Débat inopportun parce que susceptible d'ouvrir la voie aux dérapages ou abcès purulent qu'il était devenu impératif de crever ? Quels que soient le motif invoqué, le prétexte avancé, il est clair que la polémique a pour résultat d'extirper le malaise du piège des non-dits.
L'Europe a un problème avec son immigration ? On le savait déjà, quoique plusieurs pays du Vieux Continent peuvent se targuer d'avoir réussi l'adaptation aux réalités d'un pluralisme autant religieux que culturel.
L'Europe a un problème avec son islam ? Là aussi, personne n'en fait mystère, surtout depuis l'irruption de courants fondamentalistes, négation même des principes sacro-saints de la laïcité.
L'Amérique, exemple type du melting-pot réussi, avait elle-même, après le 11/9 2001, modifié le regard qu'elle portait sur ses propres citoyens de confession musulmane. Une dérive, un péché qu'elle a expiés des années plus tard avec l'élection d'Obama à la magistrature suprême.
Identité nationale : quelle explication, quelle définition lui donner ? Mission quasiment impossible parce que sujette à mille et une interprétations, mille et une raisons de querelles de clocher... ou de minaret.
Mais s'il fallait parer au plus pressé, au plus urgent, c'est d'inclinations contraires qu'il serait préférable de parler : allégeance au pays d'accueil ou au pays d'origine, appartenance à une communauté religieuse ou à l'État laïc et aux lois qui le sous-tendent.
Le Liban, lui, sans être un pays d'immigration, a connu, tout au long de son histoire, des ruptures, des déchirures qui ont ensanglanté, meurtri sa texture nationale. Et, en toile de fond, presque toujours, une manipulation externe, instigatrice d'allégeances multiples.
Du nationalisme arabe au nassérisme, du rêve unioniste au « paternalisme » syrien, nombreux sont les Libanais qui ont succombé au chant des sirènes, qui ont mis leur libanité entre parenthèses, qui ont même investi dans la présence armée palestinienne pour neutraliser l'adversaire. Lequel adversaire s'est lui-même allié au « diable », en l'occurrence Israël, pour protéger sa propre conception de la libanité, de l'identité nationale en quelque sorte.
Dérives désastreuses où les allégeances sont contraires, sont en perpétuelle mutation, où l'État, dépositaire et symbole de cette même identité nationale, est réduit à jouer les comparses pour se préserver une place au soleil.
Hier, l'Égypte de Gamal Abdel Nasser, l'OLP de Yasser Arafat, la Syrie des Assad ; aujourd'hui, l'Iran de Khamenei, d'Ahmadinejad, du wali el-fakih. Et hier, comme aujourd'hui, la même double allégeance, vectrice de conflits à venir.
Identité nationale : c'est d'identités communautaires et transnationales qu'il s'agit, c'est d'un État crucifié condamné à essuyer les plâtres qu'il est question.
À des milliers de kilomètres de là, la France républicaine et laïque, empêtrée dans son débat sur l'intégration, ne connaît pas son bonheur !

