Et pourtant, laissent-ils entendre, c'est à leur corps défendant qu'ils ont accepté de ranger provisoirement leurs armes, qu'ils ont consenti à ravaler leur hargne, leur tempérament éminemment colérique.
Dieu soit loué ! Pour l'instant, tous clament, à l'unisson, qu'ils aiment la vie, les petits et grands plaisirs de la vie, l'espace d'un été, d'une floraison touristique, le temps d'un petit tour et puis s'en vont.
Mais demain, ne l'oublions pas, est un autre jour, demain les réalités frapperont durement aux portes, qu'elles émanent d'Israël ou du Hezbollah, qu'elles surgissent de La Haye ou de l'intérieur même du gouvernement.
Ne tournons pas autour du pot : si demain est un autre jour, c'est que, tout simplement, le répit n'aura été que de courte durée, c'est que, tout simplement, les échéances n'auront été que retardées, mises brièvement en attente.
Les réalités qui vont frapper aux portes, Hassan Nasrallah les a abruptement insérées dans leur cadre régional, Walid Joumblatt les a clairement énoncées dans leur formatage local.
N'usons pas de détours inutiles : aussi bien Israël que le Hezbollah attendent la moindre occasion, le moindre prétexte pour en découdre, l'État hébreu pour effacer l'ardoise de la honte, l'humiliation de juillet 2006, le parti islamiste pour venger le meurtre de Imad Moghniyé, pour conforter sa position de fer de lance de la résistance arabe et islamique aux projets sionistes.
Dans son dernier discours, Hassan Nasrallah n'y est, d'ailleurs, pas allé par quatre chemins : bien au-delà de Chebaa et de Kfarchouba, bien au-delà de la ligne bleue, la frontière de la confrontation passe désormais au cœur d'Israël, dans l'intention prêtée à l'État hébreu de vouloir expulser tous les Palestiniens hors de son territoire, en direction du Liban plus précisément, pour parachever le « complot de l'implantation ».
Résistance au Liban, résistance en Palestine, même combat, même objectif, une guerre de cent ans en perspective... à l'ombre d'un Golan pacifié, au diapason de négociations syro-israéliennes menées sans tambour ni trompette.
Michel Aoun en tire les conclusions immédiates : interdit désormais de parler des armes du Hezbollah, elles sont là pour rester. Walid Joumblatt, lui, en pragmatique invétéré, redécouvre ses racines de nationaliste arabe : toutes les potentialités doivent être placées au service de la grande cause. Et en arrière-fond, la peur latente, l'angoisse incessante d'une résurgence de la « fitna », de la discorde sunnito-chiite que l'acte d'accusation du tribunal international viendrait attiser, mal à propos.
Mais justice doit bien être faite, doit bien être rendue, sans considération aucune pour les facteurs internes ou régionaux, sans soumission à des arrangements politiques. Joumblatt en est tout à fait conscient, le Hezbollah est déjà sur ses gardes... et l'exutoire reste inévitablement le Liban-Sud, la Finul dût-elle en faire les frais immédiats et les Nations unies s'en offusquer... en toute stérilité.
Et le gouvernement, me diriez-vous, qu'en est-il du gouvernement ? Inutile de s'en inquiéter, de se faire du mauvais sang : dans une semaine ou dans un mois, dans un trimestre ou dans un an, l'équipe « d'union nationale » verra inévitablement le jour... et volera en éclats à la moindre alerte, tiers de blocage oblige.
Alors Libanais de tous bords, Libanais du dedans comme du dehors, touristes à la semaine ou au mois, profitez bien de vos vacances, éclatez-vous comme jamais auparavant.
Demain, forcément, sera un autre jour !

