard au rapprochement saoudo-syrien ? Affligeante realpolitik qui disculpe avant l'acte d'accusation, qui blanchit avant le verdict, qui ouvre largement la voie à l'amnésie collective.
Politiciens des temps nouveaux, les morts de la révolution du Cèdre vous saluent...

