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Démesure sur mesure

Ils sont venus, ils sont tous là ; ils sont sortis de leurs terriers, de leurs oubliettes forcées, animés d'une hargne renouvelée, d'une insolente agressivité. Ne manque à l'appel que leur ancien maître tutélaire, absent mais omniprésent, dégommé dans l'opprobre, mais manipulateur stoïque de grosses ficelles.
Ils sont venus, ils sont tous là. En rangs serrés, ils s'escriment à remonter les marches du désaveu, ces mêmes marches qu'ils avaient dévalées il n'y a pas si longtemps pour brouiller les pistes de leurs compromissions.
Leur cheval de bataille ? La justice, celle-là même qu'ils avaient foulée aux pieds à l'époque de leur mainmise sur les institutions, celle-là même qu'ils veulent réassujettir à leur volonté, neutraliser par leurs campagnes insidieuses.
Triste, bien triste est le spectacle qui a accompagné la libération des quatre généraux, honteuse, bien honteuse est la récupération politique qui en a été faite, une récupération en direct qui a brutalement introduit le tribunal international dans le bazar électoral, l'a froidement utilisé pour dérouler la longue liste des revanches à prendre, des manigances cyniquement affichées.
Hier voué aux gémonies, aujourd'hui félicité pour sa probité, le tribunal, aux yeux des nouveaux justiciers, n'est, finalement, qu'un outil conjoncturel. Prendrait-il demain des décisions qui ne leur souriraient pas qu'il se verrait aussitôt accusé de « soumission à des intérêts politiques ».
Un pied dans un présent prometteur, un autre dans un avenir incertain, Hassan Nasrallah a d'ailleurs vite fait de mettre un bémol à l'enthousiasme d'après la libération des quatre généraux. « Qu'est-ce qui garantit que l'arbitraire ne prévaudra pas de nouveau ? » a-t-il averti.
Retour donc à la case départ, à l'angoisse, aux peurs qui avaient taraudé certains esprits après l'assassinat de Rafic Hariri, au combat mené alors sur tous les fronts pour empêcher le recours au tribunal international.
Ne l'oublions pas : tant que les coupables n'auront pas été identifiés, tant que les criminels n'auront pas été jugés et condamnés, la suspicion continuera de poursuivre, de talonner tous ceux qui ont évolué dans l'orbite du tutélaire, tous ceux qui ont exécuté ses ordres sans sourciller, sans états d'âme.
« Le coupable pourrait bien être Israël, c'est dans cette direction que Bellemare doit axer ses recherches », a déclaré, péremptoire, Hassan Nasrallah. Fort bien. Mais pourquoi alors l'opposition de départ au tribunal international ?
Vivement, donc, le verdict du TSL pour en avoir le cœur net, vivement la Vérité pour que se taisent les uns et les autres, pour que justice soit, enfin, faite.
Vœu pieux ? Peut-être. Hassan Nasrallah l'a d'ailleurs laissé clairement entendre : les décisions du tribunal ne seront acceptées que si elles vont dans le sens souhaité...
Bonjour les dégâts : c'est ainsi que se renforcent les institutions, c'est ainsi que se consolide l'État de droit.

***

Ils sont venus, ils sont tous là, enfourchant le cheval d'une justice taillée à leur mesure. Et se voient déjà en tombeurs des « pourris et des corrompus ». L'avenir radieux, c'est avec eux qu'il se réalisera, parole d'anciens compagnons du pouvoir tutélaire !
Sont-ce donc ceux-là, ou le courant qu'ils représentent, que les électeurs plébisciteront le 7 juin prochain ? Est-ce à eux que sera dévolue la tâche de redresser le pays, de remettre les pendules à l'heure, celle de l'État de droit, d'une saine démocratie ?
Si tel devait être le cas, au matin du 8 juin, c'est la partie chrétienne de l'échiquier électoral qui en assumerait la grande part de responsabilité. Pour la simple raison que c'est d'elle qu'émanera la couverture tant convoitée.
Suivez mon regard...

Nagib AOUN
Ils sont venus, ils sont tous là ; ils sont sortis de leurs terriers, de leurs oubliettes forcées, animés d'une hargne renouvelée, d'une insolente agressivité. Ne manque à l'appel que leur ancien maître tutélaire, absent mais omniprésent, dégommé dans l'opprobre, mais manipulateur stoïque de grosses ficelles.Ils sont venus, ils sont tous là. En rangs serrés, ils s'escriment à remonter les marches du désaveu, ces mêmes marches qu'ils avaient dévalées il n'y a pas si longtemps pour brouiller les pistes de leurs compromissions.Leur cheval de bataille ? La justice, celle-là même qu'ils avaient foulée aux pieds à l'époque de leur mainmise sur les institutions,...
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