Vaste programme, ambitieux projet : « Vos priorités sont les nôtres. » Difficile à croire et, pourtant, tel est le nouveau slogan brandi par le gouvernement, un credo installé en tête d'affiche, qu'il s'est promis d'appliquer envers et contre tout.
Finies la corruption, la déliquescence de l'administration ; terminées les atteintes à l'autorité, la gabegie à la Sécurité sociale et dans les services de santé ; stoppées les tortures systématiques infligées à l'environnement, les carrières sauvages disséminées sur tout le territoire ; sanctionnées, sévèrement punies les corridas routières dont sont victimes des milliers d'innocents chaque année.
Et, tant qu'on y est, on promet, à terme, l'électricité presque sans interruption, l'eau dans les robinets à longueur de journée et la sécurité assurée pour tous par des préposés spécialement formés pour veiller au bien-être des citoyens. On croit rêver : le Liban, d'un trait de plume, redevient la Suisse du Moyen-Orient !
Des promesses, beaucoup de promesses, mais un constat accablant inhérent à l'engagement pris : tout va mal dans l'administration, tout est à refaire, à reconstituer et l'Eldorado promis restera une vue de l'esprit aussi longtemps que la corruption, à tous les niveaux, n'aura pas été éradiquée, aussi longtemps que les réformes nécessaires n'auront pas été enclenchées, celles que la communauté internationale, l'Europe en particulier, attend depuis de longues années pour débloquer les aides qu'elle ne demande pas mieux que d'accorder...
Or, et on ne le sait que trop, le nouveau gouvernement est le résultat de compromis, pour ne pas dire de compromissions, hargneusement négociés, soumis à des chantages clairement énoncés. Une équipe hétérogène non exempte de ministres de grande valeur, mais où les conflits d'intérêts sont forcément prédominants, où les allégeances se bousculent, naturellement, aux portes de partis, de courants antagonistes, à l'ombre d'un pouvoir sans cesse malmené, sans cesse agressé.
Au départ étaient les armes palestiniennes, à l'arrivée, celles du Hezbollah : un double péché originel qui a, une première fois, liquéfié l'État, une deuxième fois, l'a contraint à composer, à se soumettre aux dures réalités surgies sur le terrain. Une realpolitik dont la conséquence ne pouvait être que la formation d'un gouvernement hybride ne reflétant nullement le pouls réel d'une opinion majoritaire qui s'est clairement exprimée lors des dernières législatives.
« Les priorités du citoyen sont les nôtres » : magnifique slogan qui pèche toutefois par sa vanité. Comment, en effet, assurer le bien-être du citoyen quand l'État de droit reste à faire, à recréer, quand se perpétuent les îlots d'insécurité palestiniens, l'équation de l'État hezbollahi dans l'État ? Une realpolitik qui a contraint les représentants du pouvoir légitime à exclure de la déclaration ministérielle la phrase-clé, la référence évidente en toute démocratie : « La décision de guerre ou de paix est du seul ressort de l'État. »
« Les priorités du citoyen sont les nôtres » : très beau est le slogan, mais il y a loin, bien loin de la coupe aux lèvres...

