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Bazar pour tous

Coriaces, les Libanais, bien coriaces, surtout lorsqu'il s'agit de marchander, d'acheter ou de vendre aux meilleures conditions. Tenaces, bien tenaces, lorsqu'il s'agit de préserver des acquis, d'en obtenir de nouveaux.
Marchands bien arabes, porteurs de gènes bien phéniciens, ils ont, pourtant, sur le temps un regard de poète. Mercantiles, mais nullement pressés : le temps peut suspendre son vol, l'éternité peut attendre leur bon vouloir, ils ne reculeront pas d'un pas, ne fléchiront pas d'un iota.
Parviendront-ils, quand même, à leur fin ? Tout est question de temps ! Mais l'effet boomerang est garanti parce qu'on est au Liban et qu'au Liban, il n'y a jamais ni vainqueur ni vaincu, et presque toujours des vaincus...
« Je te donne les Affaires étrangères, tu me laisses l'Intérieur, prends les Travaux publics, je garde la Défense, à toi les portefeuilles de services (beaucoup d'oseille en perspective), à moi les ministères souverainistes » : un marchandage au top niveau, tous s'y engouffrent, tous s'y complaisent, des plus pourris aux plus « purs », des plus « honnêtes » aux plus corrompus. Désintéressés s'abstenir !
 Et quand la négociation s'enlise, quand elle se fracasse contre le mur des conditions et contre-conditions, la conséquence est naturelle, manifeste : on ferme boutique, on prend le large... et vogue la galère.
Bouderie, boycottage pour raison d'orgueil blessé, de frustrations accumulées, d'atteintes à la solidarité de clan ou de famille : ce n'est plus au niveau du verbe grivois ou des allusions obscènes que se fait ou se défait la politique, mais à celui de l'ego démesuré. Le divan d'un psychanalyste dûment mandaté aurait beaucoup à raconter.
Mais trêve d'ironie : les responsables, dans le triple sens du mot, ceux qui doivent répondre de leurs actes, qui sont à l'origine de fautes graves ou qui ont la charge d'une fonction, se sont soit éclipsés, soit inscrits aux abonnés absents.
Quant à ceux, bien rares, qui tentent de sauver les meubles, de préserver un semblant d'autorité, ils officient dans une administration quasiment paralysée parce que ne sachant plus à quel saint se vouer.
Et qu'on ne vienne surtout pas nous parler de l'absurde recours à l'expédition des affaires courantes : dans les situations de crise, dans les états d'urgence, l'absence du pouvoir décisionnel se fera cruellement sentir. D'ores et déjà, d'ailleurs, divers indices parvenus aux services concernés laissent croire à une réactivation des réseaux terroristes, à des dérapages sécuritaires en gestation, à des intentions israéliennes pour le moins belliqueuses.
Même au niveau de la vie quotidienne, qu'il s'agisse de la rentrée scolaire, de la santé publique ou de l'électricité, qu'est-ce qui garantit que les autorités seront en mesure de prendre les mesures nécessaires en cas d'urgence ? Si, à Dieu ne plaise, la grippe H1N1 venait à exploser, à provoquer un mouvement de panique au sein de la population, quelle est l'autorité qui serait appelée à gérer la crise en l'absence d'un Conseil des ministres à pouvoir décisionnel, d'où seraient assurés les fonds destinés à assurer les vaccins, les médicaments nécessaires ?
Idem pour l'électricité : si demain les centrales vétustes venaient à s'arrêter, à rendre l'âme en l'absence de générateurs supplétifs, si le Liban venait à sombrer dans le noir, qui en assumerait la responsabilité, qui pourrait prendre à sa charge la mission impossible d'éclairer les Libanais ?
Des scénarios du pire pour une autorité qui n'existe qu'entre guillemets : Nabih Berry pourra longtemps attendre la solution des deux SS (syro-saoudite), le ver, lui, est dans le fruit, et ce fruit a pour nom irresponsabilité ■
Coriaces, les Libanais, bien coriaces, surtout lorsqu'il s'agit de marchander, d'acheter ou de vendre aux meilleures conditions. Tenaces, bien tenaces, lorsqu'il s'agit de préserver des acquis, d'en obtenir de nouveaux.Marchands bien arabes, porteurs de gènes bien phéniciens, ils ont, pourtant, sur le temps un regard de poète. Mercantiles, mais nullement pressés : le temps peut suspendre son vol, l'éternité peut attendre leur bon vouloir, ils ne reculeront pas d'un pas, ne fléchiront pas d'un iota. Parviendront-ils, quand même, à leur fin ? Tout est question de temps ! Mais l'effet boomerang est garanti parce qu'on est au Liban et qu'au Liban, il n'y a jamais ni vainqueur ni vaincu, et presque toujours des vaincus...« Je te donne les Affaires...
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