Tic-tac, tic-tac : c'est tout autant l'égrainage qui nous rapproche du scrutin du 7 juin que le bruit infernal de la bombe minutée qui risque de nous exploser au visage.
Six fois vingt-quatre heures, c'est quasiment demain, c'est l'urgence qui frappe aux portes ; six fois vingt-quatre heures, c'est une page qui se ferme, une autre qui s'ouvre sur un destin façonné dans l'antre d'une boîte de Pandore, une urne qui peut, l'espace d'un vote, laisser s'échapper toutes les misères, toutes les tragédies du monde.
Six fois vingt-quatre heures et les dès auront été jetés, le sort aura été irrémédiablement scellé. Un geste, un petit geste, et la marche arrière devient impossible. Pas de rétractation, pas de dédit : la coupe, en cas de malheur, sera bue jusqu'à la lie...
Acte citoyen par excellence, le vote ne souffre aucun galvaudage : on ne vote pas à la légère, on ne vote pas à la tête du client-candidat, dût-il fanfaronner à longueur de journée, promettre à ses fans monts et merveilles, réformes et changements.
Par-delà les personnes, les icônes préfabriquées ou autoproclamées, par-delà les courants ou les partis, les slogans emberlificotés ou les attrape-nigauds, une question, une seule, se pose : quel Liban voulons-nous ?
Le bulletin de vote transcende alors le candidat, le courant ou le parti qu'il représente, il revêt naturellement une fonction identitaire, fondamentale, directement liée au sort du pays, à son avenir, donc à celui de l'électeur.
Quel Liban voulons-nous ? Six fois vingt-quatre heures pour une dernière introspection, un dernier examen de conscience, six fois vingt-quatre heures pour réussir à briser le carcan du lavage de cerveaux, l'étau de la démagogie, du populisme, pour revenir à la règle élémentaire de la contestation, de l'interpellation, pour balayer, par les urnes, les idoles aux pieds d'argile.
Un Liban en paix avec lui-même et avec les autres, ouvert sur le monde, riche de sa diversité, de sa pluralité, ou un Liban entraîné dans des conflits sans fin, dans des guerres à la carte déclenchées au gré des intérêts de partis ou de puissances régionales ?
Un État fort, seul maître à bord, des institutions libérées du chantage des bouderies et du tiers de blocage, ou un État pris en otage par l'État dans l'État, inféodé aux ambitions des uns, aux agendas régionaux des autres ?
Un choix de société, un choix d'ordre foncièrement culturel, six fois vingt-quatre heures pour se décider.
Tic-tac, tic-tac : la minuterie a déjà été enclenchée, la bombe sera-elle désamorcée à temps ?

