La question mérite d'être posée au vu des dérives, des compromissions et autres retournements de veste, elle s'impose eu égard au blocage délibéré entrepris par plus d'une partie pour empêcher Saad Hariri de parachever sa mission, de jeter l'ancre après des semaines de navigation en eau trouble.
Crise gouvernementale aujourd'hui, crise de régime demain : est-ce là le but inavoué des empêcheurs de tourner en rond, ceux-là mêmes qui n'avaient pas arrêté, tout au long de la période électorale, de mettre des bâtons dans les roues, de critiquer la première magistrature de l'État, de descendre en flèche les piliers de cette magistrature, qu'il s'agisse des instances constitutionnelles et judiciaires ou de la référence incontournable qu'est le patriarcat maronite ?
Par-delà les embûches, les obstacles placés sur le chemin de Saad Hariri, c'est, en filigrane, le rôle du président de la République qui est, aujourd'hui, placé dans la balance, la prolongation de la crise, le vide au niveau de l'Exécutif ne pouvant, à la longue, par simple ricochet, que déteindre sur le sommet de la pyramide.
Retour à l'interrogation première : est-ce là l'objectif recherché, le plan insidieux, sournois, destiné à dépouiller l'État, progressivement, de tous les rouages de sa souveraineté, de son pouvoir de décision ?
Du revirement spectaculaire, inattendu, de Walid Joumblatt, auquel a vite applaudi la Syrie, aux exigences de Michel Aoun qui ne sont pas moins qu'une insulte au verdict des urnes, l'État se retrouve, une fois de plus, pieds et poings liés, incapable d'assumer les fonctions supposées être les siennes. Le Hezbollah, en manipulateur de génie, laisse faire, cédant à son partenaire chrétien la tâche, ô combien glorieuse, du resquilleur, celui qui veut absolument convaincre tout son monde que les vessies sont bien des lanternes, que la majorité est fictive et la minorité représentative de la volonté populaire...
« C'est à prendre ou à laisser » : ainsi se résume l'équation nouvelle, celle née de la frustration électorale du 7 juin, un chantage qui a pour double effet d'affaiblir encore plus l'État dans toutes ses composantes et de ramener la Syrie au Liban en tant que facteur décisionnel, garant des nouveaux équilibres. Retour aux temps indignes où les grandes puissances avaient désespéré du Liban et placé tous leurs œufs dans le panier syrien.
De nouveau la question lancinante : est-ce là le but recherché ? Est-il seulement envisageable qu'une partie chrétienne ait pu se prêter à pareille manigance ? Cela aurait tout simplement pour nom : néo-dhimmitude !

