On se calme : excepté le Courant patriotique libre qui a vu le tsunami annoncé et tant espéré lui échapper, tous les partis souscrivent au mot d'ordre de trêve, toutes les parties procèdent à une nécessaire et inévitable réévaluation. Tirer les leçons du scrutin, mais, aussi, bien ouvrir les yeux, suivre attentivement les développements, les changements qui se profilent à l'horizon régional.
On se calme : non pas que les loups sont devenus des agneaux et les faucons des colombes, mais les échéances qui frappent aux portes exigent un minimum de retenue, de réflexion apaisée. Une impulsion qui s'est d'ailleurs rapidement traduite par l'adoption du budget 2009 en Conseil des ministres après de longues semaines de blocage, de tergiversations.
Une baguette magique que le président Michel Sleiman a maniée avec beaucoup de dextérité, une saine orientation qui pourrait préluder à la confirmation du rôle d'arbitre qui devrait être celui du premier magistrat de l'État.
Vœu pieux ? Pas nécessairement. Les difficultés, les problèmes qui vont se poser dès le 20 juin à l'expiration du mandat de l'actuelle Assemblée législative pourraient vite démontrer que l'ultime recours est le locataire de Baabda, celui qui, de par sa fonction, reste au-dessus de la mêlée politique.
Premier écueil : l'élection du président du Parlement. Si l'incontournable Nabih Berry est assuré de succéder à lui-même, il est non moins vrai que sa réélection sera, cette fois, directement liée à des garanties préalables concernant aussi bien le bon fonctionnement de l'Assemblée (plus de clef mise sous la porte) que le rôle des ministres d'Amal dans le nouveau gouvernement (plus de bouderie, plus de boycottage).
Deuxième écueil : la formation de l'équipe ministérielle. Là aussi, si la désignation de Saad Hariri à la tête du gouvernement ne fait pas de doute, il est non moins vrai que sa tâche sera ardue, la mise en place d'un cabinet d'union nationale se heurtant automatiquement à l'exigence du tiers de blocage d'ores et déjà brandie par le bloc parlementaire présidé par Michel Aoun. Bras de fer, crocs-en-jambe garantis, un temps fou perdu pour convaincre les uns et les autres.
Troisième écueil : la déclaration ministérielle. Comment concilier entre la pérennisation des armes du Hezbollah et les résolutions 1559 et 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies ? Un casse-tête que le parti de Dieu a déjà placé dans sa ligne de mire, le troisième maillon d'une chaîne faite de traquenards taillés sur mesure.
On se calme, les problèmes commencent : 71 sièges contre 57, la victoire est sans appel et pourtant rien ne garantit une gouvernance sereine, fructueuse. Rebelote pour la majorité, mais rebelote peut-être pour l'impasse. Qu'adviendra-t-il alors des réformes promises, des changements attendus, espérés ? Et qui sera responsable de la paralysie conséquente : la majorité qui n'aura toujours pas les coudées franches ou l'opposition qui veut participer pour mieux bloquer ?
On n'est peut-être pas sorti de l'auberge, mais redisons-le, souvenons-nous-en : l'arbitre ne peut être que le chef de l'État, la garantie pour tous ne peut émaner que de Baabda ■
P.S. Une question qui a tout à voir avec le reste : à quelques jours d'intervalle, aussi bien les Libanais que les Iraniens ont voté, ont opté pour deux continuités, l'une saluée par les démocraties occidentales, l'autre décriée par ces mêmes démocraties. Où se situe le Hezbollah face à cette dualité, alors que la Syrie entame un flirt poussé avec l'Amérique de Barack Hussein Obama ? Schizophrénie garantie !

