L'éternelle équation de la carotte et du bâton : chantage ou opération de séduction, ce qui compte, en fin de compte, c'est le résultat. Et au jeu du chat et de la souris, le plus malin n'est pas toujours celui que l'on pense...
Au fil des années, des décennies, les Libanais en ont fait l'amère expérience, ont essuyé les plâtres quand d'autres se vautraient dans le confort des marchés conclus sous la table, dans la satisfaction du travail perfidement accompli. Walid Joumblatt, dans sa dernière sortie, en ce lieu symbolique qu'est le Beau Rivage, n'a fait, en réalité, que s'adapter au nouveau contexte, nageant dans le sens du courant, celui qui préserve sa communauté de bien de dégâts à venir.
Et la morale dans tout cela ? La politique politicienne n'en a fichtrement rien à cirer, serait-on tenté de répondre... et nul au Liban ne s'aventurerait à dire le contraire. Alors, 14 Mars ou 8 Mars, majorité ou minorité, tout maintenant devient incertain et le Libanais se retrouve dans la piteuse posture de « Gros-Jean comme devant ».
Inutile désormais de se calfeutrer dans la politique de l'autruche : les donnes régionales ont été modifiées, une nouvelle « Carte du Tendre », celle des alliances et des mésalliances, est en train de se mettre en place, et nombreux sont ceux, au Liban, qui se bousculent déjà au portillon des nouvelles opportunités pour ne pas se retrouver dans la situation peu enviable du laissé-pour-compte.
À l'échelle des grandes puissances, qu'il s'agisse de la France de Nicolas Sarkozy, qui s'est voulu précurseur, ou de l'Amérique de Barack Obama, qui a tiré les leçons de longues années d'impasse régionale, le nouveau mot d'ordre est, d'ailleurs, pragmatisme, une realpolitik qui s'est d'ores et déjà traduite par des avancées pour le moins surprenantes.
Mais attention, c'est loin, bien loin d'être Canossa et ceux qui, dans le camp prosyrien, jubilent en parlant d'amende honorable, se trompent lourdement. En maintenant les sanctions contre des personnalités autant syriennes que libanaises pour atteinte aux intérêts vitaux du Liban, le chef de la Maison-Blanche a donné le « la », a énoncé l'exemple à suivre pour ce qui est des rapports avec Damas.
Incontournable, le régime de Bachar el-Assad a prouvé qu'il l'est devenu à force de persévérance et d'obstination. Un « niet », affiché avec insolence, propre à tout pouvoir totalitaire, et contre lequel les démocraties n'arrivent pas toujours à trouver la bonne parade.
Mais ce même « niet » a créé une situation d'isolement, d'ostracisme dont le régime syrien a vite fait de réaliser, de vérifier, les grands désagréments, les vrais inconvénients. Du donnant-donnant donc, et à l'établissement de relations diplomatiques avec le Liban, au profil bas adopté lors des dernières législatives, à la coopération évidente sur le dossier irakien, aussi bien les Européens que les Américains ont répondu par des ouvertures diplomatiques et économiques dont le régime baassiste commence à cueillir les premiers fruits.
Mais l'ardoise ne sera totalement effacée que lorsque la Syrie aura, très pragmatiquement, accéléré le processus de paix avec Israël et entamé la difficile séparation du jumelage siamois avec Téhéran. Entreprise difficile que la nouvelle realpolitik suivie dans la région pourrait accélérer... à moins d'une surprise, d'un grain de sable que l'Iran ou Israël s'emploieraient à glisser dans les rouages de la machinerie diplomatique.
Une ultime fuite en avant qui ramènerait tous les protagonistes à la case départ pour la plus grande satisfaction des extrémistes de tous bords. À quelle distance de la Syrie ou de l'Iran se situerait alors le Hezbollah, où se retrouverait, dans ces conditions, Walid Joumblatt ? Toute la question est là quoiqu'elle reste hypothétique dans l'état actuel des choses.
Pour l'heure, jouissons, quand même, du seul acquis de la realpolitik : les relations diplomatiques avec la Syrie, symbole d'une souveraineté libanaise définitivement reconnue. Mais où se trouve donc l'ambassadeur syrien, récemment accrédité, et qui s'évertue, depuis sa nomination, à jouer à l'homme invisible ?
Lui est-il si difficile de s'adapter aux réalités nouvelles ?

