Comme si le bilan en vies humaines, chaque jour plus lourd, n'était pas encore assez, un voyant rouge de plus - et non des moins alarmants pour le régime - vient de s'allumer à Damas : c'est l'entrée de la contestation, et avec elle la répression, dans ces véritables sanctuaires que sont, universellement, les campus universitaires.
Car ces étudiants qui clamaient lundi leur solidarité avec les villes durement éprouvées de Deraa et Banias, la propagande officielle pourra difficilement cette fois les présenter comme des terroristes, des saboteurs ou encore des voyous. À en croire les militants pour les libertés publiques, ce sont au contraire les autorités qui auraient eu recours à des individus de cet acabit, des chabbahine, pour seconder, de leurs armes à feu ou de leurs gourdins, les forces chargées de mater la rebellion. C'est la même engeance - les tristement pittoresques baltaguis, dont certains montant des dromadaires - que l'on avait vu à l'œuvre, place Tahrir, contre les révolutionnaires égyptiens.
Par une cruelle ironie, ce n'est pas quelque raïs octogénaire fossilisé sur son trône, comme cela se produisit à Tunis et au Caire, qui se trouvait contesté à l'université de Damas : c'est un président jeune, quoique au pouvoir depuis plus de dix ans, que contestaient ces jeunes ; c'est un président longtemps tenu pour moderniste et réformiste mais qui n'a pu, ou n'a pas voulu, se défaire d'un lourd héritage fait d'autocratie, de règne du parti unique, d'imposition permanente de la loi d'urgence et autres vestiges d'une époque que sont soudain déterminées à clore les foules arabes. Avec l'irruption sur la scène de la jeunesse universitaire, ce n'est plus seulement de ce passé des plus chargés qu'il est désormais question. Ce n'est plus seulement le dramatique présent, un présent hier encore inimaginable, qui est en jeu, car c'est bien un avenir de dignité citoyenne, d'égalité devant la loi, de garantie des libertés et de halte à la corruption qu'entreprennent de revendiquer ceux-là mêmes qui incarnent l'avenir.
Que l'avenir de la Syrie soit l'affaire des seuls Syriens est certain, même s'il n'est pas moins évident que par la grâce de la géopolitique, les Libanais savent bien qu'ils seront inévitablement les premiers à ressentir les effets hors frontière, heureux ou non, du tardif printemps de Damas. Pour cette raison, l'avenir est aussi celui des relations de la Syrie avec, pour reprendre le jargon baassiste, ce frère jumeau qu'est notre pays : un jumeau pas si ressemblant, faut-il croire, puisque les régimes qui se sont succédé depuis l'indépendance à Damas se seront accordés à le traiter en mineur, en irresponsable, affligé de surcroît d'une malformation congénitale, ce qui commandait par conséquent sa prise en charge par un bienveillant tuteur.
Problème de jeunesse d'un autre type, réclamant, lui aussi, une juste solution.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Car ces étudiants qui clamaient lundi leur solidarité avec les villes durement éprouvées de Deraa et Banias, la propagande officielle pourra difficilement cette fois les présenter comme des terroristes, des saboteurs ou encore des voyous. À en croire les militants pour les libertés publiques, ce sont au contraire les autorités qui auraient eu recours à des individus de cet acabit, des chabbahine, pour seconder, de leurs armes à feu ou de leurs gourdins, les forces chargées de mater la...

