Subrepticement, sournoisement, le travail de sape est entrepris sous le couvert de la résistance à la résistance culturelle, réminiscence d'époques qu'on croyait révolues :
les bons d'un côté, les mauvais de l'autre, la classe laborieuse, exploitée, humiliée, sur une berge, la bourgeoisie éduquée, mais néanmoins décadente, sur l'autre.
Hier, c'était l'impérialisme qu'on conspuait, aujourd'hui, tenez-vous bien, c'est la francophonie qui est dans la ligne de mire des détenteurs de la vérité unique, des pourfendeurs d'une pluralité accusée de ternir l'image immaculée de la seule pensée agréée.
Francophonie « élitiste », donc forcément privilégiée, forcément corruptrice, indifférente aux malheurs des uns, éloignée des soucis des autres. Une culture qui pervertit les âmes, jette le doute dans les esprits bien ancrés dans leurs convictions et qui trouve sa meilleure interprétation dans les festivals diversifiés, dans les fêtes collectives qui rassemblent tous les Libanais, toutes communautés confondues, en cet été de paix retrouvée, un été que certains auraient peut-être voulu celui de 2006, parce que celui des « victoires divines »...
À l'appel fédérateur est opposée l'arme du boycottage, à l'ouverture sur l'autre est proposé le confort de la pensée unique, cocon rassurant parce que fermée aux « influences néfastes »...
Attention, danger : sous la façade d'idéologies pour le moins suspectes, de revendications soixante-huitardes complètement déphasées, se développe progressivement, mine de rien, un mouvement qui se veut réflexion progressiste, philosophique, amalgamant culture francophone et « impérialisme occidental », diversité culturelle et
« soumission aux directives venues d'un Ouest blanc et raciste ». Plus clichés que ça, tu meurs !
La boucle est bouclée : pensez pluriel, vous êtes automatiquement qualifié de « vendu », pensez « ici et ailleurs », vous êtes aussitôt frappé du sceau de l'infamie : la seule écoute de l'autre, de celui qui est différent, vous voue alors aux gémonies.
Attention, danger : par-delà les problèmes sécuritaires, les secousses politiques, c'est notre identité plurielle qui est agressée, c'est notre ouverture sur le monde qui est contestée. Écrire en français, c'est déjà, pour certains, une inféodation à une « culture étrangère »,
penser en français, c'est alors la trahison suprême ! Ne souriez pas : des pseudo-intellectuels le pensent et l'écrivent, le disent, l'insulte à la bouche, et des journaux véhiculent cette aberration.
Attention, danger : des éthiques se diluent, des déontologies professionnelles se perdent, et certains applaudissent déjà aux dérapages de l'écriture, à la liberté d'expression, « le fusil sur la tempe ».
« Quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver. » L'expression, qui date des années nazies en Allemagne, pour anecdotique qu'elle ait pu être, fait froid au dos. L'Orient-Le Jour, lui, continuera de défendre les valeurs qui sont les siennes, celles de l'ouverture, de la pluralité, de la tolérance, valeurs francophones, valeurs universelles.
C'est là toute la différence entre la culture et le revolver sur la tempe...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef